Fin de partie

Nancy |

Bientôt il faudra lâcher le pouvoir. Il faudra changer de disquette et faire un peu d’opposition, non sans avoir pris quelques vacances bien méritées.

Mais d’ici là, il faut bien s’occuper…

Après avoir massacré le Code du travail, sonné la chasse aux migrants et orchestré le matraquage des manifestants, tout paraît un peu fade. Donner des milliards aux patrons, cirer les pompes des riches, radier les chômeurs… les a fait vibrer pendant quatre ans, mais la nature humaine étant ce qu’elle est, tout finit par lasser.

En cette rentrée, les socialistes n’ont plus goût à rien.

Post coïtum anima tristis.

Alors l’heure est au ressourcement. Et tous, de Macron à Montebourg, de la jeune députée au vieux militant se recentrent sur les choses simples.

Finis les emportements sécuritaires si délicieusement transgressifs, terminées les déclarations d’amour aux entrepreneurs qui donnent le frisson.

Retour aux sources électoralistes.

Les voilà donc qui vont à la fête de l’Huma, qui font leur marché. Les voici à Nancy qui sont tentés, d’intégrer, à peine masqués, le collectif de défense de la MJC des Trois Maisons et les revoilou qui protestent contre la politique culturelle et patrimoniale de l’affreux Klein, qu’on peine de plus en plus à distinguer du gentil Hénart.

Comment ? C’est le contraire ?

Oups !

Quand on est socialiste, on peut tout se permettre, y compris faire de l’entrisme dans les collectifs de quartier, comme naguère les trotskistes que l’on ne manquait pas de dénoncer. On peut être du parti de Valls et prendre un air pénétré au cercle du silence, qui, chaque dernier samedi du mois, dénonce avec raison depuis des années la honteuse politique antiétrangers du gouvernement et le racisme d’État. On peut enrichir le CAC 40 et dire qu’avec la droite ce serait pire.

Et dire qu’on va entendre ces jean-foutre nous rebattre les oreilles pendant des mois du danger que représente le FN. Après avoir banalisé ses idées, après avoir doté l’État de forces de répression suréquipées, après avoir inventé l’état d’urgence permanent et créé un arsenal judiciaire qui fait des militants des quasi-délinquants, il y a en effet de quoi avoir peur.

La peur, ça fait des électeurs qui vont finir par voter Juppé contre Le Pen. Beau programme et… partie remise à 2022.

Alors quoi ? No future ?

Si…

Se battre contre ce système et ses représentants, qu’ils soient socialistes de droite ou d’extrême droite.

Victor K

(Paru dans RésisteR ! #44, le 17 septembre 2016)