Arcelor Mittal WIRE Commercy

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Arcelor Mittal WIRE Commercy
Arcelor Mittal VIRE sans merci


Une petite centaine de salarié·e·s sacrifiée, jeté·e·s à la rue, tels des citrons pressés, deux fois plus si l’on ajoute les emplois indirects que sont les intérimaires, la sous-traitance et les emplois induits (les emplois générés par les familles de celles et ceux qui faisaient tourner l’entreprise, du cadre supérieur au technicien de surface, vivant sur place et sans doute obligées d’aller chercher ailleurs de quoi subvenir à leurs besoins vitaux dans un monde où tout se vend).
Combien faudra-t-il encore de ces victimes sacrifiées sur l’autel du Dieu Pognon, d’humains jetés comme des objets obsolètes, arrivés au terme de l’obsolescence programmée ?
Jusqu’à quand allons-nous accepter d’être ramenés au rang d’un simple paramètre d’ajustement à fin d’assurer toujours plus de dividendes aux actionnaires avides de rentabilité ?
Qui sont-ils, eux et leurs compères politiques (1), moralistes de fêtes foraines pour avoir droit de vie ou de mort sociale sur nous ?

La très probable fermeture prochaine de l’usine de Commercy est un exemple tout à fait symptomatique du monde dans lequel nous vivons.

Nous subissons nos vies en déléguant nos destins à des politicards, en acceptant le joug d’exploitants qui nous jettent comme des Kleenex dès qu’ils nous jugent inutiles à leur business.
Ce n’est pas l’exemple du groupe Kingfisher (Castorama, Brico-Dépôt …) qui va démentir ces propos ; Ce groupe a décidé de délocaliser en Pologne ses services administratifs et donc licencier ses employé·e·s à défaut de les recaser dans les rayons de leurs magasins.

En leur demandant au passage, d’être « professionnels jusqu’au bout de leur contrat » en formant leurs remplaçant·e·s aux techniques administratives en vogue dans l’entreprise.
Comble du cynisme, vous en conviendrez !

Si on tente de faire une synthèse un tant soit peu réaliste de ces agissements, on ne peut qu’arriver à la conclusion suivante : nous sommes en face d’une bande de malfaiteurs organisés.
Et bien organisés, puisqu’ils ont dans leurs mains (et/ou à leurs services) tous les vecteurs de manipulations imaginables : banques, médias, gouvernants, forces de « l’ordre » etc.

Ces personnages sont nos ennemis ; ils ne nous veulent que du mal. Non pas du mal pour du mal, mais simplement parce que leurs intérêts sont fort différents des nôtres. Ils sont dans une logique de lutte des classes que nous leur avons abandonnée.
Pour exemple : Waren BUFFET (né le 30 août 1930) est un homme d’affaires américain. En 2017, Forbes estime sa fortune à 85,5 milliards de dollars américains et est donc en deuxième place du classement mondial des plus riches. Le 25 mai 2005, Warren Buffet déclare sur la chaîne de télévision CNN : « Il y a une guerre des classes, où ma classe gagne de plus en plus, alors qu’elle ne le devrait pas ». En effet, Warren Buffet affirme à l’occasion que les riches ne se sont jamais aussi bien portés et qu’il serait ainsi judicieux d’augmenter les taxes les concernant. Il déclarait aussi : « il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ».
Lakshmi MITTAL (patron d’ARCELOR-MITTAL) a multiplié sa fortune par 3 en 6 ans (40 Milliards de dollars) grâce notamment à sa mainmise sur ARCELOR en 2006. Le mariage de sa fille avec Amit Bhatia au château de Vaux-le-Vicomte et au château de Versailles est le plus coûteux de tous les temps (55 millions d’euros, soit l’équivalent de 3 800 années de salaires pour un smicard).
Bernard ARNAULT, est propriétaire du groupe de luxe LVMH, dont il est le président-directeur général. Il est à la tête, entre autres, du Groupe Arnault et du holding Christian Dior. Avec des actifs évalués à 72,2 milliards de dollars américains (2) en 2017 (+60 % vs 2016), Bernard Arnault, la première fortune de France, est passé de la 11e à la 4e place des plus grandes fortunes mondiales selon le magazine Forbes.
Ces gens-là avancent, ont des plans bien établis, des objectifs bien définis.
Ils avancent sur l’échiquier, véritable espace de jeu pour eux. Le terrain qu’on perd à chacune de nos reculades est investi par eux. Ils avancent leurs pions sur des cases laissées vacantes par nos replis qui n’ont rien de stratégiques en comparaison de leurs attaques. La « novlangue » avec laquelle ils nous endorment, le « partenariat social (3) » derrière lequel ils s’abritent est un bouclier plus efficace encore que ceux derrière lesquels se cachent les gendarmes mobiles entièrement dévoués à leurs causes pour réprimer toute tentative de manifestation contre leurs projets aussi inutiles que dangereux et mortifères.

