Services publics : un avenir d’avance !

Leyr |

Un slogan peut en cacher un autre ! C’est ce que se dirent il y a plus de vingt ans quelques bouseux de la campagne lorraine, plus précisément de Leyr et d’une dizaine de villages de cette belle vallée de la Seille.

Ils sont paysans, enseignants, artisans, commerçants, facteurs, techniciens ou encore retraités. Depuis plus de vingt ans, ils se mobilisent avec succès pour conserver leur bureau de poste. Pour eux le slogan de l’époque « Ça bouge avec La Poste », ce n’était pas un slogan, c’était une déclaration de guerre ! Aujourd’hui, ce collectif se bat encore et toujours pour le maintien et le développement de tous les services publics et pour le maintien de leur bureau de poste en particulier.

Si tu veux savoir où tu vas, éclaire le chemin parcouru ! Sur un plan national, la situation ne fait que s’aggraver. Ces dernières années, comme beaucoup de services publics, La Poste a connu une évolution statutaire dévastatrice qui se poursuit.

Les PTT étaient une administration d’État qui avait la particularité d’avoir un budget annexe. Les fonctionnaires de la Poste et des Télécoms étaient rémunérés par ce budget qui devait équilibrer ses recettes et ses dépenses. C’était le parlement qui fixait les tarifs et faisait les choix politiques d’investissements comme ceux de financer l’extension du réseau, le développement du minitel, mais aussi l’informatique dans les écoles ou encore le programme spatial Ariane.

Sous Jospin, la « gauche » procède à un premier démantèlement en séparant la Poste et les Télécoms. Ces derniers, après quelques réformes successives et la mise en concurrence imposée par l’Europe libérale, sont devenus la multinationale Orange, avec cette incongruité unique au monde capitaliste d’avoir une majorité de son personnel toujours fonctionnaire, qui serve sans renâcler les intérêts d’actionnaires toujours plus exigeants ! Les conséquences n’ont pas tardé : rentabilité à court terme, réorganisations, suppressions d’emplois, dépressions, arrêts de maladie, accidents de travail, suicides… en deux mots un profond malaise social.

Pendant ce temps, la Poste est devenue une société directement ou indirectement encore propriété à 100 % de l’État. Aujourd’hui les dirigeants et en premier son président (le banquier et mosellan Philippe Wahl) ne rêvent que de devenir une multinationale comme Orange. Dans la même logique capitaliste qu’Orange, ils prennent le même chemin aux conséquences prévisibles : rentabilité à court terme, réorganisations, suppressions d’emplois, dépressions, arrêts de maladie, accidents de travail, suicides… en deux mots un profond malaise social. Nul doute qu’ils veuillent accompagner leurs trois collègues dirigeants d’Orange sur le banc des tribunaux dans quelques semaines ! Pour tenter de l’éviter, ils viennent de communiquer un plan de 3 000 recrutements… en omettant de préciser à la presse que c’était sur trois ans… moins que les années précédentes ! Comme quoi un criminel peut être comique et cynique !

Revenons à nos moutons… ou plutôt à nos ânes bâtés de Leyr. En ce début d’année, les nouvelles de restructurations, de réorganisations et de fermetures de bureau à La Poste pleuvent sur le pays et la région. À Leyr, silence ! Un soleil radieux illumine le quotidien. Quelques nuages inquiètent nos résistants du collectif. Pourquoi, depuis le départ en retraite de la guichetière et du changement de tournée de la factrice, ces deux emplois de titulaires ne sont-ils occupés que par des intérimaires ? Principe de précaution, histoire de rappeler leurs existences aux dirigeants de La Poste, nos ruraux de Leyr utilisent les nouvelles technologies en réalisant un court-métrage.

L’histoire va plus vite que l’écriture de leur scénario. Le film au montage, le collectif apprend par leurs collègues postiers et par le maire de Leyr que la direction départementale de La Poste s’apprête à transformer les positions de travail du facteur et du guichetier actuels en deux facteurs guichetiers polyvalents et qui travailleraient en alternance. Au prétexte que cette réorganisation ne changera en rien ni les prestations ni les horaires, la direction s’est limitée à informer le maire faisant fi de l’obligation du contrat de présence postale territoriale de 2014-2016 d’obtenir son accord pour toutes modifications d’activités postales ! La direction de Meurthe-et-Moselle anticipait sans doute le nouveau contrat 2017-2019 qui supprime cette obligation. Pas de chance pour elle, l’Association des maires de France (AMF), association pas vraiment révolutionnaire, est l’une des trois institutions signataires, avec l’État et La Poste. Pas de chance, l’AMF a refusé de signer il y a quelques jours ce projet pour cette raison. La direction veut aller vite. Le collectif apprend le 14 octobre, par une source anonyme, que la direction réunit un comité technique le 20 octobre pour consulter les représentants du personnel sur des réorganisations, parmi lesquelles celle de Leyr. Mise en place prévue le 2 janvier 2017.

État d’urgence. À la réunion publique, programmée ce 14 octobre, les participants votent à l’unanimité une motion (ci-après) adressée au président de la République et à tous les élus. Ils décident d’envoyer une délégation à la direction le jour du comité technique. Partant du principe qu’il n’est pas dans les habitudes d’un « patron » de faire un changement pour rien, les membres du collectif de Leyr considèrent que la direction les prend pour des ânes, bêtes à manger du foin. Pendant que les uns réalisent de charmants bonnets d’âne, les autres prennent contact avec trois autres collectifs : Blainvile-Damelevières, Challigny et Eulmont/Lay-Saint-Christophe.

