Sébastien Briat assassiné par la société nucléaire, le 7 novembre 2004



Initialement publié sur rebellyon.info, cet article est un recueil de textes concernant la mort de Sebastien le 7 novembre 2004 à Avricourt (54) renversé par la locomotive d’un convoi de déchets nucléaires partant vers Gorleben (Allemagne).

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Train de déchets nucléaires de la COGEMA parti de Valognes (Manche) le 6 novembre 2004

Bichon est mort pour ses convictions
Communiqué diffusé sous forme de tract et sur le réseau Indymedia le 12 novembre 2004

Quelques semaines auparavant il s’était décidé avec plusieurs d’entre nous à agir pour rendre publique la vulnérabilité d’un tel convoi. Le fait qu’il soit mort ne doit pas faire oublier que cette action était non violente, réfléchie et volontaire.

Contrairement à ce que ce drame peut laisser transparaître, en aucun cas notre acte était irresponsable et désespéré. Notre engagement est le fruit de convictions profondes quant au danger certain et réel que représente le nucléaire depuis trop longtemps. Cette action était parfaitement planifiée, collectivement, incluant des repérages précis des lieux, et en respectant des procédures d’arrêt éprouvées. Nous avions longuement envisagé toutes les possibilités y compris un non arrêt du convoi. Placé-e-s en sortie de courbe, nous pouvions être amené-e-s à quitter les rails très rapidement, du fait d’une visibilité réduite. Nous étions quatre couché-e-s sur les voies ayant chacun un bras passé de part et d’autre d’un tube d’acier glissé sous le rail extérieur de la voie permettant ainsi un départ d’urgence plus rapide. En aucun cas nous n’étions cadenassé-e-s et nous avions la possibilité de nous dégager rapidement de ces tubes.

Malheureusement l’équipe chargée de stopper le train 1500m en amont n’a pas pu agir. L’hélicoptère de surveillance précédent en permanence le convoi était absent, « parti se ravitailler en kérosène » ; or cette équipe comptait essentiellement sur sa présence qui signalait l’arrivée du train. Enfin, conformément à ce qui était convenu les stoppeurs ont renoncé à arrêter le convoi car il était accompagné de véhicules de gendarmerie le précédent à vive allure sur le chemin les séparant de la voie.

Le convoi est donc arrivé à « 98 km/h » selon le procureur n’ayant pu être arrêté par les militant-e-s ni averti par l’hélicoptère. Ces multiples causes réunies nous mettaient en danger. De ce fait, les personnes couchées sur les rails n’ont bénéficié que de très peu de temps pour s’apercevoir que le train n’avait pas été stoppé et par conséquent n’avait pas réduit son allure. Nous nous étions entraîné-e-s à une évacuation d’urgence de l’ordre de quelques secondes. Sébastien à été percuté alors qu’il quittait les rails, et en aucun cas, son bras n’est resté bloqué à l’intérieur du tube. La vitesse de l’événement nous a dépassé et personne parmi nous n’a eu le temps de lui venir en aide.

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Avant que cela n’arrive, nous sommes resté-e-s dix heures de suite caché-e-s en lisière de bois à trente mètres de la voie, gelés et ankylosés par le froid. Durant cette attente, nous n’avons pas été détecté par le dispositif de sécurité, ni les guetteur-euse-s posté-e-s à une quinzaine de kilomètres du lieu du blocage et chargé-e-s de nous prévenir de l’arrivée du train, ni les stoppeur-euse-s chargé-e-s de l’arrêter, ni les bloqueur-euse-s qui avaient préalablement installé les deux tubes sous le rail aux environs de cinq heures du matin. Il est clair que la part de responsabilité de chaque protagoniste doit être établie. Y compris la nôtre.

