Carnet de notes #2



Alliance Vita fait appel à une mobilisation dans plusieurs villes en France, le 15 novembre. Connus pour des actions contre l’IVG et le mariage pour tous, les sympathisant.e.s de ce réseau vont se rassembler demain place Stanislas contre la reconnaissance de filiation des personnes de même sexe, le remboursement de la PMA et l’insémination artificielle.

Vous vous souvenez de la campagne #WomenAgainstFeminism, quand des milliers de femmes postaient leur portrait accompagnées d’un message qui commençait par "I don’t need feminism because" [1] ? Ces messages affirmaient avec assurance l’égalité, que les femmes n’étaient pas des victimes, qu’elle avaient les mêmes droits et opportunités que les hommes. Comme si le féminisme était un vieux levier démodé et qu’il fallait passer à autre chose.

Nos droits acquis peuvent se perdre un jour ou l’autre. Le droit à l’avortement, par exemple, est souvent remis en question ou se complexifie pour culpabiliser les femmes. En 2012, les féministes américaines nous ont laissé quelques souvenirs de la campagne Snatchell project avec des utérus tricotés pour protester contre l’obligation de l’échographie des femmes souhaitant avorter. Cette loi a finalement été abrogée trois ans plus tard. Les victoires nous réjouissent, les rassemblements des anti-IVG pas trop.

Le tiers monde, les femmes sont stérilisées de force, dans les métropoles on leur promet de les aider matériellement pour les inciter à faire des enfants et on qualifie l’avortement de meurtre de masse.
— Extrait du tract Chaque coeur, une bombe à retardement, Rote Zora, 1981.

Au Brésil, comme dans les années 80, les femmes vont traverser la "banalisation des stérilisations", qui vise en premier lieu les femmes précaires. Ça ne veut pas dire que les questions de droit à l’avortement ne les touchent pas. Le programme du nouveau président ne prévoit aucun "assouplissement" à ce sujet et est très hostile aux droits LGBT. Les "valeurs" des extrémistes catholiques défendant la dignité de la vie humaine et les directives désirées par les mouvements pro-life, qu’ils soient de France ou du Brésil, cachent des rapports de domination qui oppressent et impactent nos vies.

Il y a 40 ans, le groupe guérilla féministe Rote Zora a commis des attentats en Europe contre les laboratoires de contraceptifs destinés à des femmes dans les pays extra-occidentaux. Leurs actions et communiqués reflètent la lutte contre le patriarcat et le capitalisme. Certaines de leurs positions sont très discutables, néanmoins elles ont réussi à trouver leurs outils. C’est maintenant à nous d’élaborer les nôtres.

Le mouvement féministe a déjà depuis trop longtemps écrit des analyses sur le fait que les femmes ont été éduquées pour supporter la violence et à ne pas se défendre en s’y opposant. On dresse les femmes à s’installer dans leur impuissance et à réparer par leur émotivité les destructions psychiques causées par ce système.
— Extrait du tract Chaque coeur, une bombe à retardement, Rote Zora, 1981.



Notes

[1Je n’ai pas besoin de féminisme parce que