Notre-Dame-des-Landes et réformes Macron : la privatisation de l’avenir !



Ce lundi 9 avril le gouvernement annonce l’évacuation de la Zone à Défendre de Notre-Dame-des-Landes, un mois et demi après celle du Bois Lejuc à Bure, et ce alors qu’un train monstrueux de réformes s’en prend brutalement aux avocats, cheminots, étudiants, fonctionnaires et plus largement à toute la société.

Le 5 mai François Ruffin appelle à une journée nationale de mobilisation contre Macron, le 19 avril c’est la CGT qui appelle à manifester, Force ouvrière et la CFDT refusent à nouveau de manifester quant à eux, la coordination nationale étudiante appelle à se mobiliser le 10 avril, les avocats appellent à une journée de mobilisation le 11 avril, le 9 avril c’est SUD-rail qui appelle à une marche sur l’assemblée nationale ...

Difficile de paraître plus divisé.e.s et inaptes à converger alors qu’on utilise à tout va le terme de convergence des luttes. Mais le propos ici n’est pas de dresser un énième constat déprimé et fataliste d’une sévère désorganisation de la contestation sociale, mais plutôt d’appeler à ne pas oublier les solidarités les plus fondamentales.

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Demain 9 avril, le gouvernement Macron a annoncé à une vaste opération militaire (difficile d’y voir autre chose quand des blindés ont d’ores et déjà pris position ce dimanche autour de Notre-Dame-des-Landes) d’évacuation de la ZAD. Que ce soit tout ou partie, c’est dans tous les cas la ZAD, dans sa totalité hétéroclite, qui est attaquée et sera détruite si elle est amputée. Et ce ne sera pas la ZAD que nous sommes des centaines de milliers à avoir vu se construire tant bien que mal, depuis plusieurs années, au travers de ses contradictions et de ses balbutiements, qui se reconstruira en tout état de cause, après cela, sur les ruines.

Que nous soyons en lutte au sein des universités contre une sélection sociale d’entrée, dans la fonction publique contre la contractualisation de ses métiers, parmi les cheminots contre la précarisation de leur statut professionnel, dans les tribunaux contre une atteinte aux droits de la défense ou en lutte à Notre-Dame, à Bure ou dans tous autres territoires contre des projets de grands aménagements du territoire écocides et spéculatifs, nous ne sommes pas en lutte contre Emmanuel Macron mais bien avant tout contre une vision ultra-libérale mondialisée de privatisation de nos avenirs.

Et si la ZAD a suscité un tel engouement que des dizaines de milliers de personnes sont venu.e.s y manifester et sont attaché.e.s aujourd’hui à la préservation de cet endroit, c’est sans doute que nous sommes trop habitué.e.s à perdre ce que nous avons de commun ces dernières décennies pour nous trouver acculé.e.s à l’individualisation, l’égoïsme défensif. Mais au final, en nous battant séparément nous ne sauvons pas au moins le fond de notre barque, nous faisons prendre l’eau au navire social tout entier, et nos efforts ne sont que de frénétiques tentatives pour écoper les voies d’eau qui s’ouvrent de toutes parts.

Ce 9 avril c’est de la privatisation de l’espace de vie, politique, social qui se situe sur des centaines d’hectares à côté du village de Notre-Dame-des-Landes qu’il s’agit. Le rétablissement de "l’état de droit" a la même résonance que les ordonnances et réformes actuelles qui visent à déplacer ce fameux droit vers une législation du profit, une oligarchie assumée et décomplexée.

Alors si demain et dans les jours à venir, dans les assemblées, dans les réunions, les rassemblements, les communiqués, on pouvait mettre en œuvre un peu de cette fameuse "convergence des luttes" et dénoncer l’opération militaire monstrueuse qui se prépare contre des opposant.e.s politiques à la ZAD, en mettant de côté nos différents, alors peut-être que nous verrions le temps d’un souffle collectif, le rapport de force que nous pourrions et devrions opposer avant tout à une adversité qui ne nous laissera bientôt même plus le loisir de nos désaccords.

Le fascisme n’a peut-être pas le visage haineux de l’extrême-droite que nous lui pensons, il a bien souvent celui d’un national socialisme rampant qui s’installe à travers des gouvernants libéraux, des doyens d’université, des juges, des patrons, des responsables syndicaux, des honnêtes travailleurs et surtout qui prolifère dans le creuset de nos divisions.

L’antifascisme quant à lui ne doit pas que se penser au bâton ou au pamphlet mais aussi s’affirmer dans la plus élémentaire des solidarités. Que ce soit sur les blocages ou les bocages, faisons nous écho et prêtons-nous main-forte en apportant nourriture, matériel, soins et réconforts là où l’adversité sème discorde, désillusions, blessures, tristesse et ruines.

katyusha@riseup.net

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