Pour l’heure nous sommes face à l’un des pires moments de notre existence. Malgré ce que beaucoup de personnes peuvent penser nous avions des raisons certaines d’être là. En premier lieu la sauvegarde de la planète, dont nous assistons au déclin d’années en années, mais également le rejet de cet État monolithique refusant toute remise en question. Nous n’avons pas décidé d’arrêter ce train par immaturité ou par goût de l’aventure, mais parce que dans ce pays, il faut en arriver là pour qu’une question de fond, enfin, entre dans le magasin de porcelaine.

Sébastien est mort par accident, il ne l’a pas choisi, personne ne l’a souhaité. Il n’est pas mort au volant en rentrant ivre de discothèque, mais en agissant pour faire entendre ses convictions. Et c’est sans conteste pour cela que son décès ne sera jamais, pour nous, un fait divers.

Face à une situation où nous étions si perdu-e-s, nous n’imaginions pas recevoir tant de soutien. Nous remercions particulièrement ami-e-s et parents, de nombreuses associations, mais également les milliers d’anonymes allemand-e-s et françai-se-s ayant organisé des manifestations et des commémorations en sa mémoire. L’ampleur de la solidarité nous dépasse autant qu’elle nous touche. Le plus important, nous semble de pleurer un frère et de soutenir sa famille et non d’instrumentaliser son image. Bichon était certes à la recherche d’un monde moins fou, mais avant tout un jeune homme rempli de joie de vivre, d’énergie et amoureux des gens.
Ce texte n’est ni une confession, ni une agression, nous voulons seulement par celui-ci rétablir la vérité des faits.

Ses compagnes et compagnons de route

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L’appel de Sébastien pour préserver notre planète doit être entendu
Communiqué du réseau "Sortir du nucléaire", 8 novembre 2004

Le Réseau "Sortir du nucléaire" se déclare profondément choqué et s’associe à la douleur de la famille et des amis de Sébastien Briat, jeune militant antinucléaire décédé dimanche 7 novembre 2004 lors d’une action non violente de protestation contre les transports de matières nucléaires.

Le Réseau "Sortir du nucléaire" exige que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce dramatique accident. Devant la vive émotion d’innombrables citoyen-ne-s et militant-e-s, et leurs demandes de pouvoir s’exprimer collectivement, le Réseau "Sortir du nucléaire" a appelé à se recueillir et à déposer des fleurs devant les gares, le mercredi 10 novembre à 18h. Cette action a été suivie avec une grande émotion dans de très nombreuses villes de France.

Même si les circonstances de ce drame restent pour le moment inexpliquées, le Réseau "Sortir du nucléaire" estime que :

- les mesures élémentaires de sécurité n’étaient pas réunies : un tel convoi ne devrait pas rouler à vitesse "commerciale" mais à vitesse réduite de façon à pouvoir s’arrêter à tout instant ;

- le nombre considérable de transports de matières nucléaires en France amène les autorités et les entreprises de l’industrie nucléaire à économiser au maximum sur les mesures de sécurité élémentaires que l’on peut attendre d’un tel transport. En Allemagne, ces transports font l’objet de mesures de sécurité plus contraignantes (nombre de policier-e-s, surveillance de la voie de chemin de fer, vitesse du convoi...) ;

- ce drame démontre aussi que des personnes qui seraient mal intentionné-e-s, contrairement aux militant-e-s antinucléaires, pourraient très facilement intercepter un train de déchets radioactifs.

Sur les rails comme ailleurs, le nucléaire tue !!!

Malgré le mépris du gouvernement, exigeons de supprimer le nucléaire !

Tenons compte du courage et de l’engagement du jeune Sébastien dont l’objectif était de sauver l’environnement et l’avenir de la planète.

En effet, après avoir déversé les déchets radioactifs par milliers de tonnes au fond des océans jusqu’au début des années 80, l’industrie nucléaire s’apprête désormais à les enfouir sous terre, contaminant ainsi la planète pour des milliers d’années. Dans une démarche non violente, Sébastien Briat est décédé en interpellant l’opinion publique sur le caractère inacceptable de l’industrie nucléaire et de ses déchets. Son appel doit être entendu.

