La répression globale : unique valeur de la République ?



Ces deux dernières années, nos dirigeant·e·s ont montré à de nombreuses reprises qu’iels n’avaient qu’une réponse pour celles et ceux qui osent les défier et réclamer plus d’égalité : l’arsenal répressif.

Qu’il soit législatif ou policier, il n’a pour but que de faire rentrer dans le rang les indiscipliné·e·s qui oseraient contester l’ordre capitaliste établi. Et tant pis si certain·e·s y perdent leurs droits, leurs libertés, une main, un œil ou la vie...

Depuis la rentrée de septembre, les exemples de répression et de violences policières dans l’Éducation nationale et ailleurs ne manquent pas.

  • Du 12 au 16 octobre, quatre camarades militant·e·s du lycée de Melle (79) comparaissent devant un conseil de discipline en raison de leur participation à la grève contre les épreuves du bac en février et mars 2020. Les sanctions reçues (un déplacement d’office suspendu ensuite par le TA, une exclusion temporaire, une rétrogradation et un blâme) sont inacceptables et constituent une attaque au droit de grève. Depuis l’hiver dernier, ces cas de répression syndicales se multiplient.
  • Début novembre, plusieurs dizaines d’élèves (mineur·e·s) ne respectent pas la minute de silence en mémoire de Samuel Paty et/ou tiennent des propos inadmissibles, stigmatisants ou haineux. Plutôt que de donner des moyens aux équipes pour gérer pédagogiquement ces incidents (en temps de formation, en personnels médico-sociaux…) le gouvernement préfère livrer ces élèves à la vindicte islamophobe et alimenter les JT d’images d’enfants d’à peine plus de 10 ans interpellé·e·s à leur domicile et convoqué·e·s devant un·e procureur·e, des policier·e·s ou des gendarmes.
  • Début novembre toujours, face à des mesures sanitaires impossibles à mettre en place dans des classes et des établissements surchargés, les lycéennes et les lycéens se mobilisent par des blocages, des occupations et des manifestations. Face à des jeunes de 15 à 18 ans ne faisant qu’exercer leur liberté d’expression et leur droit à manifester, le gouvernement répond par les gaz lacrymogènes, le matraquage et le placement en garde à vue.
  • Fin novembre, l’évacuation des 3 500 personnes installées place de la République à Paris a été fortement médiatisée : des policier·e·s qui secouent des tentes à la verticale pour en expulser les occupant·e·s, des migrant·e·s, des demandeurs/euses d’asile et des réfugié·e·s pourchassé·e·s sans relâche dans les rues de Paris… Ces images ont mis en lumière les violences physiques et psychologiques subies par les exilé·e·s au quotidien.
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Image : Lucile Nabonnand

En parallèle, l’arsenal répressif continue de se renforcer.

  • Fin octobre, un amendement visant à criminaliser encore davantage les mobilisations étudiantes est ajouté à la loi de programmation de la recherche (LPPR). Il menace de lourdes peines de prison toute occupation dont le but serait de « troubler la tranquillité ou le bon ordre d’un établissement d’enseignement supérieur » [amendement abandonné depuis, NDLR].
  • Fin novembre, l’Assemblée nationale vote la proposition de loi dite de « sécurité globale ». Les objectifs y sont clairement énoncés : donner plus de pouvoir à la police municipale (articles 1 à 6), augmenter la surveillance de masse par l’utilisation de drones, de caméras-piéton et la vidéo-surveillance (articles 20 à 22), condamner plus lourdement les auteurs/trices de violences contre la police, les militaires, les pompier·e·s ou les élu·e·s (article 23), empêcher la diffusion des vidéos de la police et donc de ses violences (article 24), autoriser les agent·e·s de police à se rendre armé·e·s dans des établissements recevant du public (article 25). Il s’agit d’un danger pour la liberté d’informer, le droit à la vie privée et le droit de manifester.
  • Début décembre, le ministère de l’intérieur a étendu par décret les possibilités de fichage des personnes selon leur santé, opinions politiques supposées, convictions philosophiques ou religieuses et appartenance syndicale.
  • Pendant ce temps, Blanquer incite les personnels de l’Éducation nationale à la délation auprès des cellules « Valeurs de la République » des rectorats. Une bonne façon de développer un climat anxiogène et méfiant plutôt que de favoriser la solidarité…

Cette répression globale est l’arme d’un système ébranlé, qui se sent contesté et veut étouffer dans le sang et dans la haine toute velléité de contestation.

Nous continuerons à dénoncer la violence substantielle du capitalisme, qui s’appuie sur la domination et l’exploitation des peuples pour construire et asseoir la puissance de ses dirigeant·e·s. Nous continuerons de lutter pour une transformation sociale et écologique radicale, pour un monde meilleur, juste et apaisé.

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Article paru dans SUD éducation Lorraine Info n°42, janvier 2021