Bien entendu, il n’a pas été possible de rencontrer le directeur « absent » pour partager avec lui une botte de foin. Nous apprendrons plus tard que le pleutre, craignant sans doute un coup de sabot, s’était calfeutré dans son étable. Il avait délégué une sous-fifre pour nous éconduire. Celle-ci a bien tenté de joindre la police… en vain. Sans doute que les forces de l’ordre n’étaient pas remises de leur nuit blanche à manifester ! Un instant nous avons cru à un début de dialogue social quand une jeune responsable de communication a pointé le bout de son nez. C’était juste pour confirmer le rendez-vous avec les journalistes… enfin seulement ceux qui avaient eu la délicatesse de la contacter la veille !

Il paraît invraisemblable que de hauts fonctionnaires aient un tel mépris envers des usagers qu’ils ont la mission de servir. De quel droit un homme, qu’il soit recteur ou directeur, décide seul d’une fermeture de classe, d’un bureau de poste ou d’un établissement public ? De quel droit un agent public d’une administration ou d’un établissement public se substitue-t-il à un élu qui a délégation de ses concitoyens pour organiser le vivre ensemble ? De quel droit ces prétentieux peuvent-ils se réclamer pour se considérer dieu et maître ? Si ces droits existent, il faut les supprimer ! Il est grand temps que la démocratie retrouve ses lettres de noblesse qu’elle a abandonnées à des pyromanes capitalistes, vils serviteurs de la finance si chère à notre président ! Les collectifs de défense des services publics qui se développent s’y emploient. Rejoignons-les pour que les services publics, garants de l’égalité citoyenne, soient une idée neuve en Europe… et dans le monde !

Léon de Ryel

Motion d’actualité

Depuis plus de vingt ans, des citoyennes et citoyens de la commune de Leyr et des dix villages environnants se mobilisent pour conserver leur bureau de poste.
Depuis plus de vingt ans, la direction de La Poste multiplie les tentatives pour parvenir à la fermeture du bureau : suppression du receveur, non-remplacement de l’agent titulaire au guichet, diminution des horaires d’ouverture, délocalisation des facteurs…

Depuis plus de vingt ans, de réunions publiques en réunions publiques, les habitants organisés en collectif ont démocratiquement décidé de mener, pacifiquement mais avec détermination, un panel d’actions diversifiées et souvent colorées parmi lesquelles : interpellations des élus, village des services publics, pétitions, bal des services publics, rallye du facteur, occupations du bureau de poste (y compris la nuit d’un nouvel an), réalisation d’un court-métrage, etc.

Depuis plus de vingt ans, les commerçants, artisans, paysans et autres professions libérales sont à nos côtés pour conserver ce service public de proximité, partenaire important de la vie sociale et économique de notre ruralité et lien social privilégié de notre vivre ensemble.

Depuis plus de vingt ans… et cela continue !

Après le silence de ces dernières années, le maire de Leyr vient d’être « informé » par la direction de La Poste que le guichetier actuel (intérimaire) et le facteur (intérimaire) allaient être remplacés par deux facteurs guichetiers (intérimaires ?). Comme il n’y aurait aucune modification d’horaires d’ouverture et de prestations, La Poste, selon sa direction départementale, n’a nul besoin de recueillir l’accord du maire et/ou celui de son conseil municipal, ni celui des autres communes concernées !

Si un jour l’agence régionale de santé décidait de remplacer l’actuel médecin et l’actuel pharmacien par deux médecins pharmaciens, ne trouverait-on pas cette situation ubuesque ? La mise en place de deux facteurs guichetiers l’est tout autant… à moins qu’il ne s’agisse que d’une énième stratégie pour parvenir à la fermeture de notre bureau de plein exercice… ?

Cette situation serait cependant bien anecdotique s’il ne s’agissait que de notre bureau de Leyr. Or les exemples sont nombreux dans notre département, mais aussi en région et dans toute la France, où des bureaux de poste subissent les mêmes restrictions ou disparaissent.

Parallèlement à notre situation locale, nous apprenons par la presse et par les syndicats CGT-FO-SUD, qui nous soutiennent, que le personnel vit un profond malaise (dépressions, suicides…), conséquence directe d’une politique interne de suppressions d’emploi et de réorganisations successives. Les remaniements de tournées des facteurs, le recours à des personnels intérimaires et tournants dans notre bureau de poste en sont l’illustration.

Par la présente motion, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, nous réaffirmons notre attachement viscéral à ce service public de proximité, comme à tous les services publics qui sont les garants, par leur accès, à plus de justice sociale, à l’égalité de traitement et à l’égalité des droits de tous les citoyens et citoyennes de notre pays.

Contrairement au discours dominant, nous estimons que les services publics sont, à ce titre, plus que jamais d’une grande modernité et d’une grande utilité sociale dans le contexte où nous vivons. Ce n’est pas parce qu’un principe est ancien (le principe d’égalité) qu’il est périmé : il est toujours inscrit, nous semble-t-il, dans notre devise républicaine.

Nous pensons qu’il est préférable de préserver plutôt que de casser.
Nous pensons aussi qu’une école, une poste, des transports, des commerces,
des services de santé, des entreprises… constituent un tout fragile et vital pour la ruralité et que toucher à l’un peut détruire l’ensemble !

Article paru dans RésisteR ! #45 le 29 octobre 2016



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