4 mars : mobilisation pour l’appel du « procès des grilles de l’Andra »

Nancy (54) |

Article publié à l’origine sur bureburebure.info.

Il y a quatre ans, quasiment jour pour jour, le 18 février 2017, une foule de quatre ou cinq cents personnes fondait chaotiquement sur le « laboratoire » de l’Andra à Bure. La manifestation était partie du bois Lejuc, joyeuse, trépidante. On était venu – parfois de loin – pour défendre en plein coeur de l’hiver l’occupation de la forêt, pour s’opposer encore une fois à cette lubie aussi bête que dangereuse d’enfouir ici les pires déchets du nucléaire. Celles et ceux qui y étaient en conservent encore le souvenir ému et dans l’oreille les chants en soutien aux saboteur.euse.s, la voix hilare dans le mégaphone, le bruit des cailloux frappés en rythme contre les glissières de sécurité. On était sur la route, en contre bas du rond point, on était dans le champ face à l’écothèque, on était face aux flics en armure, face aux grilles, on était tou.te.s ensemble et puis, les grilles sont tombées, les unes après les autres, trouées, découpées, jetées à terre, rendues inutiles et plates, soudain presque belles.

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On savait bien que ce carnaval ne serait pas du goût de tout le monde et c’est Loïc, arrêté à l’issue du sabotage, une pince coupe-boulon à la main, qui devait en faire les frais. Inculpé pour participation masquée à un attroupement, dégradation ou destruction des grilles et rébellion, il était jugé au tribunal de Bar-le-Duc, le 6 juin 2017. Seule personne interpelée, il se voyait imputé la totalité des dégâts et l’Andra lui réclamer la somme de 45000 euros. À la barre, notre ami choisissait d’assumer ses actes, de les revendiquer et d’en expliquer longuement, non sans humour, le caractère éminemment légitime (lire le texte complet du procès ici) :

« LE JUGE – Est-ce que vous reconnaissez que vous avez tenté de vous soustraire ?
L. – Vous auriez fait quoi à ma place ?
LE JUGE – C’est à vous que je pose la question.
L. – C’était tout simplement pour éviter de se faire arrêter, comme n’importe qui le ferait, après avoir découpé un grillage. Si je pouvais bénéficier de la même impunité que ceux qui détruisent une forêt, je pense que je me serais laissé faire. »

Tandis que la procureur de la République – non sans amertume – réclamait dix mois d’emprisonnement dont cinq mois fermes, le juge – ému ? touché ? soudainement frappé de lucidité quant à l’ignominie de sa fonction ? – prononçait une relaxe pour les faits de rébellion, une condamnation à 4 mois de prison avec sursis et 500 euros de dommages. Trop peu pour l’État nucléaire qui entendait laver mieux que ça son affront et faisait immédiatement appel de cette décision. Longtemps, le dossier a semblé s’être perdu dans les méandres judiciaires, oublié au milieu des autres affaires visant les opposant.e.s à Cigéo, dizaines de procès, milliers de pages, interdictions de territoire et autres associations de malfaiteurs.

Le voilà donc qui ressurgit : Loïc sera re-jugé devant la cour d’appel de Nancy le jeudi 4 mars prochain à 13h30.

S’il a longtemps été retardé par l’opposition, l’occupation sur le terrain, les recours juridiques – et la propre incompétence de l’Andra – le projet d’enfouissement se trouve désormais à une étape charnière de sa réalisation (la DUP, Demande d’utilité publique). Pourtant, les années n’ont fait que confirmer nos craintes : enfouir n’est pas seulement une aberration, c’est une fuite en avant et personne, ni à l’Andra, ni aux gouvernements, ni dans les instances de « sûreté du nucléaire » n’a la moindre idée sérieuse de comment les choses tourneront. Il est urgent de s’opposer à Cigéo. Il est plus légitime que jamais de s’en prendre aux infrastructures qui oeuvrent à sa réalisation et de soutenir celles et ceux qui le font. Si la justice choisit aujourd’hui de rappeler à notre souvenir le sabotage collectif du 18 février 2017, il serait de bon goût de lui montrer que nous ne l’avons pas oublié. Et pire, qu’il continue de nous inspirer.

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C’est pourquoi nous appelons à nous rassembler, aussi nombreux.ses que possible, devant la cour d’appel de Nancy (place de la Carrière), jeudi 4 mars à partir de midi. Ce moment de solidarité est important pour nous retrouver et assumer collectivement les gestes qui ont été portés il y a quatre ans et pèsent désormais sur un seul inculpé – qui compte tenu de l’acharnement judiciaire contre lui depuis plusieurs années, risque gros.

Il y aura à manger, à boire, à lire, à discuter, à chanter. N’hésitez pas à venir avec vos propres idées, vos envies de mobilisation.

Pour que tombent tant et tant d’autres grilles et que s’effondrent les « labos » !

contact : soutienloic@riseup.net


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