Ils avancent, on recule (voir les lois « travail », les projets de lois pour détruire les services publics, le recul de l’âge de départ en retraite, la réduction drastique des indemnités de chômage dans leurs montants comme dans leur durée (4) etc., etc. …)
Ils avancent, structurés, avec un objectif, mais ils avancent.
Et nous, on recule, de manière désordonnée, mais on recule.

Un espoir, maigre, mais un espoir quand même :
Une boîte qui ferme, chez nous ou ailleurs, c’est 1 , 50 , 100 , 200 , 500 personnes ou plus sur le sable.

Un jour, il y en aura un de trop…

Il serait quand-même bien que la révolte tant attendue soit suivie d’une véritable révolution qui ne soit pas récupérée par nos ennemis ; gageons que ces derniers ont quelques jokers en poche …

SODÉTAL Tronville hier, ARCELOR-MITTAL-WIRE Commercy aujourd’hui !
Nous ne paierons pas moins cher les produits fabriqués jusqu’alors localement, mais les marges dégagées par les délocalisations seront assurément plus élevées !

Ce n’est pas CIGÉO à BURE et sa poubelle atomique, CMI, la plateforme LMC à VOID et leurs industries mortifères, avec leurs milliards de subventions qui vont sauver notre territoire de la désertification. Nos politiques seraient-ils à ce point clairvoyants qu’ils projettent de fermer nos maternités, ou simplement complices de ces fossoyeurs ?
Le système capitaliste dont nous payons cash les pires exactions, nous impose un train de vie TGV qui ne laisse que très peu de temps pour nous poser des questions existentielles. Après une journée bien remplie de salarié.e, mère/père de famille, même en supposant ne pas subir le conditionnement télévisuel bien huilé (temps de cerveau disponible selon Patrick Le Lay, PDG de TF1 en 2004), comment ne pas sombrer dans le défaitisme ou le pessimisme ambiant ?

Évidemment en relevant la tête, en s’affichant des êtres humains pleins de dignité, refusant le fait accompli, refusant l’affirmation scandée qu’aucune autre alternative n’est possible, comme l’a martelé Margaret Thatcher en 1980, reprise par Macron aujourd’hui et relayé par les entreprises du CAC40. Ils n’ont pas les mêmes affinités que nous, et pour cause : leur seul objectif est d’exploiter notre force de travail au moindre coût. C’est-à-dire : chercher toujours plus l’endroit, le pays, le secteur où la loi leur permet de tirer toujours plus de bénéfices. Au détriment de nos vies, de nos lieux de vie.

La lutte des classes, c’est la lutte de l’exploité contre l’exploitant (ou le contraire), ce n’est pas la lutte d’exploités (publics ou privés) contre d’autres exploités (privés ou publics), comme on voudrait nous faire croire. Ni même l’exploité « français » contre l’exploité « étranger ». Nous avons tous le même exploiteur ! L’exploiteur se joue des frontières. Et des statuts, qu’il s’ingénie à faire disparaître les uns après les autres aidé en cela par nos gouvernants qui, leurs mandats terminés entrent bien souvent dans les affaires en se frayant une place de choix suite aux bons services rendus.

