Certains sont tombés, d’autres pas : la lutte continue !

Strasbourg |

Plus à l’Est de Bure, en Alsace, du côté de Strasbourg, la lutte contre le projet d’autoroute à péage de Vinci, le projet de contournement Ouest de Strasbourg (GCO), a connu une quinzaine difficile : Vinci avait une autorisation préfectorale qui l’autorisait à déboiser des secteurs avant le 1er mars. Des arbres sont tombés, mais pas autant qu’il l’aurait voulu.

La quinzaine a été plutôt animée sur le terrain. Des arbres sont tombés à Ernolsheim/Bruche et Breuschwickersheim. La semaine passée, c’était plus au nord à Vendenheim. Mercredi, Arcos/Vinci, cette fois-ci avec des archéologues, étaient une nouvelle fois bloqué à l’entrée de la zad, comme un constat en cours pour motiver une action en justice prochaine de sa part contre les habitant.e.s de la zone, huissier à l’appui. Une semaine compliquée pour le mouvement d’opposition, mais il a fait face, autant sur la zad qu’ailleurs.


Oui, il y a des travaux en cours !

La multiplication des appels développés depuis quelques temps, fait réagir. « C’est bien », mais il faut aussi être « pédagogues à expliquer ce qui se passe sur le terrain et faire la distinction dans les travaux en cours », expliquent des habitants de la zad.
« Pour commencer, les travaux constatés : déplacement important de terres dans certaines zones comme à Vendenheim et Eckwersheim (nord de l’Eurométropole Strasbourg), sont liés aux fouilles archéologiques. 35 sites sur 47 sondés entre septembre 2016 et mars 2017, vont être fouillés. Les archéologues ont commencé leur campagne en janvier 2018. Elle devrait s’étaler jusqu’en juin, selon nos informations.
Ailleurs, comme à Duttlenheim, Hurtigheim ou encore à Kolbsheim, des travaux de déplacements et/ou de renforcements de réseaux (eau, gaz, électrique, ...) sont également en cours. Débuté en 2017, ce type de chantier va se multiplier sur les villages impactés par le GCO. Des travaux préparatoires qui vont se réaliser jusqu’en 2019. »


Oui, il y a des travaux, mais ils entrent dans ce qu’il appelle :
des « travaux préparatoires ».


Cette phase, autorisée par l’Etat sous certaines conditions (respect des zones de protection stricte, par exemple), ne préfigurent en rien des suites à donner concernant le projet. « C’est important de le souligner, parce qu’un certain nombre de retours que sont parfois alarmistes, voir défaitistes », rapportent des opposants. Depuis l’automne 2016, plusieurs confrontations ont eu lieu sur le terrain, notamment sur des chantiers de forage géotechnique. « Mais, ce type de chantier, ne constitue pas une menace immédiate, à l’inverse des déboisements. » disent les zadistes.


NON, Vinci n’a pas commencé les travaux du GCO !


Ce qui est important à retenir, c’est qu’« A CE JOUR, VINCI N’A PAS LES AUTORISATIONS POUR DEMARRER LE VERITABLE CHANTIER DU GCO ». Tout peut être encore arrêté. Il y a déjà eu des précédents : le projet de barrage de Sivens en 2015 par exemple, et où il aura fallu malheureusement un mort (RIP Rémi).


Déboisements :
« Oui, il y a eu des coupes ! »

Le 20 septembre 2017, un mouvement citoyen avait permis de bloquer une tentative de déboisement à Kolbsheim. Les zadistes, en veilleurs des lieux, avaient été à l’origine de l’alerte. Le 3 octobre, Nicolas Hulot et Elisabeth Borne, respectivement ministre de l’Ecologie et des Transports, suspendaient les travaux de déboisement.
Le 23 janvier 2018, l’État a prorogé la Demande d’utilité publique (DUP) jusqu’en 2026. A cette annonce, dans un communiqué, il indiquait donner un feu vert à Vinci et levait la suspension sur les travaux de déboisement. Un revirement d’Hulot qui avait pourtant indiqué en octobre 2017, s’en remettre à l’avis du CNPN. Un avis une deuxième fois négatif, rendu public le lendemain (24 janvier) et qui avait suscité de nombreuses réactions. « la moins mauvaise solution », avait-il dit au micro de France Bleu Alsace le 6 février dernier.


