Mai 68 c’était bien, mais 2018 ce sera mieux



Inévitable référence pour la jeunesse espérant, Mai 68 est pourtant une vieille personne qui raconte une histoire grisonnante. Elle est le dernier souvenir de lutte qui a transformé notre société, un chaînon de liberté entre les maquis de la seconde guerre mondiale et le désert néoliberal que nous vivons...

Inévitable référence pour la jeunesse espérant, Mai 68 est pourtant une vieille personne qui raconte une histoire grisonnante. Elle est le dernier souvenir de lutte qui a transformé notre société, un chaînon de liberté entre les maquis de la seconde guerre mondiale et le désert néoliberal que nous vivons.

Quiconque a eu la chance de parler à ses aïeul·le·s sait combien cette guerre a été la matrice idéologique des peurs que nos parents nous ont transmis : le refus maladif de toute violence, la peur de l’engagement idéologique et la volonté des ancien·ne·s de nous resservir 3 fois des haricots pour que nous n’ayons jamais faim sont des conséquences de nos histoires familiales.

Mon arrière-grand-père maternel était maquisard. Nous l’avons toujours su.
Mon arrière-grand-père paternel était collabo. Je l’ai appris cette année.
Mes arrières-grand-mères ? Elles devaient torcher les culs des futurs gaullistes que deviendraient mes grand-parents. Les vainqueurs écrivent l’histoire, pas les femmes.
Mes parents ils ont pas fait le Mai 68, ils l’ont regardé à la télévision, en noir et blanc. Et pourtant ils ont élevés leurs gosses dans cette pensée progressiste, pourquoi ?
Parce que Mai 68 c’est rien d’autre qu’un pic. C’est le quatre-mille huit-cent dixième mètre du Mont Blanc. Avant y’a l’entraînement, la ferveur d’atteindre un but au dessus des nuages. Après c’est une descente et l’experience folle de l’escalade. Les années 70 ont forgé nos parents, les années 80 les ont vu voter (ou non) pour Mitterand et les années 90-2000 ont vu naître leur enfant sans mur idéologique à gravir. Che Guevara est mort, on vend des t-shirt à son éffigie comme des saint suaires à la fête de l’huma. Mes camarades en 1968 ils criaient Ho-Chi-Minh et vivaient à travers la morale rouge de Mao. Aujourd’hui nous portons les t-shirts que les descendants de Mao fabriquent dans les usines chinoises…

Le communisme a perdu et pourtant je ne suis pas convaincu que le capitalisme ait gagné. On a plus de grand chef de la révolution, plus d’Etat idéalisé, plus de parti de lutte… mais alors pourquoi on rêve encore de révolution, de société idéale et de mouvements de lutte ?
Le XXe siècle semble avoir fait ses preuves mes jeunes ami·e·s ; des états, des chefs et des partis ont pu être utiles par le passé mais toutes ces entités consument l’idéologie qu’elles tuent.
Celles et ceux de 68 qui voulaient probablement sincèrement changer le monde allaient vite trouver du travail, acheter une télé qui marche à l’énergie atomique et écouter les radios néo-libre de Mitterand. Illes voulaient changer le monde et illes l’ont fait. Grâce à elles des femmes s’expriment, Nicolas Hulot est ministre et l’université était accessible à tou·te·s…
Mais illes ont oublié de nous apprendre à nous battre de la même manière que leurs parents ont oublié de leur apprendre à faire de la confiture plutôt que d’aller au supermarché. On ne sait plus ce que c’est que défendre un idéal, planter des patates ou avoir confiance en l’avenir.
Il nous faut réapprendre.
Nos rêves ne sont pas si fous, on veut juste vivre dans le réel.
On veut juste que les humains arrêtent de quitter la (franc)afrique pour mourir sur nos plages.
On veut juste que l’eau, le vent et le soleil fournissent l’énergie qui ne ruinerait pas la Meuse pour 1 million d’années.
On veut juste que les pauvres aillent à la faculté plutôt qu’à Pôle emploi.
On veut juste qu’un être humain ne puisse pas posséder 1 milliard de fois plus qu’un autre.
On veut juste que notre génération se rappelle que papy n’a pas dégommé tous les nazis et qu’il en reste qui portent des beaux costumes Hugo Boss.
On veut juste réapprendre à faire de la confiture Mamie. De la confiture de lutte avec des vrais fruits dedans. C’est sucré comme l’autogestion, tu sens ?
- « Et d’ailleurs tu as rangé où le sucre pour la confiture mamie ? »
- « Dans le placard de gauche, à côté de la vieille caisse en bois mon chéri ».
- « C’est quoi cette caisse mamie, c’est super lourd ? »
- « Les grenades de Papa, je te montrerai comment ça marche si tu fini tes haricots ce midi ».

L’histoire que nous vivons aujourd’hui commence par le dur effort à mener pour nous souvenir que tout ce qui ressemble à de la liberté sur cette planète est la conséquence d’engagements et de lutte antérieures.
Ne tombons pas dans la passivité du quotidien, souvenons nous et à table !



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