Ne laissons pas la propagande militaro-industrielle s’installer au sein de nos universités



Cette année, les services de renseignement, la gendarmerie et l’armée font irruption à l’Université de Lorraine.

Il ne s’agit pas, comme dans les manifs contre la Loi travail, d’agents de l’Etat armés jusqu’aux dents et chargés de nous réprimer. Non, ceux-là sont des propagandistes dont le but est de nous rappeler ce que nos livres d’histoire veulent toujours nous inculquer en douce : comment être un-e bon-ne patriote ?

Que signifie cette piqûre de rappel ?

Suite aux derniers événements et face à la situation actuelle (manif El khomri, aide aux réfugiés, renforcement des mouvements autonomes), l’État a compris que nous étions capables de nous organiser pour donner forme à notre colère. Beaucoup d’entre nous se sont rendu compte que ce mot « patriotisme » n’était qu’un masque revêtant d’une allure respectable et admirable une réalité qui, lorsqu’on ose la remettre en question, devient toute autre : celle de rapports de forces, d’enjeux de pouvoir, celle de la mort et du génocide. Que les soldats sont, comme dit Thoreau, ceux qui ont abandonné leur conscience aux mains du législateur, ceux qui l’ont autorisé à utiliser leur propre corps pour servir avant tout leurs propres intérêts. Posez-vous cette question : pourquoi aujourd’hui des représentants de la police et des militaires ont-ils l’intention d’investir vos salles de classe durant 27 heures de cours consacrées à « défense et sécurité nationales » ? N’est-ce pas, certes, pour y trouver de nouvelles recrues, mais aussi pour rendre acceptable la militarisation de nos espaces publics, et pour encourager les gens à s’incliner devant ceux qui se prétendent les défenseurs du peuple ? Les mêmes qui sont au service de cet État qui nous a imposé la Loi Travail par la force, et qui continuera à légiférer dans le sens qui lui convient en dépit de nos revendications ?

L’armée, une solution ou une source de problèmes ?

A celles et ceux qui pensaient que le pillage du tiers-monde par les multinationales et l’interventionnisme militaire de la France sont un terreau favorable pour le fondamentalisme religieux et le terrorisme, on expliquera en quoi les soldats, les gendarmes et les services secrets seraient en réalité essentiels dans la lutte contre le terrorisme et pour les sacro-saintes « performance » et « compétitivité » des entreprises.

Comment en est-on arrivé-e-s là ?

Depuis 1982, pas moins de 4 protocoles ont étés paraphés entre les ministères de l’Education nationale et de la Défense. En 2015, une nouvelle convention renforce le processus « d’éducation à la défense (dès l’école) » et un poste de Référent défense et sécurité nationale est pourvu au sein de l’Université de Lorraine.

L’armée, l’entreprise et les étudiant-e-s

Dans le cadre de l’unité d’enseignement optionnelle (UE libre) « Défense et Sécurité Nationales », les étudiant-e-s de licence qui réussiront à décrypter le langage hermétique qui en explicite le contenu auront l’honneur de découvrir les « opportunités de carrière » offertes dans l’armée et la gendarmerie tandis que les plus chanceu-se-x bénéficieront d’une « séance d’immersion sur un site militaire » : une subtile opération de com’ doublée d’une campagne de recrutement.

En parallèle de cette militarisation des esprits l’université est de plus en plus (surtout depuis la réforme Licence-Master-Doctorat) dépendante du monde de l’entreprise, diminuant dramatiquement le champ et l’autonomie de la recherche fondamentale.

« L’intelligence économique » (sorte d’espionnage industriel légal) ainsi que la nécessité de protéger les entreprises françaises en période de conflit, dont il sera question dans cette UE illustrent bien l’inquiétant rapprochement entre le capitalisme, la logique sécuritaire et guerrière au sein des universités et de l’enseignement public en général.

Contre les va-t-en-guerre promoteurs du patriotisme économique et du nationalisme qui veulent « former des citoyens […] aptes à contribuer à la vie du pays, à sa défense et à l’entretien de ses valeurs », enrôler les étudiant-e-s et ainsi transformer les humains en engrenages du rouleau compresseur militaro-capitaliste :

Empêchons les inscriptions à cette UE !
Boycottons ces cours !
Expulsons l’armée de nos universités, de nos écoles et de nos rues !
Non à la propagande patriotique et pro-capitaliste dans nos universités !

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Toutes les citations sont extraites de :
Fiche UE Libre – Semestre 4 – Licence – Défense et Sécurité Nationales
Une convention pour renouveler et développer l’esprit civique des jeunes lorrains, 30/01/2015 (http://factuel.univ-lorraine.fr/node/2294)
Rencontre avec Eddy Bajic, chargé de mission Référent défense et sécurité nationale, 28/01/2016 (http://factuel.univ-lorraine.fr/node/4094)



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