À Nancy, on rase gratis...

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Surtout les bâtiments sympas : piscine découverte, jardin et école des Trois Maisons, écuries du musée…

En dehors de quelques grandes manifestations à haute valeur politique ajoutée et haute visibilité médiatique comme Le Livre sur la Place, la mairie de Nancy n’est pas vraiment amie des arts et de la culture, et encore moins sensible à l’aspect social ou humain des choses.

Lorsqu’il s’agit de décision en matière d’architecture et de bâtiments, ça donne une politique inquiétante, de grands projets immobiliers voyants, laids et coûteux, qui rasent les uns après les autres les lieux de mémoire de la ville. Surtout s’il s’agit de lieux conviviaux, où les habitants se rencontrent, échangent, partagent de la culture, des idées et de la rigolade. Nancy développe alors sa politique culturelle : on rase, on vend au plus offrant et on essaie de faire le maximum de sous avec un gros projet moche. On ne consulte pas la population, qui pourrait en penser quelque chose.

En ce qui concerne le musée du Palais ducal, l’idée consiste à raser l’actuel bâtiment abritant les collections (il s’agit d’anciennes écuries du XVIIIe siècle, une aile classée monument historique), pour la remplacer par une grande construction en verre dépoli. Le projet ne brille pas par son originalité... mais par ses dimensions. Et son coût, pharaonique. Il s’agit d’ajouter à l’actuel musée des salles d’exposition, mais aussi des boutiques, un auditorium, etc. Était-ce bien nécessaire ? Sans mettre en question le pôle culture, on peut s’interroger sur la nécessité de dépenses aussi ruineuses à l’échelle de Nancy, quand on sait que juste à côté, le musée des Beaux Arts possède déjà lui-même un auditorium.

Au faubourg des Trois Maisons, ce sont les bâtiments de l’ancienne école, 14, rue de Fontenoy, et le grand jardin partagé qui la jouxte, sentier des Vinaigriers, qui sont menacés de démolition. Actuellement mis à la disposition de la MJC des Trois Maisons, ces lieux magiques sont investis par des artistes, des associations, des enfants, des jardiniers, des sportifs, des badauds et des habitants, pour tous types d’activités, de la résidence d’artiste au vide-grenier, en passant par des cours de judos, de flamenco et autres activités de cirque, jonglage ou jardinage. Des babys gym au taï-chi-chuan ou au chant collectif, en passant par les barbecues, ce lieu accueille toutes les générations. Ouste, du balai ! La municipalité s’apprête à raser tout cela joyeusement, pour faire place à de beaux logements et parkings. Pour être bien certain qu’on est tous d’accord, personne n’a été consulté.

À Nancy Thermal, les opérations bulldozers sont là aussi programmées. Un appel d’offres est lancé pour un grand et fabuleux projet : un complexe thermal de luxe, avec hôtel 5 étoiles. La classe ! Évidemment, il faut pour cela raser la piscine découverte Louison-Bobet. Qu’à cela ne tienne, on rasera ! Et peu importe si disparaît ainsi un des lieux les plus symboliques et chaleureux de Nancy. Une piscine découverte, ça ne concerne que le populo, les gamins de Nancy qui ne partent pas en vacances ailleurs. Des gosses qui, pour un euro par jour, peuvent nager, plonger, draguer, rêvasser, bouquiner… et buller joyeusement. On ne va quand même pas s’en inquiéter ! S’ils ne peuvent plus aller nager, ils pourront toujours contempler les grilles du palace. Et puis on est bien aussi l’été dans les tours, enfermé devant un écran, au mois d’août à Nancy, une ville ensoleillée, maritime et aérée.
D’ailleurs ça tombe bien : personne n’a été consulté.

Si ce dernier projet est peut-être le plus révoltant de tous, le diable se niche aussi dans les détails. Près de la station Blandan de la ligne 1 du tram, c’est un bâtiment cher à de nombreux Nancéiens, remarquable, moderne et original, qui est menacé de destruction. Conçu en 1968 par les architectes Maurice Baier et Françis Poydenot cet ancien magasin de fleurs, témoignage unique de cette période de l’histoire de la ville, est en parfait état et de nombreux usages pourraient lui être trouvés, notamment en rapport avec le campus Artem, qui est juste à côté. Mais Batigère, l’actuel propriétaire, considère que ce serait une opération commercialement infructueuse… La Ville de Nancy a donc signé un arrêté de démolition – sous la maîtrise d’ouvrage de Batigère ! Détail amusant, même l’adjointe au Patrimoine de la Ville de Nancy a déclaré ne pas avoir été consultée sur le permis de démolir.

Comme à la MJC des Trois Maisons ou au Palais ducal, un comité de défense du bâtiment a été mis en place pour empêcher sa destruction. Les habitants savent bien que derrière l’architecture et les choix en matière d’urbanisme, c’est le sens d’une ville qui se joue, la façon de vivre ensemble. Ou pas.

P. Silène

Ci dessous les pétitions et collectifs… Celui pour la piscine Louison-Bobet reste à créer !
Sauvez le bâtiment de l’ex-fleuriste "Christophe" !
Collectif Nos3Maisons

Article paru dans RésisteR ! #44, le 17 septembre 2016



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