Considérations sur les manifestations nancéennes

Nancy |

Depuis le début du mouvement social contre la réforme des retraites à Nancy, les manifestations s’enchaînent et ne se ressemblent pas tout à fait.

Le 5 décembre dernier, au premier jour de la mobilisation nationale, la manifestation, massive pour la ville de Nancy, on parle de plusieurs milliers de personnes, bat son plein. Une partie du cortège, galvanisée par l’ardeur des Gilets Jaunes, décide d’aborder la place Stanislas par une rue non prévue dans le parcours officiel. C’en est trop pour les forces de l’ordre, qui, déstabilisées, sèment la confusion à coups de grenades lacrymogènes. Le cortège sauvage s’éparpille renversant tables et chaises au passage.

Depuis, le parcours des manifestations ressemble à une mauvaise blague. La préfécture, sans doute de concert avec les principales directions syndicales, fait faire aux manifestant.es le tour du pâté de maison. Place de la République - rue Saint Jean - Place de République. Une heure de ballade montre en main. Puis tout le monde est censé rentrer à la maison.

C’était sans compter une partie des manifestant.es, qui, soucieux.euses de faire durer le plaisir, ont pris tout ce beau monde à contre-pied. En effet, cela fait plusieurs manifestations qu’une partie non négligeable du cortège choisit de rester et d’occuper la rue Saint-Jean, qui, rappelons-le, constitue l’artère la plus commerçante de la cité ducale. Ainsi, des grappes de manifestant.es s’éparpillent le long de la rue, bloquant la circulation et une partie de l’économie locale. Mardi dernier, une échappée de Gilets Jaunes vers la place du marché a même entraîné la fermeture du centre commercial Saint-Sébastien.

Hier, mardi 17 décembre, cette tactique de blocage s’est encore amplifiée. Un cortège hétéroclite, rassemblant Gilets Jaunes, syndicalistes, autonomes et étudiant.es a bloqué pendant près de quatre heures la rue Saint Jean. Une partie du cortège s’est même payé le luxe de partir faire un tour de manif de sauvage et de revenir au point de blocage. L’ambiance est bonne, festive et solidaire.

Les Gardes Mobiles, accompagnés d’une quinzaine de baqueux.euses particulièrement bien déguisés, ont eu quelques difficultés à faire se disperser tout ce beau monde. Ils on fait remonter le cortège lentement, pas à pas, boucliers et pare-chocs contre manifestant.es. Jusqu’à ce que, de guerre lasse, ils envoient une première grenade lacrymogène en haut de la rue Saint Jean, puis une deuxième, habilement tirée dans le hall de la gare quasiment vide.

Alors, que penser de tout ça ?

Il semblerait bien qu’il existe chez les manifestant.es nancéen.nes, comme dans le reste du pays, l’envie de ne pas se satisfaire des défilés traditionnels. S’il n’y a pas à proprement parler de cortège de tête qui se crée lors des manifestations, ce qui permettrait d’agréger les colères en dehors du giron très ordonné des directions syndicales, une partie des manifestant.es a réussi à se re-trouver dans ces blocages/occupations spontanées de la rue Saint-Jean. Cette rencontre innatendue a l’air de dérouter les spécialistes du maintien de l’ordre, qu’on a vu courir, se positionner, se repositionner, se dépositionner, dans un ballet relativement confus. Considérons que ce flottement ne va sans doute pas durer et qu’il sera probablement plus difficile de tenir l’occupation de la rue lors des prochaines manifestations.

Pour faire en sorte que ces blocages continuent et s’amplifient, il serait sans doute utile d’avoir plus de banderoles, d’essayer de se tenir un peu plus physiquement et de prévoir d’autres endroits à occuper et à bloquer en cas de trop grosse présence policière rue Saint-Jean.

Car le blocage, c’est bien le nerf de la grève.

Des bloquheureuses.



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