Pas de bleu marine sur mon gilet jaune !

Nancy |

Même si beaucoup d’analyses faisaient, au début du mouvement des Gilets Jaunes, passer celui-ci pour un renouveau du poujadisme, et s’il est vrai que l’on pouvait voir des groupes fascistes dans les première manifestations, ceux-ci ont fini par être écartés et les revendications sociales ont pris le pas sur simplement le baisse des taxes du carburant.

Le mouvement des Gilets Jaunes reste pourtant un mouvement composite. Beaucoup disent se mobiliser dans les rues pour la première fois de leur vie, une bonne partie disent être plutôt des abstentionnistes tant ils sont dégoûtés de la politique. Il y a aussi des personnes plus proches de divers partis comme de la France Insoumise, des Républicains ou encore du Rassemblement National.

Dans toute cette effervescence d’idées pour lutter contre la politique de Macron, une initiative est ressortie et semble faire écho au besoin de structuration sans passer par des porte-paroles ne représentant finalement qu’eux-mêmes comme Jacline Mouraud, Eric Drouet, Maxime Nicolle (Fly Rider) et autre Jérôme Rodrigues. Je parle bien sûr de l’Assemblé des Assemblées organisée par les GJ de Commercy suite à leur appel connu maintenant nationalement.

Ce rendez-vous réunissant 75 groupes de GJ venus des ronds-points de toute la France a permis de poser des bases saines de démocratie directe. Dans ce cadre on propose un échange entre les GJ permettant de donner une vision de ce que veulent les GJ et où les représentants font remonter les décisions du bas et redescendre afin de les valider les propositions de l’assemblée. En se passant de représentant et de tête pensante c’est l’ensemble du collectif qui parle.

Et le collectif a des revendications sociales et environnementales, et il est loin des sujets rabâchés par les grands médias comme l’immigration.

Suite à la première Assemblée de Commercy le groupe FB des GJ de Meurthe-et-Moselle a appelé à une Assemblée générale des GJ du département à l’espace Jean Jaurès de Tomblaine. Elle ne fut pas la seule et quatre autres ont suivi.

Alors on pouvait leur reprocher un certain amateurisme dans leur organisation, n’est pas Commercy qui veut, leur tribune trop peu tournante, des ateliers non reconduits d’une AG à l’autre et des votes compliqués à suivre (pas plus que dans une AG étudiante), mais elles ont eu l’avantage de se faire rencontrer des gens de différents ronds-points au moment où ces derniers étaient vidés par les forces de l’ordre. Et elle constitue pour beaucoup une première approche de ce que peut être une démocratie plus directe.

Il y avait dans ces AG des groupes identifiés comme les Amajaunes, regroupement de femmes GJ se revendiquant anticapitaliste, les street medics et Légion jaune, groupe de personnes là pour protéger la manif et les medics des attaques de la police et s’étant positionnées contre la venue de personnes fascistes dans leurs rangs.

On pouvait identifier des Gilets Jaunes avec des affinités de gauche, de droite, des syndicalistes, des partisans du Conseil National de Transition (qui nous ont fait rire avec leur proposition de prise de pouvoir par l’armée), mais personne se réclamant de l’extrême droite.

A quelques exceptions près tout le monde avait la parole et on s’écoutait.

A la troisième AG de GJ de Meurthe-et-Moselle on fait le point sur les revendications basées sur celles de l’Assemblée des Assemblées de Commercy. Dans les dix revendications on trouve des idées très intéressantes comme les améliorations des conditions de travail et de soin dans les hôpitaux (92% des votant-e-s d’accord) ou l’Egalité Homme/Femme (89.7%), le revenu décent pour tout-e-s (88.9%) ou encore l’arrêt des pesticides (86.1%). On est à ce moment loin des revendications portées plus à droite comme le pouvoir d’achat pour consommer plus ou le RIC pour pouvoir remettre en question le mariage pour tout-e-s.

C’est donc avec un certain étonnement que nous avons découvert à la quatrième assemblée que les résultats du sondage avaient évolué avec une remontée fulgurante du RIC ou de la lutte contre les taxes sur le carburant. Fallait-il y voir déjà là une manœuvre des personnes qui saboteront la 5ème AG en faisant voter tout leur réseau ?

