Sans-papiers : Humanisme et solidarité à l’épreuve de la loi et de la politique



Appel à ne pas oublier les sans-papiers durant cette periode spéciale. (Repris de Paris-Luttes.)

En ces temps troubles et incertains, je voudrais vous parler d’une catégorie sociale qui, par nature, passe inaperçue. Il s’agit des sans-papiers et de leurs familles. Ces gens, pour la majorité, des travailleurs non déclarés et souvent dans les secteurs de la restauration et du bâtiment, sont confinés comme le reste de la population. Il ne vous a pas échappé que l’activité dans ces milieux s’est arrêtée nette et qu’employés et employeurs sont renvoyés aux soins du chômage partiel mais, quid des employés non déclarés. Évidemment, pas de chômage partiel.

Ainsi, sans revenus et n’ayant aucune indemnisation ni recours possible, ils sont et seront livrés à eux-mêmes sans avoir aucune chance d’améliorer leur situation. Sortir n’est pas de mise suite au renforcement des contrôles liés au coronavirus. De toute manière, même s’ils s’aventurent dehors, au risque d’être contrôlés, ils erreront dans un vide encore plus effrayant, déchiré sporadiquement par les sirènes des ambulances ramenant les infectés aux hôpitaux.

Le confinement me semble encore plus dur avec de multiples incertitudes : les maigres économies qui s’amenuisent comme peau de chagrin, la peur d’être à court de provisions, la peur de tomber malade obligeant les uns à sortir et les autres à l’automédication, l’état souvent déplorable des logis et leur étroitesse, etc.

Mais surtout, leurs enfants... Des enfants qui seront amenés à travailler, quand c’est possible, sur les smartphones, à défaut certainement d’ordinateurs et d’imprimantes pour assurer la continuité pédagogique ; ce qui est difficile pour leur âge. Des enfants qui manqueront de jeux, d’équipements de jeux et d’activités diverses sans un jardin ou de l’espace à la maison. Sans parler des douceurs en l’espèce de chocolat, de bonbons ou autre aliment non essentiel pour alléger cet enferment forcé. Tout ce qu’offre ce pays pour ces enfants comme alternatives gratuites (centres, cantines, etc.) disparaît de la même manière que disparaît tout le soutien qu’ils obtenaient grâce aux divers organismes (secours populaire, le secours catholique, etc.).

Parmi ceux qui n’ont pas beaucoup de choix, ils sont les derniers à avoir le choix ; et, ils sont les derniers parmi ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens.

L’État n’interviendra probablement pas. Il est bien occupé, entre maladresse et bonne volonté, à répondre aux multiples urgences qu’engendre la situation. L’État n’interviendra pas ne serait-ce que par le fait qu’ils ne soient pas enregistrés ni localisés.

Reste la société, les gens, les âmes charitables, vous. Si vous connaissez une famille dont les parents sont en situation irrégulière, après s’être enquis de votre famille, des voisins isolés, des personnes âgées, ayez une petite pensée pour eux, et, surtout, offrez ce que vous pouvez.

J’entends monter les sirènes extrémistes hurlant leur mépris à leur égard en brandissant l’argument d’autorité « ils ont violé la loi » comme si c’était la pucelle d’Orléans, mais il s’agit ici d’humanisme et non pas de loi ; il s’agit de solidarité et non pas de politique.

A bon entendeur.

Razik Benyahia
Enseignant
razik.benyahia@ac-aix-marseille.fr



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