(1) Les politiques ici cités sont nos « représentants », celles et ceux que nous avons amenés au pouvoir au nom d’une pseudo démocratie représentative. Présidents de la République, députés, sénateurs, conseillers régionaux ou maires de villes (moyennes ou grandes). Ils ne sont là que par nos suffrages directs ou indirects, ne représentant souvent que moins de 15 à 20 % des électeurs inscrits, jouant avec leurs mandats, et avec nous, comme bon leur semble, au gré de leur humeur et ambition du moment, faisant souvent le contraire de ce pour quoi ils ont été élus.

(2) 72,2 Milliards de dollars, soit 58,6 Milliards d’euros, chiffre astronomique dont nous avons de la peine à relativiser le montant, tellement il est sans rapport avec ce que nous connaissons dans nos existences ; 58 Milliards d’euros, c’est l’équivalent de :
586 000 maisons à 100 000 €
ou le salaire de plus de 100 000 smicards sur toute leur carrière
ou 305 000 € de prime pour chaque Meusien
ou encore plus de 13 fois le déficit de la sécurité sociale en 2017, qu’on nous présente comme abyssal !

La fraude et l’évasion fiscale, c’est 80 Mds d’€ de pertes par an pour le budget de l’état, soit plus que les recettes recouvrées par l’Impôt sur le Revenu (source DGFIP).

(3) Les syndicats ne jouent plus leur rôle, se prétendant pour la plupart « partenaires sociaux » de nos, de leurs exécuteurs, ne défendent plus les intérêts des salariés qu’ils sont censés protéger. Tout juste réclament-ils quelques miettes contre leurs arrêts de mort sociale, laissant (voire l’accompagnant pour certains) le MEDEF détricoter le code du travail en acceptant un recul social de plus d’un siècle.

(4) Comment ne pas comprendre que le projet de loi sur le contrôle des chômeurs n’est qu’une mesure supplémentaire pour nous asservir toujours plus au système d’exploitation par le travail, dont le nombre d’emplois fond aussi sûrement que l’Arctique ou l’Antarctique, une manière de culpabiliser le sans emploi qui serait un « assisté » alors que, quoi qu’il arrive, quoi qu’il se décide dans les hautes sphères, il n’y a plus, il n’y aura plus d’emplois pour tout le monde ? L’assisté, le parasite serait celle ou celui auquel on condescend à octroyer une somme de 400 ou 500 € mensuels pour survivre ou celui qui engrange des bénéfices et amasse une fortune de plusieurs dizaines de milliards d’euros qu’il ne pourra jamais dépenser et avec laquelle il se barre en fermant l’entreprise ?

Lakshmi MITTAL, racketteur patenté, roi de l’acier mondial et de l’évasion fiscale, qui ne fait que vendre ou acheter des entreprises au gré de leurs rapports financiers au profit des actionnaires (dont lui-même !) qui empochent la quasi totalité des bénéfices dégagés par celles-ci, sans payer d’impôts dans les pays qu’ils pillent sans vergogne.

Ne supportons plus l’insupportable !
Nous ne sommes ni des KLEENEX, ni des citrons ! Tout simplement !


INTERVIEW DES CAMARADES D’ARCELOR COMMERCY
15 MARS 2018

La Graine a rencontré deux membres de la CGT WIRE COMMERCY (GROUPE ARCELOR) dont l’usine est menacée de fermeture à court terme si aucun repreneur ne se fait connaître.

La Graine : quelle est la situation actuelle de l’usine de Commercy ?

D. et J. (ouvriers à Wire Commercy) : Nous étions 800 dans les années 70, nous ne sommes plus à ce jour que 77 salariés et une quinzaine d’intérimaires. Nous sommes clairement menacés de fermeture.
Une commission de suivi a été mise en place. Avec un mandataire privé pour suivre le dossier. Si aucun repreneur n’est trouvé d’ici à fin juin, c’est la fermeture assurée. La phase 1 pour eux, c’est d’essayer de trouver un repreneur dans notre corps de métier, la tréfilerie, et ça c’est jusqu’à fin mars.
La phase 2, de mars à juin, c’est un repreneur pour n’importe quel métier, juste pour réindustrialiser le site.
Fin juin, si personne ne s’est manifesté eh bien ce sera le plan social hélas. Idem pour le site de Ste Colombes, menacé au même titre que Commercy