Quoi qu’il en soit, on a choisi nos mandatés pour l’Assemblée des Assemblées de Saint-Nazaire qui devait se tenir du 05 au 07 avril 2019 et poursuivre le travail commencé par celle de Commercy. Mandat impératif bien sûr.

Cela nous emmène donc au jeudi 25 avril, jour de la 5ème AG des GJ de Meurthe-et-Moselle consacrée au retour des propositions de l’Assemblée des Assemblées de Saint-Nazaire. Malheureusement noyautée par des grandes gueules fachos RN avec la mise en œuvre en simultané d’une tentative de sabotage, en partie réussie, du processus d’émancipation en construction.

C’était le premier point à l’ordre du jour, les deux mandaté-e-s avaient préparé un vidéoprojecteur afin de passer les appels vidéo qui étaient ressortis de l’Assemblée des Assemblées et les GJ de Meurthe-et-Moselle présents devaient, après débat, se prononcer pour ou contre, aux mandaté-e-s de faire remonter les résultats pour pouvoir avancer dans les revendications. C’est avant même la première vidéo que quelques personnes, 4 ou 5 sur une soixantaine, se sont faites entendre, proclamant que « les assemblées ne sont que de la branlette intellectuelle ».

Puis, toujours de façon agressive, sans demander la parole et en coupant celui ou celle qui l’a, iels nous somment de ne pas continuer l’AG qui ne serait pas légitime à prendre des décisions pour tous les GJ du département car nous ne sommes que soixante. Iels demandent un vote sur les réseaux sociaux (là où il est facile d’avoir plusieurs comptes, donc plusieurs voix et où on ne peut vérifier qui a voté) puis une partie sortent de la salle pour revenir plus tard.

Les appels de l’Assemblée des Assemblées portent sur cinq thèmes différents : convergence écologique, l’annulation des peines et condamnations retenues contre les GJ, la création d’assemblées populaires, l’appel à l’action et aux mobilisations pour la période des élections européennes et enfin l’appel de l’AG des AG.

Le premier appel sur la convergence écologique ne plait pas à une certaine personne membre des perturbateurs, ça n’aurait rien à voir avec les GJ, on apprendra plus tard qu’il est membre de la famille des plus gros vendeurs de pneus du sud-ouest, on comprend donc sa réticence face aux enjeux écologiques.

Les autres propositions, produits du travail et de l’intelligence collective mis en action dans la dynamique de l’Assemblée des Assemblées, ne seraient en fait pour elleux que de la manipulation de "révolutionnaires" de gauche ou d’apparatchiks (iels qualifient leurs opposants ainsi lors des échanges vifs).

Plusieurs interventions agressives et provocatrices se sont enchaînées à propos du doute supposé sur le fait qu’en trois jours, des textes de telle qualité puissent être rédigés et publiés. Pour les mêmes "saboteurs", c’est un complot. Tout est pipé et les textes sont déjà prévus avant que ne se déroule l’Assemblée des Assemblées. Impossible pour qui que ce soit de prendre la parole pour expliquer qu’une assemblée comme celle de Saint-Nazaire est préparée avec un cadre et des outils permettant la rédaction de textes de façon efficace. Seule une personne se fera entendre en rappelant que Saint-Nazaire avait été un fief important de luttes ouvrières donc syndicales (ce qui est vrai) et que par conséquent étaient là des gens habitués à pondre rapidement des textes de qualité. Ce qui conforte bien alors les zozos néfastes dans leur fantasme complotiste.

Un énervé, le même que pour l’écologie, affirme qu’il faut se concentrer sur deux choses, le pouvoir d’achat et le RIC, il lui est répondu, sous les applaudissements, que ce que veulent les GJ c’est « tout », les retraites, l’écologie, le pouvoir d’achat, la destitution de Macron... Il parle aussi d’Eric Drouet, il lui est expliqué que celui-ci parle qu’en son nom ce qui n’est pas très intéressant alors qu’à Saint-Nazaire c’est 800 personnes qui sont mandatées par les GJ de toute la France.

