Un concert aux mauvais relents le 18 avril à Nancy

Nancy |

Un concert du groupe (facho ?) The Mentors est programmé le 18 avril au Black Baron à Nancy. À moins qu’il ne soit annulé... ou qu’il ne coûte trop cher en sécurité ?

Voici l’annonce de l’évenement sur Facebook : https://www.facebook.com/events/218433792072261/

Comme l’indique la page Wikipedia qui leur est consacrée « les paroles de leurs chansons sont extrêmement dégradantes envers les femmes, misogynes et sexistes », The Mentors se décrivant comme un rape-rock band (un groupe de rock-viol). C’est un vieux groupe états-uniens fondé en 1976, dont les membres jouent avec des cagoules genre KKK et dont l’ancien leader portait pour pseudo « El Duce ». C’est donc un groupe dont le mauvais goût est politiquement très orienté et très à droite.

Sa dernière tournée s’intitule « anti-Antifa », ce qui a alerté des militantes féministes et provoqué une manifestation contre leur concert à Portland en septembre dernier. Divers collectifs antifascistes ont également dénoncé cette tournée, ce qui a permis de faire annuler certains de leurs concerts.

Le concert à Nancy est programmé par Underground Propaganda. Il se déroulera au Black Baron.
À moins qu’il ne soit annulé... ou qu’il ne coûte trop cher en sécurité ?


En complément, voici une traduction partielle d’un article de Sarah Carpenter :

Attention ce texte parle de viol et de culture du viol

The mentors prétend être libre de faire du « rock-viol ». Mais la Bay Area est libre de les en empêcher.

Ils appellent ça « rock-viol »

Si vous n’êtes pas déjà choqué·e·s, peut-être que vous le serez avec leur tournée « Anti-Antifa ».

Ou bien avec leur affiche de tournée totalement repoussante : les 3 membres du groupe portent des capuches noires de bourreau, leurs guitares dans le dos, et une femme entièrement nue est penchée devant eux, un pistolet sur sa tempe. Tout ça dans des coloris vert kaki-militaire.

Maintenant, si vous êtes choqué·e·s, The Mentors s’en moque. « Nous recevons ce type de réaction depuis le début », dit Steve Broy, alias Dr Heathen Scum (Docteur racaille païenne). « Nous n’attendons pas que tout le monde aime notre groupe ». Ils sont quelque peu ennuyés lorsque leurs concerts sont annulés, mais ils ne cherchent pas à ce que les gens les aiment. Le groupe est né dans les années 70, un peu comme un jumeau maléfique de la seconde vague du féminisme.
Sauf que ce ne sont pas des jumeaux, car ce n’est pas un mouvement politique. C’est juste un « groupe stupide » comme le dit Steve Broy. Bien qu’il s’aligne sur le calendrier politique de la gauche (il a voté pour Hillary Clinton et déteste Trump), il ne comprend pas pourquoi ils [les gens de gauche] passent tant de temps à attaquer son groupe. « Je préférerais qu’ils se concentrent sur d’autres choses qu’un groupe de rock, qui est, je pense, un sujet trop ridicule pour s’énerver ».

[…]

Les membres de The Mentors se considèrent comme incompris, leurs capuches noires sont souvent confondues avec celles du Ku Klux Klan. « [Notre groupe] n’a rien à voir avec le racisme ni avec le Klan », dit Steve Broy. « Comme vous le savez, le KKK porte habituellement des capuches blanches ». Les capuches de The Mentors sont noires et rappellent celles des bourreaux. C’est un vestige de notre passé, « une idée stupide » comme dit Steve Broy, qu’ils gardent depuis le début, tout comme leur misogynie flagrante.

The Mentors est une représentation typique de la culture du viol, et s’est formé au moment même où ce terme est apparu. Le terme « culture du viol » a été utilisé pour la première fois par des féministes radicales de New York dans le livre Viol : le premier livre de ressources pour les femmes en 1974, et en 1975 dans le documentaire Culture du viol.

À partir de ce moment, les groupes féministes ont pris de plus en plus conscience de la perversité d’une culture du viol dans la société américaine. Le mouvement s’efforce depuis de mener une révolution pour transformer la société et éliminer le viol.

Actuellement, un centre communautaire féministe dans l’Oregon, « En d’autres termes », a organisé un évènement Facebook appelé « Interdire The Mentors » pour protester contre la venue du groupe à Portland.

Steve Broy dit ne pas vouloir défendre la violence envers les femmes dans ses paroles, mais « tuer des gens est un sujet très répandu dans les polars ». Il pense qu’il y a besoin de place pour explorer ces sujets. Il cite « Midnight Rambler » des Rolling Stones et dit que personne ne s’offusque lorsque eux chantent sur le viol.

D’autres artistes ayant une large audience ont aussi des paroles controversées, comme Robin Thicke et sa chanson « Blurred Lines » qui parle d’une fille alcoolisée qui dit « Non » et à qui Robin Thicke dit « Je sais que tu le veux ». Ou encore la chanson de George Michael, « Father figure », dans laquelle il semble être question de sexualiser un enfant et où il chante « parfois l’amour peut être confondu avec un crime ».

Le fait que la culture du viol soit présente dans la musique populaire américaine n’est pas une raison pour propager davantage la culture du viol, mais cela pose la question de savoir si on demande une justification à chaque groupe.

The Mentors fait partie d’une culture rock-choc dans laquelle des groupes essayent de se distinguer des autres en étant grossiers et stupides, choquant pour eux-mêmes et pour les autres. Ils ne défilent pas dans la rue en violant et pillant, forçant tout le monde à écouter leur musique, mais les gens sont si choqués par leur existence qu’ils refusent de les laisser jouer dans leurs villes.

[...]

La manager générale du Winters Tavern (ndlt : salle dans laquelle était prévu un concert de The Mentors qui a finalement été annulé), Corinne Robinson, n’a pas hésité à critiquer le groupe. Elle répondit à un post : « Fuck that. Je ne suis pas une fan de ce rock-viol de merde. C’était peut-être drôle dans les années 80 mais là ils sont vieux et dépassés ».

The Mentors se voit comme un groupe stupide et un journaliste a décrit son passage dans leur bus de tournée ainsi : « C’est comme traîner avec Beavis et Butthead » (ndlt : série américaine mettant en scène deux ados immatures). Mais l’humour peut très vite devenir dépassé car la vision du monde des nouvelles générations évolue.

Blaguer à propos du viol est une façon de diffuser la culture du viol, ce qui est déjà suffisant pour que les féministes s’insurgent, sans même considérer que certains membres ne blaguent pas. D’après Steve Broy, quelques-unes de leurs paroles évoquent en réalité des incidents qui ont eu lieu entre d’autres membres du groupe et leurs anciennes copines.

Un musicien connu sous le nom de Zippy a joué avec le groupe il y a trois ans et a arrêté à cause de leurs comportements : « Lorsque j’ai réalisé que le guitariste, Eric Carlson alias Sickie Wifebeater (cogneur de femmes malade) était vraiment un mec accro à l’alcool et à la metamphétamine, raciste et violent envers les femmes, je suis parti ».

L’histoire de The Mentors est parallèle à l’histoire de notre pays. Ils représentent un souvenir sombre du passé des Etats-Unis que les nouvelles générations rejettent largement. Mais à la différence des suprémacistes blancs, The Mentors remplit des salles privées et non des espaces publics. Steve Broy pense comprendre comment les gens voient The Mentors, et dit « si je suis un dommage collatéral pour se débarrasser de Trump, hey, je suis à fond pour ».
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