Soirée contre la répression syndicale, un témoignage de la situation à l’EHPAD la Verrière

Nancy |

Jeudi 4 avril, l’UL CGT organisait une soirée contre la répression syndicale et la répression en général.
Des collectifs et organisations variées étaient présentes, comme RESF, le DAL, la CNT Interco 54, le CCAN, le journal L’Humanité ou le FSL 57, ainsi que trois partis politiques.
En début de soirée, plusieurs personnes sont venues témoigner de leur situation vis à vis de la répression : Jean-Michel (cadre cheminot de la SNCF à Champigneulles), Cristina (animatrice dans un EHPAD à Villers-les-Nancy), A. et L. (étudiants à la fac de lettres de Nancy).
Voici, avec son accord, la retranscription du témoignage de Cristina.

« Bonsoir à tous,

Je m’appelle Cristina et je suis déléguée du personnel suppléante de l’EHPAD la Verrière à Villers-les-Nancy.
Je souhaiterais apporter ma contribution [à cette soirée] contre la répression syndicale en vous racontant mon histoire.

Depuis la diffusion de la liste syndicale CGT, en août 2015, mes problèmes ont commencé. Nous avons été élues en septembre 2015, une titulaire et deux suppléantes, nous sommes donc majoritaires.
Depuis avril 2016, nous subissons de la discrimination syndicale : promotion pour la déléguée CFDT, refus de ma présence en réunion DP [délégué·e·s du personnel] sous prétexte que je serais la suppléante de la déléguée CFDT !

Le 9 novembre 2016, ma responsable de pôle m’a demandé de la suivre en cuisine pour me donner de nouvelles consignes. Aussitôt à l’intérieur, les portes ont claqué et je me suis trouvée enfermée dans cette pièce face à ma directrice, deux responsables de pôle et l’infirmière cadre !
Cette situation, je la considère comme une séquestration puisque les portes étaient closes et que ma responsable de pôle ainsi que la directrice bloquaient les portes, m’empêchant ainsi de sortir et mes collègues d’entrer. Deux de mes collègues ont essayé de rentrer, en vain.
Je n’étais plus libre de mes mouvements et les reproches ont plu de toutes parts durant une vingtaine de minutes à l’issue desquelles elles ont quitté la pièce, me laissant seule en plein désarroi.
J’ai été prise d’un malaise, immédiatement constaté et pris en charge par un médecin extérieur [à l’établissement] présent au moment des faits. En arrêt maladie pendant 5 mois (reconnu comme accident du travail en avril 2017), je suis toujours à ce jour sous traitement anti-dépresseur et suivie psychologiquement. J’ai cru que j’allais crever tellement j’ai souffert et pleuré.

A cela s’ajoute le harcèlement moral des trois déléguées CGT, avec demande de licenciement des deux suppléantes, demandes refusées par l’inspection du travail, considérant que le lien avec le mandat électif [syndical] est établi.
J’ai aussi subi des menaces d’un collègue et des humiliations devant mes collègues, sans que la directrice ne me protège. Pourtant, elle est responsable de ma santé physique et psychologique.
La déléguée titulaire CGT s’est vue accusée de faux en écriture et menacée de poursuites judiciaires pour une pose de congés annuels. Ses congés ont été refusés trois fois et, depuis 2017, elle subit de la discrimination sur ses origines malgré ses nombreux courriers rappelant à la loi.

Une grande majorité du personnel, surtout les plus anciennes salariées, travaillent dans un climat social particulièrement difficile.
Malgré nos interpellations et celles de l’Inspection du travail, de la médecine du travail et l’intervention d’un cabinet d’audit mandaté par le Conseil d’Administration, les pressions et le chantage ne cessent d’augmenter.
Dans le rapport du cabinet d’audit, [pour lequel] 53% du personnel a été entendu, il est décrit un fonctionnement conflictuel, clanique, une instabilité émotionnelle, une peur de représailles de l’encadrement et la nécessité pour le personnel de palier lui-même aux insuffisances managériales.
Les comportements décrits dans ce rapport se retrouvent dans les attestations produites par la direction, lors des demandes d’autorisation de licenciement des deux déléguées suppléantes CGT.

Nous n’avons cessé d’échanger des courriers pour que tout cela cesse, en vain.
Ce que nous vivons, c’est de la discrimination syndicale. Nous savons que nous sommes loin d’être les seules discriminées en France et même dans cette salle.
Nous souhaitons que le combat contre la répression et la discrimination syndicale, et toutes les autres formes de discriminations, soit reconnu et soutenu.
Cher·e·s camarades, soyez fort·e·s et combatif·ve·s. Faites valoir vos droits et ne baissez jamais les bras.

Nous ne sommes désormais plus que deux déléguées du personnel CGT [à l’EHPAD] car la troisième a préféré partir pour protéger sa famille et sa carrière.
En octobre 2017, la directrice a voulu supprimer mon poste d’animation pour l’attribuer à l’une de mes collègues, qui n’est autre que la fille de ma responsable de pôle et aussi la déléguée CFDT. Un poste que j’occupe régulièrement depuis plus de 10 ans. Je me suis battue et j’ai récupéré mon poste d’animation.

Merci à ma famille, à mes ami·e·s et camarades pour votre soutien et aussi merci à mon psy qui m’aide à trouver la force et l’énergie pour continuer mon combat, notre combat ! »

La version sonore, de mauvaise qualité.

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