« Élection, piège à cons »



L’élection est un « chèque en blanc » que le peuple fait à ses élus, qui n’ont plus dès lors guère de comptes à rendre. A vrai dire, même si ces derniers ne sont pas réélus, ils trouvent toujours à se recaser et ne connaissent jamais la précarité ou le chômage.

Les politiques constituent une caste , ils sortent de l’ENA, sont recrutés par un parti ou un autre, qui leur propose un plan de carrière, et ils font leur choix en fonction de ce qu’ils estiment le plus compatible avec leurs ambitions. Ceux qui se prétendent anti-système ne font en vérité que réclamer leur part du gâteau , ils ne veulent pas changer le système, mais en profiter à leur tour. De fait, les élus défendent leurs propres intérêts de caste : les directions des partis se battent entre elles pour arriver au pouvoir, mais défendent ensemble le système pour pouvoir profiter des avantages octroyés aux vainqueurs. Une fois l’élection passée, le peuple n’a pas de prise directe sur la logique économique globale ni sur les décisions politiques qui l’accompagnent.

Dans ces conditions, s’il y a « retour d’ascenseur », cela ne se fait pas en faveur de ceux qui ont voté, des anonymes auxquels on considère ne rien devoir, mais bel et bien en faveur des « amis », ceux qui ont parié sur vous pour tirer quelques bénéfices de votre victoire. Mais ces « amis » doivent compter parmi les puissants, et il en découle que la caste politique a partie liée avec les puissances industrielles et financières, qu’elle est intimement liée aux intérêts capitalistes du MEDEF et du CAC 40 (il suffit de considérer les « affaires » qui ne cessent de sortir depuis des lustres pour s’en convaincre). La chose est plus décomplexée à droite, et suit le modèle nord-américain, là où Bush père et fils faisaient la guerre en Irak et étaient détenteurs de fortes parts du capital de l’industrie de l’armement (on se souvient aussi, à titre d’exemple, des amis de Sarkozy), plus feutrée à gauche (encore qu’avec Strauss-Kahn…). Mais tout cela se traduit avant tout , bien évidemment, par des politiques globales soumises au dogme néo-libéral qui n’a d’autre but que de faire baisser le prix du travail pour augmenter le profit des patrons et investisseurs (loi Macron et loi Travail dernièrement).

En résumé, l’Etat, sous la direction de la caste politique, représente et protège les intérêts et les modes de vie de la classe qui l’a organisé à son profit : l’élite capitaliste. Rien donc à attendre du côté de « nos » élus . L’histoire montre assez que se choisir des « représentants » ne sert qu’à entretenir l’illusion de la démocratie et de la souveraineté du peuple, souveraineté en vérité confisquée par les élites politico-économiques : l’intérêt de ces dernières prime toujours l’intérêt général. Tout cela se passe sans que les travailleurs, et plus généralement les citoyens, aient leur mot à dire (si ce n’est lors de consultations bidons comme dans le cas de Bure). Tout se décide dans notre dos, en nous excluant de ces choix. Tout obéit à une logique que nous ne maîtrisons pas, et qui n’est autre que celle de l’économie et du marché, qui nous traite comme des pions que l’on exploite ou que l’on pollue à loisir et sans souci. La loi du profit est la seule loi en vigueur, et elle méprise les hommes, leur travail et leur santé. Ainsi la sécurité sociale est en danger, la retraite avec, le travail temporaire explose, les services publics périclitent, et la liste serait longue s’il fallait passer en revue toutes les régressions que nous devons subir. Les politiques, au service des capitalistes, sont les maîtres d’œuvre de ce grand chantier de destruction.

Or dans nos « démocraties », la légitimité du pouvoir est fondée sur la représentativité des pouvoirs exécutif (gouvernement) et législatif (assemblées). Mais cette représentativité dépend bien sûr du taux de participation aux élections. Il en découle à l’évidence que voter c’est donner de la légitimité au pouvoir étatique, donc aux politiques, et que cela revient à pérenniser le système qui nous écrase. La « démocratie » représentative est pure illusion , puisqu’elle implique que le peuple subisse au lieu de décider. Voter, ce n’est que décider par qui on sera spolié, ce qui est un bien mince avantage. Pour que cette illusion soit détruite , il faut en finir avec la soi-disant représentativité. Cesser de voter, c’est désavouer l’ensemble de la caste politique, c’est retirer le sol sous les pieds du mensonge de la représentativité afin de découvrir que le roi est nu ! Une abstention massive , au contraire, met tout l’ensemble en crise, et peut créer des opportunités pour que les choses changent en profondeur. Il n’est pas sans intérêt de souligner que, déjà, à de nombreuses reprises, l’abstention a dépassé les 50% de la population en droit de voter, et que les médias comme les politiques se sont toujours gardés de souligner ce fait pourtant décisif qui fait que, par exemple, celui qui fait 20% à une élection ne représente en fait que 10% des électeurs potentiels, c’est à dire vraiment pas grand-chose. C’est bien qu’ils savent eux-mêmes où est le talon d’Achille, et qu’ils font tout pour en détourner l’attention.

