Quelques raisons de ne pas s’organiser sur Facebook



On a pu voir ces derniers temps proliférer les pages Facebook. Cet outil de propagande semble intrinsèque à l’époque. Cependant on peut se questionner sur la propension à en faire un outil d’organisation. Et même à le voir comme un outil de propagande pertinent.

Facebook est une passoire de sécurité :

On ne l’apprend à personne, Facebook est une passoire au niveau de la sécurité. C’est même l’objet de ce réseau social : récupérer des données, les revendre pour faire de la pub, faire payer des encarts publicitaires adaptés... Alors Facebook rechigne parfois à refiler des infos aux flics mais il semble très aisé de lier un compte Facebook à une identité. Poster sur facebook c’est donc prendre un risque certain. Voire de l’inconscience. On a pu observer durant le mouvement loi travail des personnes organisant des sondages sur le lieu de la prochaine manifestation sauvage. Ces informations contribuent à une seule chose : fournir les dossiers de la DGSI [1].

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Tout le monde n’est pas sur Facebook :

Avec 22 millions d’utilisateurs quotidien, Facebook est le premier réseau social en France et de loin. C’est une masse importante de la population. Mais si 84 % des moins de 40 ans utilisent Facebook quotidiennement, seuls 56 % de la population française est sur le réseau. Cela réduit drastiquement les volontés « d’ouverture » prônées par les partisans d’une utilisation intensive de Facebook à des fins militantes.

Facebook : garanti sans archivage

Autre problème de taille avec Facebook : votre info est périmée en 2 jours. Si les publications sont archivées pour les bénéfices publicitaires de Facebook (et pour les flics) il est quasi impossible de retrouver une publication, même importante politiquement au bout de 3 jours. Toute l’info est « écrasée » par le flux énorme d’information qui circule en temps réel. Et puisque, conformément à la politique médiatique à l’œuvre, une actu chasse l’autre, et bien l’information super importante concernant une violence policière ou la vidéo montrant des migrants maltraités sous le métro à la Chapelle sera vite invisibilisée par une énième saillie homophobe de Hanouna ou la mort d’un chanteur célèbre (suivez mon regard…).

Mark Zuckerberg peut supprimer votre page quand il le souhaite

Dernier événement en date, le sinistre Alain Soral, antisémite et anti-féministe notoire, s’est fait virer du célèbre réseau social. Rien de très grave, même plutôt réjouissant vu le flot de haine qui était diffusé aux 120 000 personnes abonnées à cette page. Néanmoins il s’agit d’un système bien plus pernicieux où Facebook vire les pages qui ne lui plaisent tout simplement pas. Qu’importe la puissance de celles-ci : Negronews, « liké » par 500 000 personnes, et au contenu relativement inoffensif a été viré pour une supposée « incitation à la haine ». Sans jamais expliquer pourquoi. De même la page « la République mais pas trop » (51 000 abonnés), une page satirique et critique, s’est vue supprimée définitivement par la « modération automatique » de Facebook et ce malgré une attention particulière à ne pas laisser les commentaires racistes/sexistes/homophobes sur leur page.

Il y a plusieurs possibilités pour faire fermer une page Facebook :

  • Tomber sur un modérateur qui ne vous aime pas et qui vous vire pour un motif futile ou complètement subjectif
  • Avoir trop de signalements sur cette page.
  • Ce dernier élément est important car il permet à des fafs de fermer des pages en menant des campagnes de harcèlement. Au bout d’un certain nombre de signalements, Facebook bloque automatiquement la page. C’est ce qui a sans doute eu lieu pour la page d’Urgence Notre police assassine (60 000 abonné.e.s) qui s’est vue attaquée par une horde de policiers pas contents et qui a disparu.

La fausse ouverture : tu payes ou tu cultives l’entre soi

Voilà le point le plus problèmatique de Facebook : les algorithmes sont fait pour créer des « bulles » de sociabilité. Concrètement et pour reprendre un article de métro :

Au fur et à mesure que nous « aimons », partageons et commentons des articles, les algorithmes de Facebook créent un modèle de nos préférences. Conséquemment, Facebook essaie de nous montrer du contenu que nous voulons voir.

Donc, si on aime le snowboard, on s’abonne à des pages de snowboard et on partage des articles de snowboard, on peut s’attendre à voir plus d’articles de snowboard sur notre fil d’actualités que quelqu’un qui déteste ce sport. Jusque là, rien de controversé.

Le hic, c’est que Facebook est devenu une source d’information prisée par les internautes. Et ce qui vaut pour le snowboard vaut aussi pour les opinions politiques.

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Et donc, les algorithmes de Facebook font qu’en publiant des textes subversifs, on va toucher d’abord les gens qui sont sensibles à ces discours subversifs. On ne touchera pas le prolétaire qui a avant tout une passion pour la pêche, on ne touchera pas le jeune de quartier passionné de coiffure, on restera entre nous. Comme des cons.
Alors il y a bien sûr un moyen de briser ces algorithmes : il faut payer. Bah ouais. Y a rien de gratuit, même la propagande.

Alors sauf si vous voulez vous ruiner (ça coûte très très cher) à essayer de lutter artificiellement contre les algos de Facebook, il va surtout falloir se poser les bonnes questions. Et à commencer par celle de notre autonomie. Pour cela il y a pas 36 moyens à l’heure actuelle : il faut mettre les mains dans le cambouis. Bosser sur des serveurs autonomes, monter ses propres sites, s’appuyer sur des projets existants. Il existe par exemple les sites MUTU dans de nombreuses villes. Alors créons nos lieux de sociabilité, nos espaces numériques sur lesquels on aura la main ! Allez, soyons exigeant avec nous-mêmes et sortons Facebook de nos luttes !

Publié initialement sur Paris-Luttes.Info



Notes

[1Direction Générale de la Sécurité Intérieure, service secret visant à traquer les ennemis au cœur de la nation