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Bichon, le coeur sur la main
Article paru dans l’est répugnant le 9 novembre 2004

Saltimbanque et rugbyman, Sébastien Briat, dit Bichon, la jeune victime du train de déchets nucléaires défendait la préservation de la planète et ses habitant-e-s, par exemple dans les causes humanitaires, mais aussi syndicaliste et libertaire, il mettait en liens les personnes de sa région en vue de changer notre système complètement fou.

C’était la consternation, dans les cinq petits villages qui composent la commune associée des Hauts-de-Chée, près de Bar-le-Duc. L’annonce du décès de Sébastien Briat, la victime du dramatique accident de train de dimanche 7 novembre, s’est répandue comme une traînée de poudre. A Louppy-sur-Chée, d’où il était originaire et où résident ses parents et ses deux sœurs cadettes, chacun-e se murait dans le silence. « Inconcevable », « incompréhensible », la population était sous le choc.

Aîné d’une fratrie de trois enfants, Sébastien était né le 17 août 1982, donc âgé de 22 ans. Il a effectué ses études secondaires au collège de Vaubecourt, qu’il quitta en 1997 à l’issue de la classe de 3e, pour entrer ensuite au lycée Raymond Poincaré de Bar-le-Duc. « C’était un élève assez brillant et plutôt effacé », se souvient l’un de ses professeurs. Et dans son entourage, les personnes qui l’ont côtoyé relèvent en premier qu’il avait « le coeur sur la main ».

Depuis un an, il s’était investi, avec une quinzaine de jeunes, au sein d’une association, « Car’PeDiem », dans le but de développer les liens socio-culturels en milieu rural, à travers la musique, le théâtre de rue et les arts du cirque. Le groupe de saltimbanques rêvait de sillonner les routes à bord d’un bus d’occasion que tous s’évertuaient à aménager. Et à plus long terme, c’est vers le secteur humanitaire que l’association voulait apporter une bouffée d’oxygène. Vivre au jour le jour est une devise que Sébastien partageait avec ses ami-e-s. Et sa vie était remplie de rencontres.

Depuis plusieurs années, le défenseur de l’environnement qu’il était aussi partageait la cause des opposants au laboratoire de Bure et au projet de stockage souterrain de déchets radioactifs en Meuse. C’était un militant antinucléaire, mais Sébastien était également pleinement investi dans la création de la section étudiante du syndicat CNT-éducation de Nancy.

« Bichon savait toujours se rendre utile, être disponible, était ouvert à tout le monde », confie un de ses copains du Bar Ovalie Club, où Sébastien jouait au rugby depuis une dizaine d’années. Son surnom « Bichon » incarnait à lui seul toute sa gentillesse. Mais cela ne l’empêchait pas d’être véloce sur le terrain. Avec son numéro 9 de demi de mêlée sur les épaules, il était une pièce maîtresse de l’équipe. Sa disparition a plongé tous les joueurs et dirigeants du BOC dans la détresse, et le club envisage en son hommage, de ne plus attribuer son numéro fétiche. Dimanche dernier, le jour du drame, il aurait dû jouer à Toul.

Mais sachant qu’un convoi de déchets nucléaires passait près de Nancy, il avait prévenu son entraîneur qu’il ne pourrait se rendre à la convocation, ayant décidé de se joindre courageusement aux manifestant-e-s. Au bout de ses convictions, un destin funeste devait malheureusement l’arracher à l’affection de ses proches.

Pour aller plus loin...
Un dossier plus complet est disponible sur le site du Centre de Recherche pour l’Alternative Sociale de Toulouse.
Quelques articles :
- un article publié en 2006 sur Rebellyon et un autre publié en 2004 ici.
- articles publiés en 2004 sur indymedia Lille : ici et ici.


Articles de la même thématique : Mobilisations – Actions

Carnet de notes #2