N’abuzyn pas des vaccons !



Le grand complot des lobbies, c’est reparti ! Avec la proposition du gouvernement Macron de rendre obligatoire onze vaccins contre trois actuellement, on voit resurgir toutes sortes de discours irrationnels et antiscientifiques contre la vaccination.

Il ne s’agit pas d’être naïfs ni de s’incliner sous la pression les grands groupes pharmaceutiques, mais on peut tenir un discours critique et rationnel sans tomber dans l’obscurantisme. Notre ami Iancu, pharmacien de son état, nous livre quelques lignes sur la question.

Un petit post sur les vaccins… Quatre vaccins utiles : DTCP, mais sans adjuvants, tels qu’ils existaient encore il y a dix ans. D’autres utiles en fonction du risque : hépatite B pour les soignants, leptospirose pour les égoutiers, oreillons pour les ados ne les ayant pas contractés, idem pour la rubéole pour les femmes en âge de procréer… éventuellement grippe entre 65 et 75 ans… Allez, j’ai oublié la rage pour l’ANSES ! Tous les autres, c’est du business : ils traitent des pathologies qui seraient gérables si on ne sabotait pas le système de santé…

Trois cas particuliers : le vaccin contre le papillomavirus, pour lequel nous avons peu de recul quant aux effets à long terme, qui ne protège pas contre toutes les souches et qui fait encourir le risque d’une désaffection des contrôles gynécologiques, le vaccin contre le paludisme, négligé car touchant des populations dont le niveau de vie ne permettrait pas de payer ce que les labos espéreraient en tirer, et surtout le vaccin contre le SIDA, totalement oublié alors qu’en 92, lorsque j’étais en fac, mes profs estimaient qu’il serait au point au début des années 2000… Entre-temps, les budgets de la recherche publique ont été sabrés et la recherche privée s’est orientée exclusivement vers des trithérapies beaucoup plus juteuses…

Quand je lis que les vaccins ne rapportent que 2 % à l’industrie pharmaceutique, c’est en comptabilisant la totalité des profits de la branche. Pour deux labos (Sanofi et GSK), ils génèrent des bénéfices immenses grâce à des années de lobbying conjuguées avec une rupture permanente d’approvisionnement du DTCP classique, pas assez rentable… Et le BCG n’existe quasiment plus alors qu’il faudrait vacciner les « vilains migrants vecteurs de maladies ».

En médecine, tous les traitements sont censés reposer sur une balance bénéfice/risque. Pour les vaccins, la notion d’intérêt collectif dans l’éradication de certaines maladies vient se greffer sur ce principe. La mise sur le marché de médicaments est supposée reposer exclusivement sur ce principe… et c’est là que le lobbying intervient. Quelques exemples.

  • Risque nul et bénéfice nul : l’homéopathie, portée à bout de bras par les très influents laboratoires Boiron. Ça ne coûte pas très cher à la collectivité : prix d’un tube 2,26€, remboursement par la Sécurité sociale 0,68€, déduction de 0,50€… le coût pour l’Assurance maladie est de 0,18€, mais celui pour les complémentaires santé, non comptabilisé dans le budget de l’État mais rendu obligatoire, représente 1,58€. Mais le fait de rembourser une « thérapeutique » ne reposant sur aucune base scientifique et n’ayant jamais démontré une quelconque efficacité pose pour le moins un problème éthique.
  • Risque important et bénéfice nul : le Mediator, un anorexigène dérivé amphétaminique qui prétendait traiter le diabète, au nom d’une théorie fumeuse de lutte contre un état prédiabétique reposant sur une corrélation entre le tour de taille et le risque de développer un diabète… Quelques études démontraient une baisse de la glycémie par action périphérique sur le métabolisme glucidique, une baisse de poids, mais aucune diminution de la mortalité (ce qui est la base de l’évaluation d’un traitement hypoglycémiant) et dans ce cas, bien au contraire, une hausse de la morbidité et de la mortalité notamment par valvulopathies cardiaques. Le scandale, révélé initialement par la revue indépendante Prescrire, a éclaté grâce au Dr Irène Frachon. Le laboratoire Servier a été renvoyé récemment en correctionnelle pour « tromperie aggravée, escroquerie, blessures et homicides involontaires et trafic d’influence ». Le ministère public requiert aussi un procès contre l’Agence nationale de sécurité du médicament pour « blessures et homicides involontaires ». Le Mediator de Servier pourrait être responsable à terme de 500 à 2100 décès selon les études.
  • Tous les autres médicaments se situent dans une zone grise allant du médicament éprouvé à très faibles risques par rapport au bénéfice attendu en termes de santé publique (paracétamol, amoxicilline, etc.) aux médicaments mis sur le marché sans comparaison avec des médicaments existants, exposant à des risques inutiles face à des remèdes éprouvés, mais générant des profits considérables pour des labos prétendant avoir innové, et prescrits à grand renfort de visite médicale auprès des praticiens.

