Musclé des trapèzes ? Merci l’Albanaise

Nancy |

Son nom ne vous dira rien. Elle, disons qu’elle s’appelle Adèle, fait partie de la longue liste des familles qui s’imaginent encore arriver dans la « patrie des droits de l’Homme » lorsqu’elle réussit à débarquer à Nancy, il y a quatre ans.

Avec ses trois filles, elle a fui un mari albanais violent ! Paraît que c’est courant chez eux… À 33 ans, elle pense refaire sa vie dans un pays… hospitalier et espère que ses filles auront un avenir meilleur.

De gymnase en hôtel, elle obéit aux déménagements sans jamais broncher, même quand sa chambre est envahie de punaises…

Et puis, le mois dernier, elle se dit que la circulaire NOR-INTK1229185C signée par le ministre de l’Intérieur le 28 novembre 2012 va bientôt lui permettre d’obtenir les précieuses autorisations de séjour… Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Manuel Valls, y précisait que les familles en France depuis cinq ans et dont les enfants étaient scolarisés depuis trois ans pourraient prétendre à un examen attentif de leur demande de régularisation. Depuis cette ponte, les familles espéraient… Bigre, attendre cinq ans le fameux sésame dans un hôtel surpeuplé, c’est long… surtout quand on ne sait pas pourquoi une demande refusée sur une argumentation il y a cinq ans deviendrait tout à coup recevable… Bon, Adèle se dit qu’elle doit commencer à scruter les agences intérim car sous peu elle devra assurer la subsistance de ses trois gamines !

N’aurait-il pas mieux valu les régulariser plus tôt et ainsi « faire de la place » et de sérieuses économies ? En général, les autorités préfectorales répondent d’un haussement d’épaules après… une heure de monologue !

Patatras ! Le 9 décembre, Bernard Fitoussi, ambassadeur de France en Albanie, transmet une note au ministre (c’est plus le même mais il est toujours à l’Intérieur) traduite dans Le Monde du 30 décembre en un titre : « Inquiétude face à l’ampleur des demandes d’asile des Albanais. »

Et pourquoi « inquiétude » ? Après les musulmans stigmatisés par les médias depuis des mois, ce serait au tour des Albanais ? Au fil de l’article, on apprend alors qu’ils « fragilisent un dispositif déjà saturé »… C’est donc de leur faute si le dispositif est saturé, bien sûr ! Mais si on les régularisait, le dispositif serait-il encore saturé ?

Deuxième haussement d’épaules sous-préfectoral !

Oui, parce que nous sommes devant une « crise migratoire »… Non, ce ne sont pas NOS bombes qui font venir les Syriens… c’est la crise ! C’est toujours la crise… on le sait bien hein, le chômage, c’est aussi la crise !

Pourtant, explique Pascal Brice, le directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dans ce même article du Monde, les Albanais sont moins nombreux que la moyenne des demandeurs d’asile à accéder au statut de réfugiés, « seuls 16% ont bénéficié du statut de réfugiés cette année », qui confirme par ailleurs que ce sont « le plus souvent des femmes victimes de violence ». Ah ? Adèle dirait donc vrai ?

Là, ce sont les deux épaules qui se haussent en même temps dans le bureau de la rue Érignac, laissant, entre elles, échapper la phrase magique : « Les Albanais doivent rentrer chez eux, les Syriens et les Afghans ont besoin de la place. »

Oui, parce qu’on ne balance pas de bombe sur l’Albanie, vous comprenez alors qu’ils peuvent bien repartir, non ?

Bon, Adèle laisse ses trois filles faire leurs devoirs dans la chambre exiguë et s’octroie deux minutes de télévision… Comme elle a fait de gros efforts au long de ses quatre ans, elle comprend bien le français. En tout cas, elle a bien lu le nom des sept personnes qui derrière leur pupitre évoquent leur projet « pour la France ». Et là, pas de doute… elle a bien lu le nom de celui qui a pondu la fameuse circulaire de 2012 : Manuel Valls.

L’espoir renaît… cet homme ne peut pas être mauvais… Adèle monte le son… au moment où celui-ci explique qu’il demande désormais une « pause migratoire » et se justifie de « l’intervention de la France au Mali, qui aurait permis d’éviter une crise migratoire ». Un champion du monde…

Le Mali… c’est pas là que les soldats sont accusés de tripoter des enfants ? T’as bien fait d’en parler, Manuel, car du coup, Adèle retourne auprès de ses filles ! Elle a compris que finalement, le courrier qu’elle a reçu, hier, c’est bien pour l’expulser après quatre ans de présence… « On peut même vous donner de l’argent pour repartir », a confirmé la tête entre les épaules, mais… « vous avez un mois pour faire vos valises », confirme la lettre de l’Office français de l’immigration et de… l’intégration… Oui, les expulsions, ils appellent ça intégration !

Elles n’ont plus qu’une possibilité, ces quatre filles : trouver un hébergement quelque part, n’importe où ! Car, ce qui préoccupe, on l’a bien compris, c’est la place pour ceux qui arrivent, chassés par NOS bombes.

Mais là, la tête et les deux épaules ont claqué la porte sans répondre…

NB : Urgent ! Si vous avez une solution d’hébergement, contactez le journal, qui transmettra.

Pehachelle

Article paru dans RésisteR ! #47, le 27 janvier 2017