La défaite de la musique : violences policières et racisme à Strasbourg

Strasbourg |

Le collectif Reprendre la ville Strasbourg relaye ce témoignage de violences policières à la fête de la musique.

Une fête populaire ? Une fête qui rassemble tous et toutes ? Ou une défaite sociale ? A Strasbourg la fête de la musique a été entachée de violences policières à l’encontre d’adolescents et de témoins des faits.

Ce samedi 21 juin, durant la nuit de la fête de la musique, nous, M., travailleuse sociale, et J., enseignante, avons assisté à un énième contrôle d’identité violent et arbitraire à l’égard d’adolescents noirs. Nous étions à vélo, sur le chemin de retour, vers 2h15, quand, en plein centre-ville, sur le quai Kléber à l’arrêt Ancienne Synagogue Les Halles, nous avons rencontré des adolescentes en pleurs et désespérées. Nous nous arrêtons pour leur demander ce qu’il se passe et nous apprenons que, suite à une altercation entre deux jeunes filles, les forces de l’ordre ont gazé l’ensemble des jeunes à ce croisement très fréquenté du centre-ville, puis ont procédé à l’arrestation de deux garçons racisés d’une quinzaine d’années qui n’avaient rien à voir avec la dispute. Nous apercevons alors deux adolescents menottés et malmenés par cinq ou six policiers, qui les poussent brutalement avant de les maintenir penchés, le visage plaqué contre la rambarde du tram.

Nous nous approchons pour demander des explications et demander aux jeunes si tout va bien. Immédiatement, les policiers répondent avec agressivité en exigeant que nous partions, puis menacent de nous embarquer en arguant que nous sommes sans doute sous l’effet de l’alcool. Choisissant le calme et la fermeté, dans une posture non-violente, par crainte que cette arrestation arbitraire ne dégénère, nous décidons cependant de rester afin de constater les actions des forces de l’ordre et de soutenir les adolescents très choqués et effrayés. Gênés par notre regard, les policiers commencent à nous invectiver, nous accusant d’être des Gilets Jaunes et de faire de la provocation.

Face à notre détermination, l’un d’entre eux, grand et baraqué, agresse physiquement M. en la poussant sur les rails du tram, elle et son vélo. Ne montrant pas notre frayeur, nous dénonçons verbalement l’agression et restons en place. Le contrôle d’identité musclé des deux jeunes se poursuit alors de manière plus "apaisée" et, après une fouille de sac infructueuse, les deux garçons sont enfin libérés. Nous discutons alors avec eux, pour apprendre que les forces de l’ordre les ont arrêtés pour un motif extrêmement fallacieux : les policiers les auraient "confondu" avec les jeunes femmes en raison de la couleur de leurs vêtements. Un motif bien vague, inconsistant et arbitraire qui a pourtant donné lieu à des agissements humiliants et déshumanisants à l’égard d’adolescents.

Gazer des jeunes sur le simple argument d’une petite altercation entre deux jeunes filles, les menotter et les contrôler sans raison valable et de manière "musclée" : tout ceci représente une réponse disproportionnée de la part des forces de l’ordre, directement dirigée contre des adolescents noirs. Les policiers auraient-ils agit de même face à des adolescents blancs ? Nous en doutons fortement. Contrôles au faciès, harcèlement policier des jeunes racisés, usage systématisé de la violence et de l’humiliation : ces dernières années, les violences policières de nature raciste, notamment dans les quartiers populaires, sont devenues extrêmement courantes. Hier soir, nous avons toutes les deux exprimé notre indignation aux jeunes en soulignant que ces agissements étaient injustes et illégitimes. Face à nous, ces derniers se sont montrés soulagés de notre soutien tout en se montrant résignés, déjà habitués à ce type d’abus policiers qui se normalisent.

L’une comme l’autre, ce n’est pas la première fois que nous assistons à des violences policières à caractère raciste. Mais nous refusons que cela devienne banal et anodin de gazer, contrôler, arrêter, menotter, violenter des jeunes racisés. Cette fois-ci personne n’a été blessé, étouffé ou assassiné (comme Adama Traoré, Houcine Bouras, Aboubacar Fofana et bien d’autres). Pour autant, n’attendons pas d’en arriver là. Il nous semble essentiel que toutes les personnes se portent témoin de tels agissements.

Nous appelons toute personne ayant assisté à ces violences à envoyer témoignages et images à l’adresse suivante : temoignages-violences-policieres-67@laposte.net.

Nous souhaitons aussi collecter des témoignages de violences policières racistes survenues dans ce contexte ou d’autres dans la région.

Regardons, filmons, témoignons ! Ne laissons rien passer et soyons solidaires avec des jeunes traumatisés, abîmés, meurtris par le mépris et la brutalité de forces de l’ordre censées les protéger. Faisons savoir à la police qu’elle ne peut pas agir en toute impunité.

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