Le Conseil Départemental emmerde la jeunesse ! Et inversement



Commençons par les faits :
Entre les 20 mineur.e.s migrant.e.s non accompagné.e.s (MMNA) accueillis en 2012 et le passage en 5 ans (entre 2014 et 2019) de la part de ce public dans la masse à gérer par la collectivité de 3 à 16%, vous imaginerez facilement le nouvel enjeu et désormais central, que représente la question migratoire dans cette misère des moins de 18 ans toute origine confondue.

Il allait donc falloir trouver au moins un responsable. Dans ce petit jeu qui nous a trop longtemps échappé, c’est ce brave Conseil départemental qui récupère l’affaire. Rien de joyeux pourtant puisque paradoxalement à son pouvoir c’est sur lui que repose la vie et les galères de pas mal de monde. Il gère les EHPAD, retape les collèges, embauche du personnel, envoie du transport et distribue le RSA. En 2020 sous l’intitulé « solidarité » c’est la vieillesse qui pèse sur le budget pour un 1/4. Pourvu qu’il le reste solidaire, la vieillesse tremble. Bref, gros tirage vous me direz, les MMNA, les EHPAD, le RSA, les vieux.

Revenons aux faits

En 2016, Calais Is On Fire ! Tout doit disparaître quitte à entreposer tout ça quelques jours dans des garde meubles régionaux : faut que les promoteurs du pouvoir puissent faire leur photo. La collectivité assume sa responsabilité et réquisiti... loue des locaux pour accueillir une population migratoire particulière : les MMNA.

Le mercredi 26 octobre 2016 suite à on ne sait quel protocole et mode de répartition, 40 MMNA brisent le calme religieux de Sion et annihilent toute ambition touristique de la colline.

Cri de soulagement

Le samedi 29 octobre, plus de la moitié (21) quitte la butte. Le président du brave CD54 de l’époque avouait à demi mots comprendre la décision de 14 d’entre eux anglophones et les encourageait à se bercer de doux rêve quant à une autre réalité envisageable outre Manche. France 3 région régale et rassure « partis très rapidement, en réglant eux-mêmes leurs tickets de bus et billets de train selon nos informations » 3 souhaitaient quand même rester. Et nous n’avons jamais entendu parler des 19 autres, car même si ICI-C-NANCY en 2016 dépêchait un envoyé spécial dans la campagne meurthe-et-mosellane s’inquiéter de ces nouveaux arrivants perturbant 1500 ans de culte religieux, cela ne s’est jamais reproduit. Aujourd’hui encore, le seul résultat à la recherche MINEUR – MIGRANT – SION – 54 sont les vœux du cardinal Barbarin en 2018.

Coincidence ?

Retour aux faits

2018 est une grande année pour l’accueil. Comme la météo d’ailleurs, heureusement plutôt clémente. Le 9 juillet 2018, le président du CD de l’époque accroche sa plus belle paire et monte annoncer aux sans dents réfractaires de la forêt de Haye à Velaine que le futur-ex site saboté de l’ONF verra accueillir des MMNA…

De 40 à Sion en 2016, on passe de 70 à Velaine en 2018. L’enjeu a pris du volume puisqu’en 2018, au total 600 MMNA traîneraient sur le département selon l’Armée du Salut. Ça rue dans les brancards à moins de 10 bornes du fief de Nadine. La criminalité aurait baissé concède la 1ère adjointe du bled de l’époque Christelle Ammari, mais ils ont quand même préféré augmenter les patrouilles de police...

Le 20 novembre 2018 voit également la première année d’éxistence et la consolidation de « la structure Saurupt ». Fleuron de l’intégration – 50 places – Priscilla Toussaint, chef de service de l’époque, secondée de ces 13 salariés et armée d’une équipe bénévole, vantait les réussites de cette structure au départ prévue pour répondre à un besoin urgent, finalement pérennisée. « Du sport, des visites culturelles, des cours de français », une tombola et un concours de cuisine du monde étaient prévus aux animations de la petite sauterie d’anniversaire. Un article sur le site de l’Armée du Salut venait partager au net entier l’enracinement de la structure dans la durée avec un renouvellement de 3 ans permis et financé par le conseil départemental 54, qui soulignait d’ailleurs le savoir faire et les compétences de l’association dans ce domaine sensible.

En mars 2019, les premières remontées puantes refluent. L’Est Répu envoie ses pertinentes questions de fond « Lorraine : Ces Mineurs Isolés Qui Ne Le Sont Pas Toujours ». On a l’impression de s’être fait arnaquer. Ils débarqueraient d’Albanie avec une carte de France où Metz serait entouré au feutre rouge ! Ils seraient à 95% des hommes ! 60 de plus chaque mois à Metz ! L’Est annonce quand même que le CD57 en accueille 376 et dépense 12 M pour eux, soit 31 000 euros par personne par an. La Meurthe-et-Moselle 9,3 M pour 443, soit 21 000 par personne.

4 sites sont précisés également : Velaine, Nancy (Structure Saurupt), Jarville, Malzéville. Le lien de l’article vous permettra de vous délecter un peu plus pour les gourmands de travail journalistique savoureux.

