Macron et Pénicaud déclarent la guerre aux chômeur·ses



Le 1er novembre entre en vigueur un premier volet de la réforme de l’assurance chômage. Sur les 6,5 millions de chômeur·ses inscrit·es à Pôle Emploi, moins de la moitié (2,6 millions) touchent une indemnisation chômage. Avec la réforme, une personne indemnisée sur deux va perdre, et parfois beaucoup : 234 000 chômeur·ses ne toucheront plus d’allocation, 416 000 auront leurs droits amputés de 20 % en moyenne…

RésisteR ! a rencontré Didier, conseiller emploi et militant syndical Solidaires.


RésisteR ! Cette nouvelle réforme s’annonce plus dure que les précédentes. Peux-tu en détailler quelques mesures ?

Didier : Effectivement, c’est une attaque sans précédent contre les chômeur∙ses et précaires. Elle est prévue en deux étapes : dès le 1er novembre, il faudra notamment travailler plus longtemps (6 mois au lieu de 4) pour s’ouvrir de nouveaux droits. Pire, pour les personnes déjà indemnisées, il faudra aussi ces 6 mois de travail au lieu de 150 heures précédemment pour prolonger leurs allocations !

Au 1er avril 2020, c’est le calcul de l’allocation qui sera revu à la baisse. Résultat : selon l’Unedic même, 1,3 million de personnes seront touchées dès la première année de cette réforme. C’est énorme !

À cela il faut ajouter la fausse mesure positive d’ouverture, très encadrée, de l’assurance chômage aux démissionnaires en CDI depuis plus de 5 ans et ayant un projet de formation. En effet, un dispositif était prévu pour cela : le congé de formation. Mais, avec cette réforme, les employeurs auront beau jeu de le refuser, en incitant encore plus à la démission et en s’épargnant par là même le versement des indemnités de licenciement… Bingo !

Bref, si une forte mobilisation ne vient pas entraver la politique antisociale de Macron et de ses acolytes du gouvernement et du patronat, ce sera encore plus de pauvres et d’exclu∙es en galère.

RésisteR ! Pourquoi le gouvernement donne-t-il une telle charge contre les chômeuses et les chômeurs ? Au-delà de l’objectif affiché de 3,4 milliards d’économies à réaliser en trois ans, est-ce qu’il ne s’agit pas de mettre les précaires au pas ?

Didier : Tu es bien gentil∙le, RésisteR !, mais il faut lui demander, au gouvernement, ce qu’il a en tête… Toutefois, le message qu’il envoie semble clair. Il faut cesser de verser 3,4 milliards d’euros d’allocations à ces « profiteur∙ses » de chômeur∙ses et précaires ! Pour preuve, ce discours stigmatisant s’accompagnait aussi, dès janvier 2019, de mesures très concrètes de « redressements » individuels :

  • contrôle accru des privé∙es d’emploi ;
  • obligations renforcées d’accepter des boulots non souhaités ;
  • sanctions beaucoup plus lourdes (l’allocation n’est plus suspendue mais bel et bien supprimée !).

Pourquoi tant de haine, me diras-tu ? Faire accepter sous la pression des emplois peu attractifs, mal payés, usants, voire dangereux à ces « fainéant∙es d’assisté∙es » ? Je te laisse juge de la réponse…

En plus, comme si cela ne suffisait pas, à compter du 1er janvier 2020, Pôle Emploi sous-traitera à un opérateur privé l’accompagnement des personnes alternant des périodes de chômage et d’emplois précaires. Ainsi, cette population fragile va encore subir une pression supplémentaire !

Malheureusement, nous sommes bien placé∙es à Pôle Emploi pour constater aussi les dégâts causés par ce type de travail, de plus en plus cause de surmenage physique et psychique, car beaucoup de personnes que nous recevons en souffrent… Bref, ça craint !

RésisteR ! Comme conseiller∙es Pôle Emploi, vous allez vous retrouver en première ligne avec les chômeuses et chômeurs. Est-ce que des réactions syndicales sont envisagées ? Les syndicats de Pôle Emploi prévoient-ils de s’adresser aux personnes qui sont dans la cible de la réforme ?

Didier : Syndicalement, Solidaires et la CGT, notamment, ont porté avec les associations de chômeur∙ses et précaires un recours devant le Conseil d’État pour annuler ces réformes durcissant les conditions d’indemnisation du chômage et du contrôle de la recherche d’emploi. Il y a aussi, dès ce 4 novembre, des manifestations prévues devant des agences Pôle Emploi, y participeront aussi des agent∙es qui condamnent cette réforme. Mais bon, ce n’est pas marqué sur le badge que nous portons à l’accueil et les risques de tension liés à ces changements nous inquiètent beaucoup. En revanche, une chose est sûre : à chaque fois que les chômeur∙ses et précaires se sont mobilisé∙es, elles et ils ont obtenu gain de cause. Pour preuve, le régime des intermittent∙es est jusqu’à maintenant épargné par cette réforme ! Protection des artistes, invoquera le gouvernement… Faudra-t-il toutes et tous se lancer dans l’art de rue ?

Article paru dans RésisteR ! #65, le 7 novembre 2019.



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