À la revoyotte le Miche !

Nancy |

Avril 2017. Mois pourri pour le mouvement social à Nancy, mois exécrable pour les luttes, mois douloureux pour la résistance au capitalisme et au fascisme, mois de souffrances pour nous, amis, camarades, militants aux convictions communes… derrière les militants, il y a des êtres humains !

Quinze jours avant Jihel, Michel Cuny dit Lemiche a déposé banderoles et drapeaux. Il a coupé le micro de sa sono. Il a quitté le volant du vieux camion jaune de Sud Solidaires, qui polluait les rues de Nancy à chaque manif. Ne rechignant à aucune tâche de la vie militante, Lemiche n’était pas qu’un colleur d’affiches, qu’un rédacteur-imprimeur-diffuseur de tracts, qu’un redouté négociateur, qu’un habile conducteur de camion jaune, c’était un engagé, un enragé à lutter contre toutes les formes d’injustices, comme le rappelle cet extrait de l’intervention d’Annick Coupé, secrétaire générale de la fédération Sud PTT de 1989 à 1999 et porte-parole de Solidaires de 2002 à 2014.

Fin de l’année 1988 : des turbulences fortes agitent la CFDT, notamment aux PTT (administration des postes et télécom de l’époque). À Paris, plusieurs centaines de militants et militantes sont exclus de ce syndicat pour soutien aux luttes et désaccord avec la stratégie de la direction nationale. Nous nous organisons alors pour maintenir un outil syndical. Très vite, quelques militants de plusieurs villes nous contactent et décident de nous rejoindre. Lemiche sera de ceux-là.

Notre motivation : faire vivre un syndicalisme de défense des salariés au quotidien et de transformation sociale, faire vivre la solidarité ouvrière et la solidarité en général dans la société, défendre les services publics comme élément de justice sociale et d’égalité, notamment pour les plus défavorisés. Depuis presque 30 ans, Lemiche a construit Sud PTT, y prenant des responsabilités, tout en ayant le souci d’être toujours en lien avec tous les salariés, avec “la base”…

Homme de convictions, il savait manier l’humour pour déstabiliser les patrons et avait l’imagination débordante pour mobiliser ses collègues. Il répondra présent aux côtés des chômeurs et précaires, il s’engagera auprès des sans-logis ou des familles mal-logées en participant à la construction du DAL. Il participera à de nombreuses actions (souvent illégales toujours légitimes) pour défendre les droits de ceux et celles que la violence du système rejette sur les bas-côtés… Lemiche, c’était quelqu’un de chaleureux et généreux.

Aussi généreux aujourd’hui, un soleil printanier s’évertue à réchauffer mon cœur qui saigne alors que je feuillette le recueil de tous les témoignages reçus. Signe rassurant de confiance en l’avenir ? À la dernière page, la photo de la nouvelle camionnette jaune qui est sortie ce 1er mai pour la première fois. Sur le pare-brise, les camarades ont fixé la photo du Miche. Je souris quand je lis la formule de Lavoisier que tu affectionnais et que ton fils Théo a mentionnée sur sa carte de remerciements : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »… et la lutte continue !

Léon de Ryel

Article paru dans RésisteR ! #49, le 20 mai 2017