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2018 + 3 = 1er Janvier 2020

2020 ne sera pas tout de suite l’année de la détente puisque le mercredi 8 janvier, un type se fait démonter Place Stanislas. Une anecdote ou autre paradoxe quand tu sais qu’à cette adresse tu peux la regarder H24. Des gros bobos et 3 types au moins sont interpellés dans la foulée. Les tuyaux bien vissés des journalistes d’investigation d’ER nous lâchent qu’il s’agit de MMNA hébergé.e.s en foyer par le CD54 pour au moins deux d’entre eux, et en situation de demande d’asile en plus. Ça compare direct avec la série d’agressions de 2009/2010 ayant abouti quand même à un meurtre – on a vu plus apaisé comme ambiance.

Le 13 janvier, Actu.fr fait l’excellent lien avec une autre affaire de vol de portefeuille sans violence commise la veille par cette même équipe – On frôle le Pullitzer et on a maintenant affaire à « une bande ».

Le 27 janvier, nos castors juniors de l’info régionale GirouESTREPUBLICAIN récidivent en nous révélant une dernière fois qu’une partie d’un hôpital public situé sur le plateau de Brabois au départ destiné à l’accueil de familles était loué au département « au titre de sa mission de protection pour l’enfance ». 46 places. Depuis 6 mois sur 2 étages, ça attend le grand soir de la régularisation avec la télé et des clopes quand même. On est surpris d’apprendre qu’il aient aussi vite appris à ne plus jeter leur mégots par les fenêtres quand on nous annonce les ratios d’encadrement : 3 encadrants par jour par étage / 1 encadrant par nuit par étage …

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L’info que vous ne lirez nulle part ailleurs prend place le 1er Janvier 2020. Loin du feu des projecteurs moisis d’un journal local animé par la seule foi d’une information aseptisée, payante et de complaisance, s’est joué une balayette sociale et individuelle un peu plus frontale. Au 32 rue de Saurupt. la belle équipe et les beaux moments décrits plein d’espoir et de projet par Priscillia Toussaint en 2018 ont pris un stop sans équivoque puisque le lieu est tout simplement fermé. Les négociations ont l’air d’avoir été dans une unilatéralité propre à l’institution puisque les murs ont servi de derniers exutoires au public comme aux salariés. Terminé ? je ne crois pas.

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Conclusion

Sion n’avait pas vocation à durer. Le diosèce de Nancy-Toul le confirme. D’autres lieux de ce type auraient existé très ponctuellement en 2016/2017, Tantonville par exemple. Ce n’étaient que des lieux de transit. Dans un autre style, à la caserne Faron à Vandoeuvre par exemple, s’est ouvert en 2013 un centre d’hébergement temporaire (existant encore aujourd’hui) pour demandeurs d’asile accueillant jusqu’à 350 personnes au grand dam des institutions locales, et notamment de l’humaniste édile municipale de l’époque qui rappelle la main sur le cœur « Ce n’est pas à nous de supporter ce que les autres ne veulent pas supporter, on a déjà donné ». La pression immobilière d’un écoquartier en construction (Biancamaria) ajoute également à l’énervement. Il saura trouvé les mots pour rappeler son mécontentement en refusant par exemple de scolariser les enfants de la caserne dans les écoles de la ville. En effet, un enseignant détaché en vacation va quotidiennement à la caserne instruire nos jolies petites têtes brunes. Le préfet parle de « happening » face aux gesticulations du maire mais y va aussi de ses solutions qui font de la France une terre d’asile : 25 places d’urgence à Faron pour les hommes adultes seuls pendant la trêve hivernale 2019/2020 selon l’ARS et le 115.

La structure Saurupt a été brutalement fermée le 1 janvier 2020 alors qu’elle aurait dû exister jusqu’en 2021 au moins. Le CD en charge de ce public n’a pas respecté son engagement, n’a pas pris la mesure de l’enjeu et se contente aujourd’hui d’un cautère sur une jambe de bois. Les structures évoquées (Jarville, Malzéville et Laxou) plus haut n’ont qu’une capacité d’une 100aine de places entre enfants en bas âge, ado, grands ados et jeunes majeurs toutes origines confondues. Le site du département annonce s’occuper d’une 100aine de MMNA… Les pouvoirs publics sont débordés par l’arrivée et la gestion de ce public. C’est une catastrophe humaine et sociale abandonnée aux associations et autres initiatives isolées et individuelles sans encadrement professionnel.

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Le 14 janvier, un groupe de citoyen.ne.s (re)prend en main le site Saurupt. Des initiatives sont déjà organisées et attendent le soutien de n’importe quelles personnes concernées car après cette démonstration les collectivités ne feront rien. Même les expulser, car police, RG et huissiers étant passés, le lieu est officiellement squatté. L’accueil et l’hébergement sont dans les projets mais nécessitent des compétences. En attendant, toutes autres idées pour faire vivre le lieu de 3000 m carré sont les bienvenues.



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