J’ai rêvé cette semaine ou il commence à se passer un truc à Nancy ?

Nancy |

Contestation dans l’air. Déçu par le discours de Macron ou par 40 ans de politique ultra-capitaliste ? Ou alors c’est l’individualisme qui ne fait plus recette ? Enquête.

À Manif’Est on travaille dur pour que nos lecteurs et lectrices puissent avoir une idée honnête sur l’activité politique de la ville. Un rédacteur s’est donc auto-dépêché comme envoyé spécial dans les couloirs de l’ultra-gauche pour comprendre s’il y a effervescence ou pas. Suspense...

Lundi

Je prépare mon enquête.

Au grand désespoir du peuple, Macron n’a pas rétabli l’ISF et les capitalistes pourront continuer à boire des litres de champagne de la marque "va-bosser-sale-pauvre-il-est-6h30" (grand cru 2016).

À Essey, les gilets jaunes ne sont pas content-es :

  • Gilles dit : "Bon est-ce qu’on devrait pas être un peu content quand même ?"
  • John répond : "Non, les 100 euros seront payés par les contribuables. Les riches sont encore riches et si on s’arrête maintenant, dans un mois, dans 2 jours ou même à la fin de cette phrase ils seront encore plus riches !"
  • Gilles : "OK."

Mardi

Je viens de prendre la décision d’arrêter de regarder les discours présidentiels à la télé mais en même temps je pense aux vœux que Macron va devoir faire dans 15 jours ! Je rigole en buvant mon café et je l’imagine en train d’appeler Sarkozy pour dire "Heu Nico comment tu faisais pour mentir à tous le monde sans que le peuple veuille te décapiter ?"

Finalement je me rends à la manif lycéenne. 800 personnes !!! C’est quoi ce bordel ? Je ne savais même pas qu’il y avait autant de lycéen-es à Nancy. Très bien. En avant la jeunesse.

Et vas-y que je mets mon tee-shirt Che Guevara, et vas-y que je veux pas faire de service militaire à 15 ans, et bientôt illes voudront plus aller au Mc-do et travailler dans des centrales d’appel pour 9 euros de l’heure si ça se trouve !!!

Mercredi

Ca va, y’a pas manif mais les étudiant-es de l’Université Populaire proposent de rencontrer les gilets jaunes. On manifeste sa colère assis en s’écoutant.

Une délégation d’Essey et une de Commercy sont présentes. Les Commerçant-es parlent de municipalisme libertaire, les Essayistes disent qu’illes ont fait perdre des milliers d’euros à Cora en bloquant leur e-monde machine à vendre des biens de consommation.

À Essey, les commerçants craignent. À Commercy illes essayent un nouveau monde.

Jeudi 13/12

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Pas le temps pour le café. Les lycéen-es rebloquent puis débloquent avant de rejoindre la fac de lettres. C’est chaud à Loritz. La police interpelle (c’est-à-dire met dans une cellule qui sent l’urine) deux lycéens. Les jeunes rejoignent les jeunes. 400 personnes à l’Assemblée de la fac de lettres. L’AG est à l’image de l’ambiance actuelle. C’est un peu le bordel mais il se passe des trucs. Des pignoufs d’extrême-droite sont présents. Ils sont pathétiques mais l’assemblée accepte qu’ils parlent pour donner leur "arguments" avant d’être invités à quitter l’amphithéâtre.

L’objet de discussion étant la défense des droits des étrangèr-es, les personnes présentes étaient assez d’accord pour dire qu’on avait pas une heure d’AG à perdre avec des personnes qui ne sont là que pour empêcher de véritables discussions.

Les prises de parole dénoncent le capitalisme qui va peser sur les plus faibles. Les étudiant-es ayant des papiers français découvrent les difficultés que connaissent celleux n’en ayant pas. Une personne lit la lettre des étudiant-es Kabyle au président. Elle rappelle que la france est un pays de dignité qui sert depuis longtemps l’émancipation d’étudiant-es étrangèr-es, que les frais d’inscriptions vont prioritairement condamner les Africain-es et qu’une telle augmentation des frais relève de l’injustice.

(À ce moment je me questionne sur cette étudiante étrangère de licence qui a une vision bien plus cohérente de la République Française que l’ensemble du gouvernement et de l’assemblée nationale réunies...).

14h02, départ en manif. Parcours déclaré pour faire bonne figure mais c’était sans compter sur la joie créative ! On veut pas le fromage ou le dessert mais le fromage et le dessert ! Manif déclarée + manif sauvage.

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Des gilets jaunes se joignent au joyeux bordel qui se finira par une nasse policière derrière le Saint-Sébastien ! Une nasse à Nancy, génial ! Ça deviendrait une habitude ?

Les policiers ont fait les gentils toutous de l’ordre marchand en empêchant la manifestation de perturber la rue Saint-Jean ou d’aller dans le Centre Commercial du Saint-Seb. Peut-être auront-ils une prime cette année eux aussi !

