"CIGEO est un vieux projet qui ne verra probablement jamais le jour"

Nancy |

Le samedi 9 février la salle de la MJC des 3 Maisons était pleine pour accueillir Bernard Laponche, physicien nucléaire et Bertrand Thuillier, ingénieur indépendant, dans le cadre du "Cycle de conférences Grand Est : Voyage vers un avenir non atomique". Leur exposé s’appelait "Chronique d’un échec annoncé. Quelle(s) alternative(s) ?"

Tout d’abord Bernard Laponche a expliqué à la salle comment le nucléaire produit des déchets tout au long de sa chaîne de production et non pas seulement après la combustion dans les centrales. En effet, l’exploitation de l’uranium contamine l’ensemble des outils à son contact, du minage jusqu’au stockage des déchets en passant par l’enrichissement de l’uranium (1 tonne pour 7 tonnes appauvries) ou par le démantèlement des vieilles centrales.

Le physicien nucléaire a aussi très bien présenté la différence faite entre la France et les autres pays en ce qui concerne le statut des déchets. La France est le seul pays au monde où le plutonium et les … (mox) (issus de la réaction physique qui se produit dans les centrales) ne sont pas considérés comme déchets : le plutonium servira à des fins militaires et est stocké à La Hague, le plutonium et l’uranium appauvri serviront à produire du mox à nouveau utilisable dans les centrales.

Il a également cassé le mythe comme quoi de l’indépendance énergétique du pays serait due au nucléaire, il n’en est rien car 100% de l’uranium des centrales françaises est importé.

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Cette introduction à la filière nucléaire française faite, Bertrand Thuillier prit la suite. Son exposé centré sur CIGEO (Centre industriel de stockage géologique) était structuré autour de trois points à savoir, le sol meusien, les risques du projet et son coût.

Commençons donc par le choix du sol, la Meuse et la Haute-Marne ont un terrain argileux qui retient la radioactivité mais qui est très friable et saturé en eau. Creuser des galeries dans ce type de sol demande de grosse structures en acier. Tous ces éléments, sous terre et dans un environnement humide, vont entraîner une forte production d’hydrogène qu’il faudra ventiler.

Les promoteurs de CIDEO ont l’habitude de dire que le choix de Bure est géologique mais il est surtout politique, en installant une poubelle nucléaire sur un territoire peu peuplé et où ils espèrent la résistance moins forte.

Revenons aux risques : la présence d’hydrogène, extrêmement inflammable, en est un non négligeable et pour réduire les coûts on stockera sans protection radiologique. De l’aveu même de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire le projet CIGEO est fragile.

Pour ce qui est du coût, CIGEO est un vieux projet qui date de l’époque où on pensait que les projets Phoenix est Super Phoenix, qui devaient utiliser les combustibles usés, allaient marcher. Or il n’en est rien et CIGEO n’est pas prévu pour accueillir les combustibles usés. D’un coût estimé à 32 milliards d’€ à la base, il devrait être entre 85 et 147 milliard d’€ pour stocker ces derniers, somme que ne pourrait pas débourser EDF.

En conclusion les deux hommes ont su, dans deux présentations de vulgarisation, montrer pourquoi le projet CIGEO n’est pas viable. C’est un vieux projet prévu dans une roche inappropriée avec un fort risque d’incendie avec un coût trop élevé. Ils préconisent avant toute chose l’arrêt du nucléaire avec le stockage en sub-surface près des centrales des déchets déjà existants, ce qui pourrait faciliter leur prise en charge en cas de problème et de ne surtout pas les enfouir pour faire comme s’ils n’avaient jamais existé.



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