Pourquoi y a t-il si peu de monde aux manifestations ? Appel à sortir des facs



Alors que le mouvement contre la sélection semble prendre son envol et que les occupations battent leur plein, il semble que ce mouvement ne pèse pas encore assez dans le rapport de force général. Voici quelques propositions d’ancien·ne·s étudiant·e·s ayant vécu le mouvement contre le CPE.

Ces derniers temps, on a vu fleurir les occupations dans les universités. Cette solution qui s’est présentée à beaucoup comme naturelle et évidente est en fait relativement nouvelle.

En effet, si certaines occupations ont eu lieu durant les mouvements contre le CPE et les LRU, la solution privilégiée de l’époque était plutôt le blocage au petit matin. Durant ces mouvements, peu de facs ont été occupées de façon permanente, ce fut pourtant le cas à Metz et Nancy. L’occupation s’avérait souvent beaucoup plus énergivore que d’autres modes d’action. Il est en effet difficile d’organiser l’occupation et l’offensive à l’extérieur. De plus, les présidents de fac cherchaient régulièrement à fermer les facs afin de ne pas permettre à d’autres étudiant·e·s de rentrer dans la danse et prenaient ces occupations comme prétexte pour nous envoyer les flics. Ce prétexte est encore utilisé. Il est beaucoup plus facile pour nous de mobiliser les étudiant·e·s au matin, de faire une AG et de foncer tou·te·s ensemble en action directe ou en manif.

Toujours est-il que le mouvement étudiant d’aujourd’hui semble se retrouver dans ces occupations. Ne boudons pas notre plaisir : ces occupations sont incroyablement riches en rencontres, en discussions, en élaboration collective. On y fait la fête, on y fait l’amour, on rigole bien. Bravo ! C’est pour des moments de vie comme ça qu’on a aussi commencé à s’engager et à lutter au sein de nos facs. C’est aussi pour ça qu’on a continué et qu’on espère continuer encore un moment !

Des occupations, oui mais pourquoi ?

Néanmoins, nous sommes un certain nombre d’ancien·ne·s du mouvement contre le CPE à ressentir une certaine gêne devant ces occupations qui fleurissent car elles semblent parfois des espaces relativement inoffensifs politiquement. Les étudiant·e·s mobilisé·e·s au sens large restent ensemble, ça discute mais ça peine à s’organiser collectivement pour intervenir dans les luttes à l’extérieur.
Comment expliquer qu’alors que la ZAD est sur toutes les lèvres aux AGs étudiantes, il y ait si peu de monde au rassemblement nancéien de la semaine ? Comment expliquer aussi qu’aucun tract ne soit distribué durant ces rassemblements ? Pourquoi très peu de banderoles fleurissent ?

Plus inquiétant encore, on peut noter le faible nombre de personnes à la manifestation du 14 pourtant consacrée à la lutte contre la loi Vidal. Entre 30 et 50 étudiant·e·s au départ devant l’université populaire du sapin, c’est peu au vu du nombre de personnes en AGs… Cela nous pose d’autant plus question, qu’au même moment, le campus occupé est encore bien habité.

On a beaucoup vu se constituer des « programmes alternatifs » de fac. L’idée peut sembler intéressante mais là encore, elle semble enfermer l’action politique dans l’institution de l’université, alors qu’il faudrait en sortir. Destituer l’université oui, mais du coup pourquoi y rester et se réclamer étudiant·e ?

Il est pourtant clair que l’occupation en soi ne peut suffire à créer un rapport de force suffisant pour faire reculer le gouvernement.

Parce que pendant qu’on passe du temps dans les amphis à s’intéresser à divers sujets théoriques, la société continue de tourner à plein régime. Les cheminot·e·s se font toujours trasher par BFM, les caissier·e·s se font toujours harceler par leur patron, les balayeur·se·s balaient toujours, les postier·e·s en lutte sont toujours trop isolé·e·s, les profs du 93 toujours confronté·e·s à la misère et au manque de moyens, les personnes sans-papiers se font expulser et les bourgeois·e·s s’engraissent tranquillement.

Des propositions, s’ouvrir et passer à l’action !

Des mouvements efficaces comme la lutte contre le CPE en 2006 ont « gagné » parce qu’ils ont assumé un affrontement avec l’État. Affrontement physique d’abord. Pas dans toutes les villes certes, mais le CPE c’est des centaines d’arrestations, des manifestations massives qui dégénèrent bien comme il faut…

Cet affrontement physique était surtout la conséquence d’un affrontement politique, qui a été mené tambour battant. Les semaines du CPE c’était : une manif le mardi, une manif le jeudi, une action le mercredi et parfois une action ou manif le samedi. Et sans compter les extras (Comité d’accueil à Pont-à-Mousson contre la venue de Laurence Parisot, présidente du MEDEF de l’époque par exemple). Autant d’actions possibles du fait de la grève des facs. Autant d’actions possibles aujourd’hui.

Ainsi, il serait possible de peser beaucoup plus sur le gouvernement et rendre la lutte plus massive et donc plus radicale. Voici quelques propositions pratiques :

  • Occuper des gares en solidarité avec les cheminot·e·s. Les cheminot·e·s n’ont pas les moyens de se mobiliser en dehors de leur temps de grève. Par contre il est possible pour des soutiens de venir perturber le train train quotidien des gares. Envahissement de voies, distributions de tracts d’usager·e·s solidaires, lancés de confettis… Tout est possible !
  • Cibler des pôles emploi. De toute façon Parcoursup ça a pour but d’envoyer des milliers de jeunes au chomdu alors autant y aller direct !
  • Aller occuper des postes en solidarité avec les grévistes de la Poste. Là encore faire vivre la convergence dont tout le monde parle.
  • Aller distribuer des tracts dans les marchés, dans les manifs, dans les centres commerciaux.
  • Faire des affiches toutes plus belles les unes que les autres, des stickers qui claquent, et en recouvrir la ville
  • Faire un atelier slogans pour tout·e·s celles et ceux qui en ont marre d’entendre les même chants dans le cortège de tête depuis 2 ans !
  • Aller occuper les sièges de partis, les conseils généraux, les mairies !
  • Occuper les médias locaux, qui nous pourrissent la gueule depuis trop longtemps ! Ça a été fait pendant la loi Travail.
  • Écrire des textes sur le pourquoi du mouvement, sur nos envies, sur pourquoi on est là tou·te·s ensemble.

Bref, faire vivre politiquement un mouvement déjà bien vivant ! La grève peut nous changer radicalement. Elle peut changer ce que nous sommes et la manière dont nous voyons la vie. Profitons-en et vivons-la à 100 à l’heure !

Paroles de vieilles et de vieux, des occasions comme ça il y en a pas 50, foncez les ami·e·s !

Adaptation (féminisée) du texte paru sur Paris-luttes



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