Et maintenant, les vaccins. Les bénéfices en termes de santé publique sont incontestables : éradication de la variole, de la diphtérie, du tétanos, de la polio, de la tuberculose et de la coqueluche. Les risques ? Le DTCP sans adjuvants a fait ses preuves. Nous disposons de décennies de recul prouvant son innocuité. L’obligation vaccinale ? C’est une responsabilité collective d’éradication de maladies d’un autre âge, cela fait partie de la base du « vivre ensemble » et une pseudo-liberté de refuser de se vacciner s’arrêtera à l’atteinte à la liberté de l’autre, celle de ne pas se faire contaminer…

Mais actuellement, un climat de défiance se développe, lié, d’une part, à quelques publications, parfois sérieuses et étouffées, mais le plus souvent farfelues et largement diffusées sur le net, sur des risques potentiels liés aux adjuvants, et, d’autre part, à une surmédiatisation de prétendus risques de pandémies grippales apocalyptiques entre 2007 et 2009 laissant un goût amer d’escroquerie généralisée… Pour les parents, prendre la décision de vacciner ses enfants en essayant de se faire une opinion entre les recommandations officielles manquant (volontairement ?) de clarté quant aux risques que présenteraient les nouveaux vaccins avec adjuvants et la complosphère relève de la mission impossible. Cela est d’autant plus vrai que les médias renvoient dos à dos les complotistes et ceux qui se posent des questions légitimes, à savoir : quel serait le prix réel à payer en éradiquant la rougeole et ses complications rares, mais parfois graves, en termes de potentielles maladies auto-immunes et neurologiques causées par la vaccination ?

Face à ce climat, le ministère de la Santé avait deux possibilités : contraindre Sanofi à produire à nouveau le DTP obligatoire (choix dicté par l’application des textes et consistant à ne pas contraindre les parents à vacciner contre 6 maladies alors que 3 vaccinations sont obligatoires) et mandater des experts réellement indépendants afin de restaurer la confiance en levant le doute sur les éventuels effets indésirables neurologiques ou immunitaires à long terme par le biais de méta-analyses, ou bien rendre obligatoire 11 vaccins, ce qui est le choix dicté par l’industrie. La décision prise va accroître la défiance grandissante envers le corps médical comme le recours à des « thérapies » alternatives, à l’efficacité rarement avérée et pouvant de surcroît présenter des risques d’effets indésirables, voire de défaut de soins.

Tant que les décisions seront prises par des « experts » gangrenés par des conflits d’intérêts, aucune décision positive ne sera prise pour la collectivité. Et le projet de Marisol Touraine de mettre en place un fonds public d’indemnisation des victimes d’accidents iatrogènes, notamment dus aux vaccins, correspond à une logique de privatisation des gains et de mutualisation des pertes. Avec Agnès Buzyn, pour qui « vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose le problème de la compétence des experts », les labos ont encore de beaux jours devant eux… Et ce gouvernement est très loin de l’idée de pôle public qui garantirait l’indépendance de la recherche et de l’expertise dans le domaine du médicament, et plus encore de sa fabrication par une entité publique qui permettrait d’inverser le rapport de force entre la puissance publique et l’industrie pharmaceutique.

Allez, j’attends les commentaires des adeptes de la religion du sucre rendu magique par succussion et de ceux qui croient encore que la Haute Autorité de Santé est là pour les protéger contre les vilaines bébêtes !

Iancu

Je suis le vieux père Lapurge
Pharmacien de l’humanité ;
Contre sa bile je m’insurge
Avec ma fille Égalité
J’ai ce qu’il faut dans ma boutique
Sans le tonnerre et les éclairs
Pour bien purger toute la clique
Des affameurs de l’univers

La Purge, 1880-1890

Article paru dans RésisteR ! #50 le 9 juillet 2017



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