Expulsion du "Peuple y est"

Nancy |

Le "Peuple y est", centre social autogéré basé dans le quartier de Saurupt à Nancy, s’est fait expulser lundi 3 février, après un peu moins d’un mois d’existence.

La nouvelle vie de cet immense bâtiment inoccupé n’aura finalement duré que quelques semaines. Une expérience courte mais d’une intensité remarquable, faite de nombreuses rencontres, d’élaboration de nouvelles manières de vivre ensemble, de soutien affiché au mouvement social, d’activités diverses et variées.

C’est peut-être ça, le fait que ce lieu fasse se rencontrer et s’organiser autant de mondes différents, qui a poussé les autorités publiques à précipiter son expulsion.Toujours est-il que lundi matin à l’aube, ce sont une cinquantaine de forces de l’ordre qui viennent déloger les quelques personnes présentes sur place. Tous le monde est là : CRS et policiers nationaux cagoulés, maîtres-chiens, policier.es en civil, bac, renseignements territoriaux, commissaire... Il faut dire que ça n’est pas tous les jours qu’on expulse un si grand squat à Nancy. Personne ne veut rater le spectacle. L’expulsion dure moins d’une heure. Les personnes présentes, après avoir décliné leurs identités et s’être faites filmer, peuvent quitter les lieux avec leurs affaires personnelles. Pas d’arrestations, ni de blessé.es à déplorer.

L’huissière accompagnant les forces de l’ordre a remis aux personnes présentes le rendu du procès qui motive l’expulsion du bâtiment. On y apprend que ce procès a eu lieu le lundi 27 janvier au Tribunal judiciaire de Nancy. C’est le préfet de Meurthe-et-Moselle en personne qui a porté plainte pour occupation illégale d’un bâtiment appartenant à l’Etat. La procédure n’a pas été menée contre des personnes en particulier mais pour une occupation illégale. Ce qui n’a pas permis au collectif du Peuple y est de se défendre puisque personne n’a été informé de l’existence de cette procédure. En somme, ce fut un procès organisé et tenu sans les principaux intéressés : les occupant.es du Peuple y est.

Finalement, le juge a justifié l’expulsion immédiate du lieu par le risque « d’une installation en masse d’occupants refusant de libérer les lieux au titre d’une Zone à défendre » et par le caractère insalubre du bâtiment occupé.

Ce que tous ces représentants de l’ordre se gardent bien de mentionner en revanche, c’est que cet immense bâtiment vide avait été réquistionné par le Conseil Départemental 54 pour accueillir des mineur.es non accompagné.es (MNA) jusqu’en 2021 mais que cette réquisition avait été suspendue sans aucun motif par ce même Conseil Départemental le 31 décembre 2019, renvoyant ainsi des dizaines de jeunes vers des dispositifs déjà saturés.

Ce qu’ils se gardent bien de mentionner, c’est qu’ils préfèrent laisser vide un bâtiment public de 3 000 mètres carrés pour les besoins de la spéculation immobilière et pour finalement le revendre à une académie de musique privée.

Mais les squats c’est comme la mauvaise herbe, on s’en débarrasse jamais complétement.

Longue vie au Peuple y est !



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