LG : Pensez-vous que cela soit logique ?
D et J : Non c’est inacceptable. Le groupe Arcelor a gagné 4 milliards en 2017. Le fils Mittal se dit confiant sur la relance en Europe. Si cette tendance perdure, on pense que le groupe va renouer avec les bénéfices d’avant crise. Il est vrai que le site de Commercy subit des pertes conjoncturelles mais c’est honteux de nous laisser tomber comme ça. S’ils voulaient se débarrasser de la filière tréfilerie, ils ne s’y prendraient pas autrement.

LG : A quoi sont dues les difficultés du site de Commercy ?
D et J : Essentiellement à une mauvaise gestion. Premièrement, on ne nous a pas écoutés, nous les salariés, alors que nous avons régulièrement alerté sur la pyramide des âges : ils ont laissé filer le savoir-faire. Les vraies embauches ont été gelées. Ils n’ont pas remplacé les départs en retraite. Les intérimaires ici sont formés sur le tas, il n’y a pas d’école pour apprendre notre métier. Et une fois formés, on les renvoie. C’est stupide.
D’autre part, l’investissement réalisé en 2012 (15 millions d’€) a été complétement loupé, malgré les promesses de la boîte avec leur fameux objectif de 100 000 tonnes de fil produit. Aujourd’hui, que nous reste-t-il de tout cela, que de pauvres tee-shirts à l’effigie “cap 100 000 T”. Mais ils ont essentiellement cherché à tirer les prix, ce qui a joué sur la qualité et le résultat on le connaît aujourd’hui. On se demande si ce sont des industriels qui nous dirigent ou juste des financiers déconnectés de la réalité.

“Les gens qu’on a en face de nous maintenant, c’est des jeunes loups, ils ne nous respectent plus, ils ne nous écoutent plus”

LG : Ça pourrait redémarrer ?

D et J : Si Mittal voulait, il n’y aurait pas de problème. Un investissement judicieux, intelligent, fait en concertation avec nous, une meilleure gestion, un souci de conserver notre savoir-faire auquel nous tenons tant. Et on ferait du bon travail. Et rentable. Mais leur souci c’est de faire des économies, plan de départs volontaires dans les bureaux, regroupement des adjoints de vente (ADV) pour supprimer des postes etc. Ils s’en foutent des salariés de Commercy.

LG : Que comptez-vous faire ? Des actions sont-elles prévues ?

D et J : Les salariés sont prêts à débrayer et à crier leur colère. La direction nous dit de ne surtout pas bouger pour ne pas décourager les investisseurs éventuels mais c’est n’importe quoi : si on bouge c’est bien parce qu’on veut continuer à travailler, ce n’est pas pour le plaisir de foutre le bordel. Nous sommes certains que ce ne sont pas des débrayages ou des actions qui feront fuir les repreneurs.
Nous avons d’ores et déjà interpellé le sous-préfet et tous les élus locaux qui disent tous nous soutenir. Désormais ils sont d’ailleurs invités dans la fameuse commission de suivi ce qui n’était pas le cas avant. Un petit espoir demeure donc. A nous de maintenir la pression sur la direction générale.
Nous avons fait récemment une première action/débrayage devant l’usine, quasiment tout le monde est sorti et la production a chuté ce jour-là de 100t à 25t. Nous avons donc encore un moyen de pression.
La prochaine fois, nous envisageons de demander le soutien de la population de Commercy, ainsi que des commerçants car ce n’est pas seulement notre usine, c’est celle de toutes et tous. Si on ferme, cela aura un impact sur tout le monde, administrations, commerces, artisanat local, etc. On fait travailler des sous-traitants aussi (conditionnements consommables, etc..) Un emploi industriel de supprimé, c’est en fait 3 emplois de perdus.

Notre dernière carte c’est celle-là, celle de la mobilisation. Si Mittal veut conserver le semblant d’image positive qui lui reste en Lorraine, il ne doit pas nous laisser tomber. On va tout faire pour en tout cas.
Et on aura besoin de tout le monde !