La suspension des travaux de déboisement levée,
il n’en fallait pas moins à Vinci pour se lancer dans l’opération.


Pour autant, quelques contraintes l’obligent d’attendre le 1er septembre 2018 pour toucher à un certain nombre de parcelles boisées située en zone de protection stricte, comme c’est le cas pour la forêt de Kolbsheim et Vendenheim. Quoiqu’il advienne, la mobilisation du 20 septembre 2017 a perturbé le planning des travaux d’Arcos.

Hors zone de protection stricte, les bosquets ont souffert. Un massacre à la tronçonneuse et pas que, puisqu’une broyeuse a même été engagée, le tout, orchestré par l’entreprise Holtzinger pour le compte d’Arcos/Vinci.
Dans sa précipitation, le concessionnaire c’est une nouvelle fois mit en illégalité, avant que la préfecture rectifie l’infraction en signant, le 20 février dernier, en urgence, un nouvel arrêté, remplaçant celui de 2017 périmé.
Depuis le démarrage des travaux préparatoires, Vinci n’est pas à ses premières entorses au regard de loi. En début du mois, dans le secteur de Duppigheim/Duttlenheim, sous la protection des gendarmes, le prestataire de service, l’entreprise Holtzinger, a coupé illégalement des arbres. Dénoncé, il a dû attendre le nouvel arrêté pour poursuivre et ça n’a pas traîné : le nouvel arrêté, à peine signé, tôt le lendemain (mercredi 21 février), des ouvriers de l’entreprise étaient à l’oeuvre à Vendenheim au niveau de l’échangeur de l’A4 et A35, dans un secteur difficile d’accès et toujours sous protection des gendarmes.

Lundi 26 février, en s’attaquant à un secteur proche de la ZAD, un nouveau flou est venu s’ajouter au cache-cache qui s’est opéré sur le terrain pour tenter de contourner l’opposition : le droit de propriété.

A ce jour, les titres de propriété n’ont pas été transférées à l’Etat. C’est-à-dire, qu’ils ne sont pas inscrits au livre foncier. Même exproprié, tant que cette opération administrative n’est pas effective, les propriétaires gardent la jouissance de leur terrain et sans leur accord, Vinci n’a pas le droit d’effectuer de travaux, arrêté préfectoral ou pas.



Mais pour Arcos, ce détail ne compte pas. C’est ce qui s’est produit sur les hauteurs de Breuschwickersheim, lundi après-midi, pendant qu’un groupe d’opposants surveillait un démarrage de coupe à l’arrêt à Ernolsheim/Bruche. Un témoignage d’une propriétaire impuissante à lire ici : « déboisement, l’horreur sur les hauteurs de Breuchwickersheim (2) ».


Un échec pour les zadistes et opposants anti-GCO ? Non !

Pour les zadistes, le sentiment d’impuissance doit être relatif tout en reconnaissant une carence dans la mobilisation. Ils s’en expliquent : « ne nous voilons pas la face : oui, il y a eu des coupes... et oui, il y a eu de l’impuissance et de la colère à ne pas pouvoir faire plus. Mais, parce qu’il y a un "mais". Sur le terrain, nous avons fait ce que nous avions à faire avec une carence à ne pas pouvoir faire plus, relative au manque de forces disponibles sur le terrain au fait de la multiplication des zones à couvrir qui s’étalent sur 24km. D’où notre appel à venir renforcer les défenses au travers de notre texte l’appel des bosquets. »

Pour les anti-GCO, « certes, des arbres sont tombés, mais d’autres sont restés débout » - avec un répit jusqu’au 1er septembre puisque l’arrêté signé le 20 février autorisait les coupes jusqu’au 1er mars. – Pour eux, la mobilisation, « même si elle n’a pas pu empêcher des coupes, a mobilisé de nombreuses forces de gendarmerie et a gêné, autant Vinci que l’entreprise chargée du massacre, de commettre d’autres actes ». Et de conclure : « ne jamais sous-estimer ce qu’un petit nombre d’individus peut faire. Il y a ce qui peut être vu et raconté, mais il y a aussi tout un autre travail moins visible du grand public qui n’est pas à négliger. »


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Camille,
Aux noms des camarades,
habitant.e.s de la zad du Moulin et militant.e.s anti-GCO

Texte source ici :
http://zaddumoulin.fr/certains-sont-tombes-dautres-pas-la-lutte-continue