Les deshérités de la mémoire



Un jeune Malien, sans papier , risquant une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), hébergé par des militants à Leyr a découvert qu’une personne portant son nom est enterrée, à la nécropole nationale de Champenoux (54). Il est fort possible que cette tombe soit celle de son arrière grand-père.
Je vous livre ses mots qui se passe de commentaires.

« Bonjour,

Je m’appelle Brehima DIARRA.
Je vous remercie d’être venu vous recueillir à mon côté sur la tombe de Tiemtore DIARRA, qui est peut-être mon arrière grand-père. S’il ne l’est pas, il est de ma famille puisqu’il est originaire de ma région au Mali.
Comme 200 000 de nos compatriotes, il est venu en France en 1915, pour défendre le sol français. Il avait 24 ans. Je ne sais pas s’il était volontaire, s’il a été enrôlé de force ou s’il a été attiré par ces promesses :
La France lui assurait le versement d’une somme de 160 francs, soit environ l’équivalent de 500 euros, des médailles militaires, un certificat de bien manger, un habillement neuf et surtout la citoyenneté française une fois la guerre finie.
Tiemtoré n’aura jamais la nationalité française. Il décède sept jours après la fin de la guerre dans un hôpital de Jarville (54) des suites de ses blessures. Il est inhumé, ici, avec les honneurs militaires et la mention "mort pour la France".
En sa mémoire et celle de ses 30 000 frères d’Afrique centrale et occidentale, morts aux combats en France, je vous propose de respecter une minute de silence.


Un siècle plus tard, comme quelques centaines de compatriotes, j’ai quitté le Mali à 17 ans pour venir en France. Je voudrais ou faire des études ou suivre une formation ou encore travailler pour gagner de l’argent et vivre normalement.
Je suis monté dans un zodiac en Lybie en direction de l’Italie. J’ai cru mourir en mer quand un bateau nous a secouru et débarqué dans un port italien. J’ai pris le train sans billet, en jouant à cache-cache avec les contrôleurs. Arrivé à Paris, des amis de la rue m’ont conseillé de me diriger sur Nancy. Là, des structures d’accueil sont prévus pour les jeunes mineurs. J’ai eu 18 ans le 25 mars 2018. J’ai dû quitter le centre de Pixerècourt !
A ma sortie, j’ai été pris en charge par Joël de RESF (Réseau Ecole Sans Frontière). Aujourd’hui, j’habite à Leyr (54), chez Sylvie, Noël et Victor. Depuis plusieurs mois, j’attends une réponse de la préfecture sur ma demande d’autorisation de séjour, qui me permettrait dans l’immédiat de trouver un emploi ou une formation.
Quand la France a eu besoin de Tiemtore, il est venu.
Aujourd’hui j’ai besoin de la France, l’Etat m’acceptera-il ?
30 000 de nos aînés reposent en terre de France. Nous revendiquons leur héritage. Ne serait-il pas juste que l’Etat propose à minima à 30 000 réfugiés la nationalité française qu’elle nous doit depuis un siècle ? Pour les réfugiés de tous pays, nous demandons à l’Etat français de respecter l’article 13 de la déclaration universelle des droits de l’homme :

1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la
famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la
liberté, de la justice et de la paix dans le monde ! »