Pourquoi faut-il absolument se mettre en grève et aller manifester jeudi 9, samedi 11 janvier et les jours suivants.



Il faut aller manifester parce que de toutes les réformes des retraites que nous ayons connues, celle-ci est la pire. Il faut le faire massivement, le faire continûment, le faire avec conviction, ne pas se décourager, rester solidaires, parce que cette contre-réforme est une horreur.

Pourquoi faut-il absolument se mettre en grève et aller manifester ? Parce que le système de retraite proposé par Macron est absolument inacceptable.

1. Les éléments de rhétorique.

« Le système actuel est en crise, il FAUT donc le réformer en profondeur. »
C’est FAUX. Le système est actuellement à l’équilibre et ne sera en déficit marginal (de moins de 5% dans le pire des cas) que dans 7-10 ans. Et encore, il sera en déficit parce que l’état ne compense plus les cadeaux faits au MEDEF (défiscalisations diverses) comme la loi le lui impose pourtant et parce qu’il casse systématiquement la fonction publique, ce qui prive le système de retraite actuel d’une part importante de ses recettes.

« Le système est injuste à cause de la multitude des régimes spéciaux, il FAUT donc un système universel. »
C’est FAUX pour l’essentiel. Certes, le système actuel n’est pas juste. Il existe de très importantes inégalités femmes-hommes. Les bas salaires ne peuvent plus comme dans les années 80 avoir des taux de remplacement dépassant 100% par le biais des surcotes en raison d’un âge légal (62 ans, bientôt 63) trop élevé et d’une durée de cotisation (172 trimestres) trop longue. Certaines catégories pourtant essentielles à notre société, comme les paysans ont des retraites de misère. Ces injustices existent, et il est vrai qu’il faut les corriger, mais ce n’est ni l’argument du gouvernement ni sa volonté.
Son argument sur une injustice due aux régimes spéciaux est... spécieux ! La plupart des régimes spéciaux permettent un départ en retraite anticipé en raison d’une pénibilité objective (bon d’accord, les sénateurs ont un régime spécial, on peut se demander pourquoi). C’est d’ailleurs cette pénibilité qui réduit l’espérance de vie de ces travailleurs et leur permettre un départ anticipé est bien le moins qui puisse leur être accordé. Par ailleurs les inégalités F/H, Macron s’en balec comme on peut le constater sur les diverses simulations.

2. Les outils de la contre-réforme et la trahison d’un régime général issu des luttes sociales passées et du Conseil National de la Résistance.

Le salaire de référence : actuellement il est calculé sur la moyenne des six meilleurs mois (les derniers en général) dans la Fonction Publique et des 25 meilleures années dans le privé. Avec Macron, il est calculé sur... TOUTE LA CARRIERE. Facile de voir la conséquence, je suis prof, je propose à mes étudiants deux manières différentes de calculer leur note de fin d’année. Soit je prends la meilleure note entre les deux partiels et l’examen, soit je prends la moyenne des trois notes, en comptant celle du deuxième partiel qui a été catastrophique. Ils choisissent quoi mes étudiants à votre avis ? Et est-ce que faire la même chose pour tout le monde est plus juste ? C’est juste pour l’étudiante qui a été malade et a dû sortir de l’examen au bout d’une demi-heure à cause d’une fièvre carabinée et pour l’étudiant qui a manqué le premier partiel, parce qu’il a manqué son train et est arrivé en retard après l’ouverture des sujets (il a été pris en otage par les grévistes de la RATP !).

Le système à points : 10 € cotisés donnent 1 point qui rapporte 0.55 €/an de pension une fois en retraite. Technique. Obscur. Savant, disons-le. Brillant même ! Des nombres magiques qui sortent d’une réflexion qu’on s’empresse de ne pas expliquer.
Mais non, cela ne sort pas du chapeau. Ce 0.55 €/an est calculé en prenant le nombre de retraités estimé en 2037-2040, moment où la réforme marchera à plein, parmi lesquels on répartit 14% du PIB estimé à cette date. Mais en 2037 la proportion des retraités versus la population active aura augmenté par rapport à maintenant alors que le 14%, c’est le poids des retraites dans le PIB aujourd’hui. Facile de voir la conséquence, on conserve le même gâteau, mais on le partage entre davantage de personnes. A votre avis, les parts elles sont plus grosses ? Et cela ne prend pas en compte la nécessaire décroissance que l’écologie finira tôt ou tard par nous imposer et qui fera diminuer la taille du gâteau !

