Quelles perspectives pour le collectif des enseignant·e·s lorrain·e·s ?



Début 2019 s’est créé à Nancy un collectif inter-lycées contre les réformes Blanquer. Il s’est rapidement élargi à des profs ne travaillant pas en lycée, à des parents d’élèves, ainsi qu’à d’autres villes – dont Sarreguemines, où j’enseigne. Je tiens à préciser que je parle ici en mon nom, comme membre individuel du collectif : je ne représente ni les collègues de mon lycée, ni mon syndicat.

Le point de vue que je défends n’est guère original : nous sommes dans une période critique, où la mobilisation peut aussi bien retomber durablement que reprendre de plus belle. Les actions qui ont eu lieu dans l’éducation nationale en 2018-19 ont été nombreuses et, pour certaines, inhabituelles : démission de profs principales / principaux, rétention de notes durant l’année, occupation de lycées, grève des surveillances du bac, grève des correctrices et des correcteurs... Ce mouvement des profs a convergé, dans plusieurs endroits, avec le mouvement lycéen. Quel bilan peut-on en tirer ? En apparence, il est nul : Parcoursup et la « réforme » du bac sont maintenus, le passage au « tout numérique » est imposé dans les lycées du Grand Est et d’autres régions, la « réforme » de la fonction publique a été votée, et le gouvernement n’est pas près de débloquer des moyens pour alléger les effectifs dans les classes ou maintenir des écoles. Si on regarde seulement les choses sous cet angle, il est à craindre que la mobilisation ne reprenne pas.

Une autre lecture des événements est cependant possible. Tout d’abord, la création de collectifs, en Lorraine et dans le reste de la France, est en soi une bonne nouvelle, d’autant que ces derniers se coordonnent. Des liens se sont créés entre des collègues et entre des établissements, et ils seront sans doute utiles dans un avenir proche.

Ensuite, le mouvement des enseignant·e·s a contraint les syndicats à repenser leur stratégie. Certes, on y trouve encore beaucoup d’inertie et de frilosité. Mais il est tout de même remarquable que certains d’entre eux, et non des moindres, aient appelé à faire grève lors des surveillances du bac. C’est comme s’ils s’étaient dit : « Et si, pour une fois, on essayait de faire une grève qui dérange réellement ? » La prochaine étape, ce serait qu’ils arrêtent d’appeler à faire grève une seule journée. Je ne sais pas si c’est leur rôle de prendre l’initiative d’une grève reconductible, mais ils devraient au moins avoir l’honnêteté de dire : « Une grève d’une seule journée ne servira sans doute à rien. Si vous voulez faire grève, allez-y, mais sachez qu’il faudra un mouvement long et douloureux pour changer vraiment le rapport de force. Nous, nous serons là pour vous soutenir, notamment en nous battant pour que vous perdiez le moins d’argent possible. »

Enfin, les deux dernières actions (grève des surveillances du bac et rétention des notes) ont eu deux effets au moins :

  • elles ont médiatisé le mouvement au niveau national, même si le gouvernement a tout fait pour en minimiser l’ampleur ;
  • elles ont contraint le gouvernement à recourir à des subterfuges peu glorieux, voire illégaux pour certains. Je pense notamment aux notes qui ont été attribuées, parfois de façon arbitraire, aux copies corrigées par des grévistes. Ce procédé a choqué, notamment dans les jurys de bac, dont la souveraineté a été piétinée.

La situation est donc difficile, mais pas désespérée. Le collectif lorrain doit convaincre les profs de l’académie que le combat doit continuer, qu’il est possible d’obtenir l’abrogation d’un décret, et qu’il faut continuer à se battre pour sauvegarder des postes et diminuer les effectifs des classes, même si on n’obtient pas tout de suite l’abrogation des « réformes ». Ce qui facilitera la tâche du collectif, c’est le fait que les profs vont rapidement se rendre compte que leurs conditions de travail se sont dégradées – notamment en lycée.

Une nouvelle banalité pour finir : c’est le nombre qui pourra changer le rapport de force. Si nous voulons gagner, nous devrons amener une majorité de nos collègues à combattre à nos côtés. Nous devrons aussi rallier à notre cause une grande partie de la société. Ce qui pourra nous y aider, c’est qu’une convergence est possible entre les différents mouvements sociaux : ceux des profs, des urgentistes, des écologistes, des Gilets jaunes (s’il reprend de l’ampleur), etc. – sans oublier le prochain mouvement pour la défense des retraites. Dans tous les cas, il s’agit de défendre des biens communs contre un capitalisme de plus en plus liberticide et destructeur.

G.J



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