En conséquence, l’abstention est un acte profondément politique, utile, et peut-être un des leviers principaux dont nous disposons pour faire changer les choses. Que l’on cherche à la faire passer pour une forme d’indifférence, d’irresponsabilité, de démission, et même si cela est juste en ce qui concerne un bon nombre d’abstentionnistes, cela importe peu : seule importe la destruction de l’illusion de la représentativité. En revanche, voter doit se comprendre comme une pathologie de la même famille que le « syndrome de Stockholm » !

Démocratie signifie « pouvoir du peuple » , mais un pouvoir que l’on n’exerce que par procuration est pur néant. C’est pourquoi la démocratie représentative constitue une contradiction dans les termes, une chimère : il ne peut y avoir de démocratie que directe . Cela veut dire que les citoyens doivent participer eux-mêmes aux décisions et à leur mise en œuvre, et que c’est seulement par là qu’ils méritent le nom de citoyens (et non pas de sujets comme au temps de la royauté). Ils ne peuvent alors avoir de représentants, mais seulement des délégués, révocables à tout instant par l’assemblée de tous les citoyens, et munis de mandats impératifs.

On objectera que cela est impossible quand la population dépasse une certaine taille, mais c’est que l’on ne voit pas qu’on peut substituer à l’Etat-Nation une fédération de communes démocratiques et libres. En effet, la démocratie, au vrai sens du terme, n’est possible qu’au niveau de la commune . Mais la commune actuelle, à son échelle, reproduit les vices du système représentatif exposés plus haut. De même, on assiste aujourd’hui, hélas, à la spoliation des travailleurs de la future SCOP SODETAL par quelques syndicalistes peu scrupuleux qui profitent de leur position mieux informée pour imposer une mouture sans prendre la peine de la mettre en débat devant une assemblée démocratique : le local reproduit ici la structure hiérarchique des syndicats. Il faut donc travailler à faire naître des communes parallèles, qui entrent peu à peu en concurrence avec les mairies, ou bien s’insinuent en elles pour en changer les règles. Les citoyens, s’ils veulent mériter ce beau nom, doivent s’organiser en comités (de village, de quartier, d’usine, de coopératives…), bref en assemblées locales qui mettent tout en œuvre pour peu à peu prendre en main les prérogatives des élus locaux : là encore, non à l’élection, non à la fausse démocratie, non aux représentants.

Remarques :

  • En ce qui concerne le vote blanc , il signifie plus que l’électeur n’est pas satisfait des candidats qu’on lui présente qu’une remise en question de l’élection elle-même. Il doit donc être rejeté. A vrai dire, il vaudrait mieux ne pas être inscrit sur les listes électorales du tout, afin de ne pas laisser seulement penser qu’on pourrait voter .
  • En ce qui concerne les partis à visées révolutionnaires / lutte des classes, tels LO et le NPA, auxquels on ne saurait reprocher de participer au cloaque décrit plus haut, on peut poser que, dans l’absolu, voter pour eux vaut mieux que de s’abstenir, et qu’un tel vote ne saurait être récupéré comme défense du système de la représentation. Cependant, pour des motifs qui sont leurs et qu’il n’y a pas lieu ici de discuter, ils avancent masqués, ne présentent pas de projet de société alternatif, clair et réaliste, susceptible d’éveiller le désir des masses, ni de programme de transition vers cette société, et passent donc pour d’inoffensifs et fantaisistes réformistes. C’est donc, dans les circonstances actuelles, un vote récupérable, un vote que le système peut faire valoir comme adhésion aux institutions de la démocratie représentative.
  • Mais s’abstenir, n’est-ce pas faire le jeu du FN ? Il est vrai que, en cas d’abstention massive, sortiront « gagnants » les partis qui peuvent mobiliser le plus grand nombre de sympathisants convaincus, et le FN est de ceux-là. Il faut cependant se souvenir du fait que le FN a été mis sur les rails par Mitterrand qui, mal assuré de sa réélection en 1988, eut le cynisme d’ordonner à la télévision d’inviter Le Pen père, alors inconnu, afin de créer de toute pièce un épouvantail contre lequel se présenter en héros (SOS Racisme fut l’autre volet de cette politique machiavélique). Depuis lors, le FN n’a cessé de croître, ce du fait des politiques infâmes menées par la droite comme par la gauche et de la désespérance des français qui en découle. Dans ces conditions, le « vote utile », c’est-à-dire un nouveau gouvernement Fillon / Macron / Hamon ne peut que nourrir toujours plus le FN et constitue donc une aberration : c’est la politique menée par les partis traditionnels et le MEDEF qui engendre et nourrit l’extrême droite, et voter pour ces partis constituerait le remède ?

La Graine



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