Lors de l’appel concernant les élections, un perturbateur affirme que l’Assemblée des Assemblées appelle à ne pas aller voter, juste après la vidéo qui disait le contraire (les GJ rassemblés à Saint-Nazaire n’appellent pas au boycott et ne donnent pas non plus de consigne de vote).

On est dans la confusion entretenue la plus totale et l’AG peine à avancer mais les trois premiers appels sont ratifiés.

C’est à ce moment que l’on comprend qui sont les saboteurs d’AG, un autre saboteur, le plus hargneux perturbe une nouvelle fois l’assemblée : « C’est n’importe quoi, ce n’est plus les Gilets Jaunes, si c’est comme ça moi et tous mes amis d’extrême droite on va se barrer ».

Ce n’est donc pas forcement le contenu des appels qui les dérange, difficile d’être contre l’amnistie des GJ même quand on est d’extrême droite, mais bien la façon horizontale de prendre les décisions. Il faut également noter que ce ne sont pas de simples électeurs du Rassemblement Nationnal mais des militants convaincus qui sont là pour imposer une vision "Tout sauf Macron" : destituer, faire tomber Macron mais conserver le système avec son "trône" sur lequel puisse s’établir non pas "Tout" mais bien la fasciste Le Pen et son Nationalisme Capitaliste Libéral. Tel est l’objectif avoué, par les gueulards saboteurs de cette assemblée de Tomblaine.

Les vœux pieux de "démocratie directe" très bien et justement exprimés lors des 1ère et 2ème Assemblée des Assemblées, qui de fait sont une juste négation de la représentativité, une remise en cause du système d’exploitation et de l’autorité que représente l’État, sont encore balbutiants et fragilisés par ce genre d’intrus. Il n’empêche qu’à la fin de l’AG les appels sont tous passés et ont tous été adoptés.

À noter également que le groupe Facebook des Gilets Jaunes de Meurthe-et-Moselle a posté le lendemain de l’AG une lettre anonyme intitulée "Lettre à Saint-Nazaire" et dont le résumé est dans cette phrase : "Je suis Gilet Jaune inconnu, Saint-Nazaire m’a tué" et des paroles rapportées d’Eric Drouet sur l’Assemblée des Assemblées ainsi qu’une vidéo de la "cheffe" du groupe de très mauvaise foi. Les modérateurs de ce groupe qui appelaient eux-mêmes aux assemblées crachent maintenant dessus car ils n’ont pas réussi à en prendre totalement le contrôle.

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La confrontation entre "dégagisme" fascisant et la pensée active libertaire était inévitable.

Il faut contribuer à alimenter ce mouvement social et politique unique, donc s’y impliquer en nombre est un impératif. Ce mouvement est assurément un pied de nez à l’ensemble du mouvement social qui ferait bien de rentrer dans son sillage rapidement et non d’attendre l’inverse.

Ce sont de ces moments où nous nous sentons quelque peu seul-e-s. Nous ne le sommes pourtant pas à lire cet extrait d’un communiqué des GJ d’Alès en date de ce lundi, 22 avril : "Depuis plusieurs semaines, nous voyons apparaître de la part de quelques personnes, au sein du mouvement des Gilets jaunes alésiens, des positions racistes voire fascistes". Et encore : "Ce lundi 22 avril ils sont revenus à une grosse dizaine de personnes. Ils se dirigeaient menaçants vers le lieu de notre réunion. Nous avons préféré en partir plutôt que de rentrer dans un cycle de violence".

Aux bien-pensant-e-s puristes, corseté-e-s d’entre-soi, tenté-e-s de se répandre en "on l’avait bien dit..." et patati, patata, y’a qu’à, faut qu’on... la réponse est dans cet appel des GJ d’Alès : "Nous appelons tous ceux qui se sentent concernés par les combats pour l’égalité sociale à rejoindre nos assemblées et nos actions pour faire barrage à l’extrême-droite et pour amplifier la lutte pour l’amélioration de nos conditions de vie."

Il est très peu probable qu’une nouvelle AG des GJ de Meurthe-et-Moselle voie le jour avec ce groupe FB, d’autres existent, il faut s’en rapprocher.



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