Grève du bac



Un article rédigé quelques jours avant la grève du baccalauréat, qui revient sur les raisons de la mobilisation des profs de lycées.

Nous ne reviendrons pas ici sur les « réformes » Blanquer, qui détruisent pierre par pierre l’Éducation nationale (cf. RésisteR ! n° 60). Nous ne développerons pas non plus la « réforme » de la Fonction publique qui, entre recours accru aux vacataires, annualisation du temps de travail et rôle prépondérant des chefs d’établissement, va rendre le statut de fonctionnaire quasiment obsolète, puisque les rares qui le garderont seront « managés » comme les ex-fonctionnaires des PTT, devenus France Telecom / Orange. Nous nous contenterons de rappeler les derniers épisodes de la lutte contre l’ensemble de ces soi-disant « réformes » au sein de l’Éducation nationale.

Le 17 juin, premier jour des épreuves écrites du baccalauréat, une intersyndicale avait appelé à une grève des surveillances, mode d’action assez inédit. On notera que certaines centrales syndicales ont quelque peu traîné les pieds avant de se résoudre à suivre le mouvement initié par des collectifs inter-établissements ou par les « stylos rouges »… Blanquer donna ordre aux rectrice.eurs, qui transmirent aux chef.fes d’établissement de faire en sorte que cette grève n’ait aucune incidence sur le déroulé des épreuves, ce qui fut fait. Il put même annoncer, dès le 17 juin au matin, que seuls 2,5 % des enseignant.es étaient en grève, au prix d’une manipulation grossière des chiffres, puisque la totalité du personnel de l’Éducation nationale, de la maternelle au secondaire, en service ou non, servait de base au calcul du pourcentage de grévistes [1]. Blanquer, fier comme Artaban, pouvait donc faire le singe à France Inter, le 17 au matin. Les enseignant.es mobilisé.es ont, donc, dès le lendemain et les jours suivants, lors des réunions d’entente des correctrice.teurs de philosophie, puis des autres disciplines, transformé lesdites réunions en assemblées générales, avec plus ou moins de bonheur, selon les endroits. Une mention spéciale doit être adressée, à ce sujet, aux Versaillais, dont nous avons pourtant de quoi nous méfier au vu de leur histoire, les Versaillais, plus exactement aux correctrice.teurs de philosophie de l’académie de Versailles, qui ont refusé de récupérer leurs copies lors de la réunion d’entente, entamant une grève de la correction. Malheureusement, cet exemple ayant été utilisé, le lendemain, ils vinrent rechercher leurs copies. En revanche, dans de nombreuses académies, le principe d’une rétention des notes fut assez largement accepté. À l’heure où nous écrivons ces lignes, le lundi 1er juillet à 14 heures, sur le compteur « Notre fête à Blanquer », qui recense les promesses de rétention de notes, c’est près de 110 000 copies qui seraient retenues ; c’est donc potentiellement près de 100 000 possibles bacheliers qui, sans réponse du ministère aux revendications grévistes, n’auront pas leurs résultats le 5 juillet (sans doute un peu moins puisqu’il peut arriver que plusieurs notes soient retenues pas un même jury).

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Nous nous attendons bien entendu à ce que les chiens de garde de la presse aux ordres nous accusent, nous, professeurs rétentionnaires, de prendre « en otage le système » [2], à moins que ce ne soit les élèves. Blanquer ira sans doute plus loin que ses propos du 17 juin, lorsqu’il qualifiait la grève des surveillances de « pas très acceptable » et qu’il la considérait comme « doublement incompréhensible ». Cette incompréhension redoublée, c’est en fait la nôtre, nous qui, depuis bientôt deux ans, sommes traités comme des triples buses par un ministre qui n’entend pas nous entendre. Quant à la « prise d’otages », n’est-ce pas celle de ce ministre qui décide tout, tout seul, qui méprise toutes les instances de dialogue et de négociation, pour imposer sa « réforme » ?

Nous ne pouvons pas accepter que l’on fasse de l’Éducation nationale un système à deux vitesses, où les petits lycées publics de campagne ou de banlieue n’offriront pas les mêmes formations que les lycées de centre-ville, et plus encore s’ils sont privés.

Nous ne pouvons pas accepter ce qui accroîtra la reproduction sociale et offrira les meilleures perspectives à ceux qui sont déjà les mieux dotés.

Nous ne pouvons pas accepter le recours généralisé aux contractuels, le pouvoir accru des chef.fes d’établissement et la caporalisation de l’enseignement.

Depuis des mois, la colère enfle et Blanquer s’en contrefout. Nous n’avons plus le choix, nous bloquerons le bac.

Bakou

Article paru dans RésisteR ! #63 le 5 juillet 2019.



Notes

[1Cf. Libération : lien.

[2Cette citation, comme les suivantes, sont les propos de Blanquer, le 17 juin, sur France Inter : cf. lien.