Ils ne savent plus quoi faire



Le morceau Embarassement, de Madness, parle du harcèlement raciste et misogyne d’une jeune fille enceinte – qui attend un enfant métis. Des groupes de garçons le chantaient, à l’école ou ailleurs, en vue de mon humiliation publique. « Comment pouvais-je montrer mon visage, quand j’étais une honte pour le genre humain ? » Je suis quasiment sûre que le sens de la chanson leur échappait… mais j’imagine qu’ils se sentaient puissants, légitimes – unis dans la haine. « You’re an embarassment ! » Madness était un groupe populaire en 1980. Aujourd’hui encore, je ne les supporte pas.
— extrait de la BD « l’Une d’elles », Una, éditions ça et là , 2018

Nous étions en after. Mon pote a sorti le disque en me regardant et dit -« ils ont des paroles anti-sexistes » et je réponds presque machinalement en souriant : «  cool  ! » Une pièce de théâtre qui s’est jouée tellement de fois. Je la connais par cœur et j’y joue même un rôle. «  Cool  ! »

A vrai dire beaucoup de mecs s’en foutent du féminisme et de ce qu’on subit. Ils récupèrent les sujets pour faire des beaux discours lorsqu’ils sont bien entourés et tachent de garder leur réputation d’antisexiste. La réputation d’un pro-féministe c’est top. Si tu critique le comportement d’un pro-féministe, tu risques de passer pour une garce ingrate, voire te faire engueuler parce que monsieur fais des efforts. À cause de toi, il risque même d’être taxé de sexiste par les autres copains et copines, alors qu’il est plutôt… quelqu’un qui est de la scène DIY.

La présence des femmes à certains concerts et festivals punk est censé être le gage de l’égalité. Un soir nous sommes allées dans une boîte de nuit et j’ai constaté qu’il y a beaucoup plus de filles qu’aux concerts punk. Ensuite j’ai constaté que les femmes traversent les rues, font des courses, jouent dans les théâtres, elles rédigent et impriment les tracts pour des revendications politiques, gèrent des projets, réparent et conduisent les voitures, travaillent dans des équipes avec des femmes, lisent les journaux dans les cafés. Leur présence ne les dispense pas d’être confrontées au patriarcat.

Les concerts ne peuvent pas garantir un espace «  safe ». Les espaces «  safe » ça n’existe pas. Aussitôt que ces espaces apparaissent ils font subir des exclusions et font baisser la vigilance. Dans ces endroits on a l’illusion que l’antisexisme est aquis, parce que c’est écrit sur les murs et les t-shirts. Ensuite lorsque les comportements et les agressions sexistes se produisent on est abasourdi par ce qui s’est passé et par les réactions décevantes.

La question du sexisme est parfois le point crucial qui déclenche même chez certains mecs la légitimité de remettre en question ta présence dans la scène. Si tu en croise un sache que quelque part, des meufs se font des masques d’argile au parfum de rose en écoutant Nux Vomica et ne demandent à personne la permission d’organiser des concerts. A bientôt aux concerts punk !

POST-TOUR DEPRESSION - Des fragments de la scène punk DIY.
déf. le terme post-tour depression, en anglais désigne l’état psychologique à caractère dépressif après une tournée.



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