L’âge pivot : Vous pourrez partir en retraite à 62 ans, comme aujourd’hui, mais dans ce cas vous aurez une décote de 10%, voire davantage dans l’avenir car l’âge pivot est appelé à augmenter (Age pivot - 62) x 5 %. Vicelard non ?

3. Les conséquences.

Au final, on fait voler en éclat l’âge de départ à la retraite à taux plein de 62 à 64 ans et pire encore plus tard. Cela augmente d’autant la durée de cotisation (par exemple 172 trimestres pour un départ à taux plein à 62 ans deviennent 180 trimestres pour un départ à 64 ans). On diminue le taux de remplacement du même coup en gros de 10% si vous partez avant. Et pour couronner le tout, le salaire de référence s’est pris une claque magistrale. Enfin, et c’est une question de principe, dans le régime général actuel le droit à la pension n’est pas déterminé par le montant des cotisations mais par le nombre de trimestres validés, ce qui permet de corriger en partie au moment de la retraite les inégalités de la vie dans l’emploi alors qu’avec Macron, plus tu es riche plus tu cotises (normal), mais plus tu as une pension élevée. En gros plus tu es riche, plus tu restes riche.

En moyenne avec Macron, les retraites sont plus petites de 20 à 25% et cela va encore s’aggraver plus tard quand le nombre de retraités augmentera encore. Et comme c’est une moyenne et que certains y gagnent, … vous voyez ce que je veux dire, il y a surtout des perdants et des super-perdants. Et le gros lot, les super-super-perdantes sont... les femmes enseignantes. Fallait choisir un autre métier. Et aussi fallait pas être femme.

C’est pas beau comme réforme ? Et pour faire passer la pilule on incorpore les primes dans la moyenne pour le salaire de référence. Sûr que les plus pauvres vont y gagner ! Les cons, z’avaient qu’à avoir des primes moins ridicules. En revanche les cadres à hauts revenus et les hauts fonctionnaires y gagnent. Pour eux on a concocté des mesures bien sympa : une cotisation qui passe de 28% (comme tout le monde) à... 2.8% du salaire brut au-dessus de 10000 € par mois. Ca permet de mettre de côté pour les placements chez Blackrock, vous savez, l’autre qu’a eu une légion d’honneur à Noël. Et si ça tombe pas bien tout ça ? En avril dernier le gouvernement a baissé en douce les prélèvements sur les placements financiers de ce type. Normal, quand tu gouvernes, tu le fais pour ta classe sociale. Il faut bien comprendre que les riches aussi ont des soucis. Où placer leur argent ? Où partir en jet privé ? …

Il faut aller manifester parce que de toutes les réformes des retraites que nous ayons connues, celle-ci est la pire. Il faut le faire massivement, le faire continûment, le faire avec conviction, ne pas se décourager, rester solidaires, parce que cette contre-réforme est une horreur.

Des gens mourront de ne plus avoir les moyens de se soigner. C’est déjà le cas malheureusement d’une partie beaucoup trop importante de la population mais cela va s’aggraver considérablement. Les retraités ne sont pas des inactifs, ils sont un lien social qui cimente la société. Sans eux, sans leur bénévolat, pas de restaus du coeur, pas d’associations sportives ou culturelles, … pas de garde de petits-enfants et arrière-petits-enfants. Sans eux pour aider financièrement leurs petits-enfants, certains de nos étudiants n’auraient pas accès aux études. Quand on maltraite les plus fragiles, on perd de notre humanité. Macron est odieux.

Les droits dont nous bénéficions aujourd’hui ont été acquis grâce aux luttes sociales de nos prédécesseurs (vous savez, entre autres, celles et ceux qui sont en retraite en ce moment). Il y a eu des morts au cours de ces luttes sociales pour que nous ayons des droits. Engageons-nous tous dans la lutte d’aujourd’hui pour défendre les droits de ceux qui viendront après nous. C’est une question de dignité, d’éthique, c’est indispensable.

Comme le disent les appels syndicaux, c’est maintenant que tout se joue.

Bertrand BERCHE, « gay à San Francisco, noir en Afrique du Sud, asiatique en Europe, chicano à San Isidro, anarchiste en Espagne, Palestinien en Israël, indigène dans les rues de San Cristóbal » [1]… professeure des écoles en France, dans la rue jeudi 9 janvier.

À lire sur le même sujet :

C’est quand qu’on arrête ?

Argumentaire en bande dessinée contre la réforme des retraites, extrait du site de la dessinatrice Emma.



Notes

[1Subcomandante Marcos, EZLN, ¡Ya basta !