Ils investissent dans la pierre, investissons dans le pavé…

Nancy |

L’aire urbaine de Nancy compte plus de 18.000 logements vacants, oui, oui… dix-huit mille ! Dit autrement : dans Nancy et sa périphérie, un logement sur 12 est inoccupé. Pourquoi ?

L’Insee, qui est la source de ces chiffres impressionnants [1], ne le dit pas. Pour certains logements, c’est sans doute provisoire, pour d’autres, peut-être sont-ils vétustes ou inadaptés.

Soit.

Mais pour l’essentiel, il s’agit d’une réserve foncière. À Nancy comme partout, un propriétaire avisé préférera ne pas louer plutôt que de louer trop bas ou de louer à des pauvres…

Ah les braves gens que les propriétaires ! Toujours du côté de la loi, la bonne conscience en prime. La propriété étant le socle de l’économie de marché et de l’ordre républicain, après avoir été pendant des siècles le socle de la féodalité et de l’ordre royal, les propriétaires dorment sur leurs deux oreilles. Les régimes trépassent, les gouvernements passent : de droite, de gauche. Les propriétaires prospèrent. Chaque ministre en charge du logement y va de sa loi. Loi de défiscalisation pour les propriétaires quand on est de droite, mesures d’aide aux locataires (rapidement récupérées par les propriétaires grâce aux augmentations de loyer) quand on est de gauche. D’ailleurs un gouvernement honnête devrait parler de « ministère de la Propriété » plutôt que de « ministère du Logement » !

Vous me direz : « Il y a propriétaire et propriétaire ! » Les modestes propriétaires du logement qu’ils habitent ne sauraient être comparé.e.s aux spéculateurs, rentier.e.s et autres marchand.e.s de sommeil.

C’est indiscutable.

N’empêche que tous les propriétaires, aussi modestes soient-ils, bénéficient, souvent à l’insu de leur plein gré il est vrai, des effets de la spéculation et de la mise en réserve d’une grande partie du parc immobilier. La pierre reste une valeur refuge, comme on dit dans les pages « immobilier » du Nouvel Obs, magazine de référence de la gauche.

Mais bon, halte au persiflage, revenons à nos 18.000 logements vacants dans l’aire urbaine de Nancy. Ajoutons à cette information que Nancy est, avec LeHavre, la seule agglomération d’importance en France à perdre des habitants d’après le recensement de la population.

Il ne s’agit plus d’un constat, mais d’une tendance : il y a de la place à Nancy, beaucoup de place !

On hésiterait presque à calculer combien de mal logé.e.s on pourrait installer dans les logements vacants ou combien de demandeurs d’asile on pourrait sortir des hôtels bondés où la République les parque ou encore combien de réfugiés syriens ou éthiopiens on pourrait accueillir rien qu’à Nancy : 10.000 ? 20.000 ? 30.000 ?

On voit déjà des sourcils froncer : démagogie !

Démagogie… Oui, pour qui la propriété individuelle est plus importante que la solidarité.

Démagogie encore pour qui se cache derrière les sacro-saints potentiels électeurs du Front national à qui il ne faut pas faire peur. Démagogie toujours pour qui préfère l’ordre à la justice. Démagogie enfin pour qui s’apitoie sur la misère du monde, à l’abri de son pré carré dûment enregistré chez le notaire…

Sans remise en cause de la propriété, il ne peut pas y avoir de changement fondamental dans la société. C’est bien pour ça que les politiciens et, en premier lieu, les richissimes héritières Le Pen, n’en parlent jamais. Ah elles ont bonne mine les antisystèmes !

Enfin bon, d’un autre côté, Macron et Fillon, c’est un peu pareil.

Hamon, Mélenchon ? Pas de quoi faire tousser un notaire dans leurs programmes…

Tous les politiciens ont le respect du titre de propriété et du fait acquis. Conservateurs des hypothèques qui pèsent sur le monde depuis des siècles, ils n’imaginent pas un autre système.

Se loger n’est pas un luxe, habiter un logement décent est un droit, inscrit dans les lois de la République. Si le respect dû à chacun est inscrit dans la Constitution, la propriété aussi, elle est même gravée dans le marbre.

L’occupation des logements vacants, le squat, la réappropriation ne sont pas des actions légales, contrairement au fait de salarier à nos dépens, sa femme, ses enfants, son ex-belle sœur ou de se faire payer des costards chics.

Mais l’occupation des logements vacants, le squat, la réappropriation sont plus que jamais des actions légitimes et nécessaires. Ouvrir un squat par les temps qui courent est plus utile et sans doute plus efficace que de voter. La légalité c’est leur excuse, la légitimité doit être notre force.

Ils investissent dans la pierre, investissons dans le pavé…

Victor K

Article paru dans RésisteR ! #48, le 18 mars 2017



Notes

[1C’est un peu plus que la moyenne nationale : 8,4 à Nancy contre 7,8 pour l’ensemble du pays, ce qui donne un total d’environ 2.700.000 logements vacants en France. Et encore, il ne s’agit ici que des logements inoccupés, les résidences secondaires ne sont pas comptabilisées… il y en a quand même 3.200.000 en France, dont près de 3000 dans l’aire urbaine de Nancy.