« On va continuer le travail »



Voilà ce qu’a répondu Macron, au cours de ses pérégrinations mémorielles de 14-18, à un « vétéran »… des guerres coloniales, qui l’interpellait au sujet des expulsions de sans-papiers. Ce sont les propos dignes de la dernière des crevures.

Ils font écho au successeur de Collomb, à l’Intérieur, Castaner, qui se réjouit de la hausse de 20 % des expulsions d’étranger∙es en situation irrégulière. Voilà au moins des gens qui ne font pas semblant. Des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants traversent des continents et parfois la Méditerranée au péril de leur vie, pour fuir la guerre, l’oppression ou la misère – pour fuir des situations dans lesquelles les pays occidentaux ont une lourde responsabilité par le soutien aux dictatures, les ventes d’armes ou l’endettement auxquels sont soumis les États. Mais Macron, Castaner et leur clique de LREM n’en ont rien à faire. Et au plan plus local, le Conseil départemental, ici, les municipalités, ailleurs, à majorités PS ou LR, ne sont pas en reste : les migrant∙es sont mis à la rue des foyers qui devraient les accueillir et jamais la loi de réquisition n’est mise en œuvre pour héberger en urgence des mineur∙es isolé∙es, des jeunes majeur∙es ou des familles de sans-papiers.

« On va continuer le travail » : Macron aurait pu sortir la même phrase en matière de politique économique et sociale. Car les marcheurs, ces « nouveaux » en politique, ne s’en prennent pas qu’aux étranger∙es, ils s’en prennent aux salarié∙es, aux chômeur∙ses, aux retraité∙es. Ils continuent sereinement le travail engagé par les gouvernements précédents : cadeaux aux riches et aux grandes entreprises (crédits d’impôts ou baisses directes, subventions à gogo, etc.), démantèlement continu des services publics (assèchement des budgets, suppressions de postes, précarisation renforcée, management modelé sur le privé, etc.), démantèlement du droit du travail, destruction des statuts et protections sociales, réforme des retraites, etc. La start-up nation, c’est une minorité bourgeoise et élitiste toujours plus arrogante et outrancière qui montre sur tous les terrains qu’elle veut un règne sans limite : le libéralisme échevelé, que les bien-nés gagnent et que les autres crèvent. Et s’il y a des récalcitrant∙es, les juges et les flics disposent de moyens de plus en plus importants pour les réduire au silence.

Ces gens sont en train de détruire ce qu’il reste des conditions qui rendent possible la vie en société : salaire, stabilité de l’emploi, santé publique, éducation, logement social, accès à la culture. Toute leur action politique pousse au désespoir de la vie en commun et à la guerre de tou∙tes contre tou∙tes. En s’en prenant aux migrant∙es et réfugié∙es, les gouvernements indiquent une cible commode aux premières victimes de leur politique antisociale. Les grands gagnants, ce sont, comme toujours, les courants identitaires qui proposent comme stratégie le refuge dans la nation ou la religion, et comme moteur immédiat la haine des autres. On a vu Le Pen au second tour des présidentielles de 2017, on n’a pas fini de voir l’extrême droite à l’œuvre, avec ses relais médiatiques comme Zemmour et ses fêlés prêts à passer à l’acte.

Alors, quand Macron et compagnie prennent la pose contre le repli nationaliste au nom de l’ouverture à l’Europe et au monde, on a juste envie de leur dire : fermez vos gueules ! Le repli nationaliste, ce sont eux qui l’encouragent par leur action politique quotidienne et continue. Ne leur en déplaise, n’en déplaise aux nationalistes d’extrême droite ou de gauche, le choix n’est pas forcément binaire entre mondialisation libérale et nationalisme. Il reste la voie de l’internationalisme. C’est la voie de la solidarité internationale avec les peuples en lutte, de la solidarité de classe contre les racismes et les oppressions, du combat pour une autre Europe et un autre monde, débarrassés du capitalisme, sans patrie ni frontières !

Léo P.

Article paru dans RésisteR ! #58, le 17 novembre 2018.



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