Vous avez bien dit 373 ?

Nancy |

Encore un projet pharaonique dans la métropole du Grand Nancy ! Encore un ! Un projet lourd de conséquences, destructeur et astronomiquement coûteux. L’enquête d’utilité publique s’est terminée fin septembre. De nombreux angles d’accroche y ont été abordés.

Du béton, du béton et encore du béton. Tout est bradé sans cesse aux promoteurs. Après l’essai de braderie de l’annexe de la MJC des Trois Maisons et de l’espace des jardins partagés, après Nancy Thermal, après le château de Remicourt… eh bien on va s’attaquer à l’autre versant, côté « jardin » (jardin botanique, campus sciences) pour mettre en œuvre un autre projet diabolique. Mais regardons un peu trois ans en arrière.

Il n’y a plus d’auberge de jeunesse dans la métropole. Le saviez-vous ? Et pourquoi ?

Eh bien, le château de Remicourt, restauré grâce aux contribuables, qui hébergeait cette auberge de jeunesse, a été vendu à des promoteurs, dans le plus grand secret. S’appuyant sur une ambiguïté de taille, il fut particulièrement aisé de brader le château de Remicourt, le terrain de l’ancienne école de plein air et autres terrains, le tout sur le territoire de Nancy.

Pas d’opposition ? Pas de résistance ? Pas de collectif de défense ? Et non !

D’ailleurs, qui aurait bien pu s’y opposer ? Les voyageurs de passage de l’auberge de jeunesse ? Ou les voisins qui sont des habitants de Villers de part et d’autre du parc de Remicourt, alors que ce dernier est propriété de la ville de Nancy ? Embrouille parfaite ! On est à Villers-lès-Nancy, on entre dans le parc de Remicourt : on est à Nancy. On ressort du parc de Remicourt, on est à nouveau à Villers-lès-Nancy. Très difficile dans ces conditions de construire une quelconque résistance.

L’accès principal du parc de Remicourt, avec ses parkings, a été condamné depuis la « secrète braderie » (2016 ?) et pour se rendre dans le parc, pour Monsieur et Madame Tout le monde, aujourd’hui, c’est vraiment bien compliqué. Demandez aux élèves du lycée Stanislas, ce qu’ils en pensent !

Le parc de Remicourt a été éventré, pour laisser place au béton, pour construire un village sénior de luxe, les promoteurs promettant une vie de château, eh oui, mais pas à la portée de n’importe quelles bourses ! Pas des bourses de manants, sacrebleu !

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Et comme si cela ne suffisait pas dans le monstrueux, après s’être activée à déposséder les Nancéiens de leurs espaces populaires, du château de Remicourt, de leurs piscines… (dans le complexe thermal futur promis, l’entrée sera à 16 euros, une fois de plus, ce ne sera pas à la portée des manants, évidemment !), la métropole du Grand Nancy côté jardin se lance dans un énième projet pharaonique, cette fois-ci, la construction pour le futur tram d’un viaduc de 330 m sur 15 m de large, à 15 m de hauteur, qui ne va même pas répondre aux besoins, qui vont aller s’amplifiant, du technopôle de Brabois !

Ce viaduc, ce sera 15 m de large, dont 3 m incompressibles de piste cyclable, qui sera utilisée par qui ? Depuis quand un cycliste prend-il le plus long chemin pour aller d’un point A à un point B ?

3 m de piste cyclable sur 330 m. Ce qui fait : 330 m x 3 m = 990 m2, tout ceci perché à 15 m de haut, je vous laisse calculer le volume de béton ! Et tout cela pour rien, puisque les cyclistes feront difficilement le choix d’emprunter ce détour !

On nous dit que ce viaduc est justifié par la présence d’un très grand nombre d’étudiants, de lycéens, d’enseignants sur cette partie du parcours. D’accord, mais alors ! Pendant les vacances ? Les trams vont-ils continuer de se succéder toutes les 5 minutes, nuit et jour, complètement vides ? On marche sur la tête !

Pour réaliser ce projet invraisemblable, 373 arbres devront être abattus. Certains ont 50 ans d’âge et d’autres bien plus encore. 373 arbres, c’est un chiffre, nom d’une pipe ! En ces temps de réchauffement climatique et d’épisodes répétés de canicule, se priver de ces fabricants de fraîcheur et d’épurateurs d’air, ce serait vraiment pure folie ! J’ai du mal à imaginer un Nancy, actuellement régulièrement en état de fournaise répétée – place Simone-Veil, place Charles-III, vous ne tenez pas 10 minutes, car vous n’avez pas grand-chose pour vous mettre à l’abri –, avec cette future amputation de 373 arbres. Les platanes de la place Maginot, par exemple, seront-ils condamnés, quel âge ont-ils, pour être si grands ? Les arbres sont les poumons de la ville, ils sont de précieux contributeurs à un air plus respirable ? On nous assure que d’autres arbres seront plantés, après ce massacre à la tronçonneuse mais le jour où on pourra à nouveau bénéficier de leur ombrage, de leur fraîcheur et de leur oxygène, n’est pas dans un futur proche, et je doute que beaucoup de ma génération n’aient l’occasion de vivre ce moment béni.

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Et pendant ce temps-là, à grand renfort de papier glacé, en plus de culpabiliser le citoyen lambda, on nous mitraille de grandes vérités. Comme vous pourrez le lire, nos décideurs ne sont pas à une contradiction près.

Dans Nancy Mag 11, par exemple, où il est écrit ceci dans le hors-série :

« Nancy 2030, ce qui attend Nancy si nous n’agissons pas

Le constat est sans appel : au rythme actuel et si rien n’est fait, les températures à Nancy augmenteront autant, dans les dix années à venir qu’au cours des cent quarante dernières. Les conséquences d’une telle évolution du climat sur notre santé et notre cadre de vie… seront bien concrètes. Les envisager, c’est en mesurer le danger, préalable indispensable à l’action. Le réchauffement climatique impacte les milieux naturels, érodant un peu plus chaque jour la biodiversité. Responsable de l’extinction en quarante ans de 80 % des insectes et de 52 % des animaux sauvages présents en France, il fait, dans le même temps, le lit de nuisibles et d’espèces allergisantes… »

Comme vous avez pu le lire, je n’invente rien, à cette problématique de canicules répétées, la métropole du Grand Nancy répond par encore plus de béton et par l’abattage de 373 arbres, cherchez l’erreur ! La vie à Nancy (et environs), privée de ses 373 arbres, privée de piscine découverte, avec son béton omniprésent sera de plus en plus desséchante et invivable durant les périodes estivales.

Je suis surprise que M. Rossinot, en tant que spécialiste ORL, soit favorable à un tel massacre, certes, il aura encore moins la chance que moi de vivre ce jour béni, où les futurs arbres offriront une ombre digne de ce nom, mais tout de même, s’il est cohérent avec l’amour qu’il portait à son métier, solidaire avec ses collègues pneumologues, il ne peut pas laisser en héritage, un fiasco pareil ! Un air de plus en plus irrespirable ! Non, pas lui !

Ces arbres sont aussi l’hôtel de ce qui nous reste comme espèces vivantes rescapées. En détruisant tous ces arbres, on détruira aussi toute biodiversité, chère à nous tous, décideurs, y compris, non ? Avant que les arbres ne soient replantés, les espèces habitant les arbres actuels auront disparu.

Alors, pitié pas de destruction massive de la vie ! Au lieu de promettre des murs végétalisés pour se protéger de la canicule, évitons de tailler notre capital existant, évitons de raser ces 373 arbres.

Martine

Article paru dans RésisteR ! #65, le 7 novembre 2019