Le refus de la guerre

Nancy |

Le 11 novembre. Retour sur un concert

« Bonjour et merci pour votre accueil. Nous sommes la Chorale des Sans Nom et nous sommes très heureuses et heureux de partager avec vous ce moment antimilitariste et anticapitaliste.

C’est pour nous l’occasion d’une parenthèse de colère, de lutte, d’espoir et peut-être aussi de joie, dans un océan de drapeaux tricolores, de cloches, de larmes de crocodiles, de Marseillaises, de nationalisme, de patriotisme et de carnaval où des pseudo-anciens combattants bedonnants trouvent amusant de revêtir l’uniforme bleu horizon.

Nous sommes ici pour réaffirmer que les seuls bénéficiaires des guerres sont les capitalistes, les états-majors et les politiciens.

Nous allons chanter une petite quinzaine de chansons.

Mais chanter ne suffit pas et nous donnerons donc la parole à nos camarades et ami-e-s de RESF et d’Un Toit pour les Migrants, deux associations qui luttent pour accueillir les victimes des guerres d’aujourd’hui, de la manière la moins indigne possible.

Mais parler n’est pas encore suffisant. C’est pourquoi nous ferons tout à l’heure passer parmi vous et nous des boîtes rouges et noires pour une collecte au profit des migrantes et migrants en situation de détresse dans l’agglomération nancéenne.

Dans trois heures, à cinq cents mètres d’ici, dans son nouveau et sinistre décor payé avec l’argent public, la porte Désilles va accueillir la cérémonie officielle.

En rang d’oignons, tout ce que la ville compte de politiciens et politiciennes, de notables, de membres de la sacro-sainte société civile, de bourgeois, d’anciens combattants et de chauvins se mettra au garde-à-vous pour écouter la parole officielle et patriotique. Ils et elles baisseront les yeux pendant l’appel aux morts et redresseront le front pendant la Marseillaise et le défilé militaire.

Imitant leurs devanciers de 1914, ils refont l’union sacrée derrière le drapeau et, sans aucune hésitation, ils et elles pourront remettre ça avec le sang et le malheur des autres, hier comme aujourd’hui, ailleurs comme ici même, en fonction des intérêts des riches et des puissants.

C’est pour ces mêmes intérêts qu’il y a un siècle ils ont engagé de force des millions de jeunes gens à travers le monde, pour en faire des soldats et de la chair à canon. Ils les ont fait tuer, blesser, mutiler. Ils leur ont volé leur vie pour leurs plus grands profits.

Aujourd’hui, dans toutes ces cérémonies, on leur vole leur mort.

Non, ces jeunes gens n’étaient pas des soldats !

Ils étaient des amis, des amants, des frères, des fiancés, des fils, aimant la vie, rêvant d’avenir et pour certains de révolution ou, du moins, d’un monde plus juste. Les revêtir à jamais d’un uniforme, c’est immonde et c’est justifier la guerre.

Nous chantons ici pour ces jeunes gens, pour dire que l’immense injustice qui leur a été faite est la même que celle qui est faite aujourd’hui, partout dans le monde, aux victimes des guerres, qui dureront tant que dureront le capitalisme, le nationalisme et le patriotisme… et notre résignation.

Nos chansons disent cela.

La première était Quand un soldat, de Francis Lemarque ; celle qui vient est de Boris Vian. Elle dit tout le sens de notre présence aujourd’hui ».

Texte lu lors du concert donné par la Chorale des Sans Nom, le 11 novembre 2018, à 11 heures 11, à Nancy.

Publié dans RésisteR ! #58, le 17 novembre 2018