Dans tous les cas, citoyen-nes nancéien-nes, dormez tranquilles : les magasins sont ouverts, le police surveille les portes, les vitrines sont propres, bien propres comme des discours macronistes qui n’attendent que... vous.

Entracte

Pendant ce temps là à l’Élysée :

  • E. Macron : Il est pour qui le beau biscuit ?
  • La police : WAFFFFF WAFF.
  • Macron : C’est bien, il est bien méchant avec le peupeuple hein ! Oh oui c’est un méchant chienchien ça. S’il reveut un biscuit il faut continuer à arracher des mains et envoyer des flash-baballes dans les visages.
  • WAFFFF WAFFFF, dit la police en remuant la queue.

Vendredi

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Encore une manif. À l’appel de la CGT. 400 personnes (selon le journal concurrent). Les Nancéien-nes vont-ils enfin crier contre les attentats ? l’immigration ou les crottes de chien ? Et bien non ! Encore raté.

Et c’est reparti pour les gens qui veulent vivre dignement, encore un ramassis d’âneries comme "on veut manger à notre faim", "augmentation des salaires et des pensions". Et c’est reparti pour un tour, "on veut du service public" par ci, "des moyens pour soigner correctement" par là, et rien pour les patrons du CAC 40 qui ont les oreilles qui sifflent !

Là encore des lycéens parsèment le cortège. Des gilets jaunes colorent la foule. Serait-ce un début de convergence des luttes ?

Samedi

Le préfet a envoyé un communiqué de presse qui commence par cette phrase : "Le droit de manifester est un droit fondamental" pour ensuite signifier que les manifestations seront interdites et réprimées dans la périphérie de Nancy afin de "préserver la libre activité des zones commerciales" ! Quel comique.

Pour le valet local de Macron, manifester est un droit tant que ce n’est pas contre les supermarchés qui ont déjà subi des pertes conséquantes de par l’action des gilets jaunes. Si nos lecteur-ices attendaient un papier officiel pour attester l’alliance de la police et des capitalistes : le voilà !

Ce sont finalement plusieurs centaines de personnes qui se sont retrouvées place de la République et non en périphérie pour commencer une manifestation non déclarée dans Nancy.

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Environ un millier de personnes déambulent ainsi jusqu’à vouloir chatouiller la député de Macron mais la police fait barrage.

La tentative de forcer gentiment les policiers se solde par un gazage en règle, rue st Catherine, du cortège composé de gillet jaune venus de différents départements et de soutiens locaux. (on notera un policer sensible aux luttes sociales qui s’est autogazé le visage)

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D’après une gilet jaune au moins deux personnes ont été interpellées : une pour avoir amené un coktaïl molotov et un autre pour avoir un pochon de beuh sur lui... Pas de nouvelle de garde-à-vue à ce jour.
Finalement le cortège a poursuivi sa tournée pour finir à la gare où une minute de silence a été faite par les membres du cortège et la police pour les victimes de strasbourg ainsi que pour les gilets jaunes décédé-es.

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Drôle d’ambiance que celle amenée par ces alliances qui s’effritent pour chambouler nos repères militants.

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Les gilets jaunes peuvent faire perdre des millions aux supermarchés et compatir avec la police après s’être fait gazer. Ils sympathisent avec les lycéen-nes, des syndicalistes les rejoignent, tous ce monde discutent avec les étudiant-es. C’est comme ça quand ça converge ?

Dimanche

Tisane de Maalox pour préparer mon épiderme à la suite. Le produit me fait remonter une crise de souvenirs.

Petit déjà j’entendais la fameuse légende de la convergence. Mes parents me récitaient l’histoire du dragon "Mai 68" avec ses grèves générales et ses émeutes artistiques ou encore la légende de la convergence du Front Populaire avec la princesse SFIO et la fée prolo qui avaient forcé les capitalistes à faire un peu moins de capitalisme sur le dos des pauvres. Mais j’ai rêvé cette semaine ou il commence à se passer un truc à Nancy ?

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Peut-être suis-je encore un peu assoupi mais je crois qu’un gilet jaune m’a dit qu’il fallait qu’on réapprenne à vivre, que notre mode d’existence était foutu. Je crois que mes paupières étaient bien ouvertes quand j’ai vu des syndicalistes à la manif des lycéen-nes.

Je vais me servir un café cette fois pour être sûr mais je pense que toutes les personnes qui sortent de chez elles pour protester le font pour la même chose : attaquer (au moins un peu) le système capitaliste.

Comment ? On y voit à moitié clair pour l’instant. Les gilets jaunes constatent les travers des syndicats et en même temps illes se rendent compte que leur combat porte les mêmes mots d’ordre.

Aux raviolis des anciennes méthodes manque encore le sel de l’utopie. Alors pourquoi on arrêterait pas de manifester chacun-e de nos côtés pour bloquer l’économie par tous les moyens ? Et si c’était ça un début de soulèvement ?

Songe

  • Gilles : On y va ou bien ?
  • John : Bien et toi ?
  • Macron : Comment ça, on y va ?
  • Godzilla : J’ai faim.


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