Vent de Bure : le préfet et le parquet déraillent

Nancy |

La manifestation contre le projet CIGEO d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, samedi 28 septembre à Nancy, a été incontestablement un succès. 2500 à 3000 personnes ont manifesté dans la bonne humeur avec slogans, fanfare, die in et danse macabre.

D’après les médias aux ordres, il semble qu’il faille tout au plus déplorer le bris d’une vitrine… alors que les mêmes annonçaient que cela allait être une catastrophe. Samedi matin, L’Est républicain avait ainsi titré : « Nancy en état de siège », avec à l’appui une photo des panneaux de bois installés pour protéger les vitres d’une banque.

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Le lendemain, le quotidien régional n’a pu que rétropédaler en titrant, toujours à propos de la manifestation, « La foule et le calme ». Mais le pire n’est pas du côté de la presse locale, dont on connaît l’indépendance à l’égard des édiles, commerçants et autres pouvoirs locaux. Après tout cela fait des mois qu’ils maltraitent les Gilets Jaunes tant et si bien que plus personne ne s’en étonne.

Le pire est du côté du préfet Éric Freysselinard qui a mis la ville en état de siège en convoquant 500 policier∙es et gendarmes, en recommandant aux commerçant∙es de baisser le rideau et aux habitant∙es de rester chez elles et eux, en annonçant 150 black blocs qui allaient vouloir tout détruire, en bouclant le centre-ville et en le faisant survoler d’un hélicoptère des heures durant. Le délire répressif du préfet n’est cependant pas non plus tout à fait nouveau : cela fait près de deux ans qu’on le voit à l’œuvre face aux Gilets Jaunes, au lycéen∙nes ou aux salarié∙es. Avec le week-end antinucléaire, il a dû se sentir pousser des ailes…

Le pire, encore pire, est du côté du parquet. Dans sa conférence de presse conjointe avec le préfet, le procureur de la République adjoint Amaury Lacôte a ainsi non seulement annoncé un dispositif d’exception pour faire face à la manifestation : doublement des effectifs (greffiers, magistrats…), deux juges des libertés et de la détention et une audience spéciale prévue lundi. Emporté par son enthousiasme, Amaury Lacôte est allé plus loin encore en annonçant, à l’avance, les peines qui seraient requises : « les réquisitions réclameront de la prison ferme assortie d’un mandat de dépôt ».

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Extrait de L’Est républicain du 28 septembre 2019 (version en ligne).

On croit rêver. La veille de la manifestation, alors que rien ne s’est passé en dehors de quelques soirées de projection-débats sans aucun problème, un représentant du parquet annonce à l’intention des manifestant∙es du lendemain que s’ils ou elles dérapent, et quoi qu’ils ou elles fassent, il demandera des peines de prison ferme. Et la presse relaie cela sans sourciller.

Un tel alignement de la justice sur le préfet, de ce dernier sur les intérêts du lobby nucléaire, et bien entendu le relai complaisant des médias locaux… c’est tellement beau qu’on dirait une leçon de choses. Où l’on voit que la France de Macron se rapproche, tout doucement, de la Turquie d’Erdoğan ou de la Russie de Poutine.