Je suis en rage

Nancy |

Je suis en rage contre un président de la République qui a multiplié pendant des semaines les signaux contradictoires. Je suis en rage contre les politiciennes et les politiciens qui se sont succédé durant des années. Je suis en rage contre le président de l’université de Lorraine. Je suis en rage contre moi-même.

Je suis en rage contre un président de la République qui a multiplié pendant des semaines les signaux contradictoires. Le vendredi 6 mars au soir, il incitait les Françaises et les Français à sortir malgré le coronavirus, et une semaine plus tard seulement, il les exhortait à rester chez eux mais à se rendre aux bureaux de vote. Pour, finalement, les exhorter juste à rester chez eux tout en reportant le deuxième tour des élections municipales. Je parle du président de la République, mais j’inclus également le Premier ministre et le gouvernement. Et de fustiger l’inconscience de ces Français qui sont allés se balader dimanche dernier. Mais à quoi fallait-il s’attendre après tant de messages contradictoires et d’atermoiements ? Et je n’aurais toujours pas bien compris ce qu’il en était à l’heure actuelle, le message n’étant toujours pas des plus clairs (il faut rester chez soi mais certain-es doivent aller travailler ? Qui ? Etc.)

Je suis en rage contre les politiciennes et les politiciens qui se sont succédé durant des années sans nous mettre en garde régulièrement et de manière visible contre les risques des virus et sans nous préparer à ce qui est en train de se passer. Il y a des événements que l’on ne peut pas prévoir. Celui-ci était semble-t-il prévisible. On ne pouvait juste pas savoir quand ça allait arriver ni quel virus ça allait être. Mais à la place de cette préparation, on a eu droit à "Notre route est droite mais la pente est forte", des "Casse-toi pauvre con !", des "Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts...", des "Mon ennemi c’est la finance", des "Pour trouver un emploi, il suffit de traverser la rue", etc. etc. etc. Le tout à travers les miroirs grossissants que constituent certains médias. Alors bien sûr, on vu passer la grippe H1N1, le SRAS, Ebola. Mais c’était ponctuel et sans essais de prise de conscience approfondie de la population.

Je suis en rage contre le président de l’université de Lorraine qui, lors d’une réunion avec les syndicats le vendredi 13 mars, a répondu qu’il n’était pas possible de fermer l’établissement. À une organisation syndicale demandant la fermeture totale de l’établissement, le président a répondu, non sans ironie, par une question : "comment fait-on pour payer les salaires ?" Depuis, on peut constater que cette fermeture a été prise au sérieux, mais uniquement après la demande du ministère de tutelle, une fois que l’on savait que la fermeture était incontournable. Quand ce sont les organisations syndicales qui le demandent, la prise en compte de la requête n’est pas du tout de même nature que quand c’est le ministère qui le demande. Et nous avons eu l’outrecuidance de déposer une mesure de DGI, dimanche par courriel, pour protéger les agents qui doivent se rendre sur les sites de l’UL. C’est tout de même notre rôle de nous assurer que les agents n’encourent aucun danger. Nous nous sommes donc rendus à deux à la présidence pour déposer formellement le DGI, en l’absence d’accusé de réception. Ça n’a pas plu au président de l’UL qui nous l’a fait savoir en des termes peu aimables. Or, tout comme lui, nous estimons de notre devoir de protéger les agents.

Je suis en rage contre moi-même. Je n’ai rien vu venir et je n’étais pas préparé à ce qui est en train de se passer. Pourtant, pas plus tard que le 10 janvier, j’avais visionné une émission d’Arrêt sur image avec Yves Cochet, ancien ministre. Vous pouvez avoir un aperçu de sa vision du futur ici. Disparition d’internet, regroupement par communautés, fin des États tels que nous les connaissons aujourd’hui... Franchement, je m’étais dit qu’il avait un discours intéressant, mais qu’il avait dû quelque peu abuser de la marijuana dans sa jeunesse... Et voilà qu’arrive quelques semaines plus tard le début du scénario qu’il évoque. Bien sûr, il n’avait pas prévu que ça commencerait précisément par une pandémie. Bref, j’ai été naïf et, malgré ma méfiance envers le discours politique et médiatique dominant, il m’influençait plus que je ne le croyais. Je n’avais pas pris la juste mesure des vrais enjeux en m’inscrivant trop en réaction aux réformes anti-sociales successives. Mais mon monde vient d’être chamboulé. Il faut le temps que je digère cela. Et c’est sans doute l’aspect temporel que j’ai le moins anticipé. Je ne pensais pas que tout pouvait changer aussi subitement.

Pour finir, je formule des vœux. J’espère que nous aurons une prise de conscience collective des priorités. Nous l’avons vu récemment avec le système de santé. Il y a moins de deux ans, nous avions droit à cela (le désormais fameux "il n’y a pas d’argent magique"). J’espère que demain, ce genre de discours ne sera plus audible face aux enjeux de santé publique et à la préservation prioritaire de la vie humaine. Et même plus que non-audible, j’espère que ce discours deviendra tellement indécent que plus aucun responsable politique ne pourra le tenir. Fini la rentabilité, le chacun pour soi, la réussite à tout prix, la course à l’excellence sans conscience, etc.

Préservons-nous du Coronavirus et espérons que l’on soit nombreuses et nombreux à attraper le Solidavirus permettant de construire une société plus solidaire et plus soucieuse de l’humain.

Christophe