Le discours de Julie

Nancy |

Un discours sur l’inégalité Femme-Homme lu par Julie, au nom de Nous toutes 54, au cours du rassemblement appelé par l’Union citoyenne de Lorraine le 14 décembre dernier.

Ça, c’est moi, 18 ans et déjà des valeurs à défendre
Déjà du temps passé à me battre
Déjà du temps passé à crier ma colère
Pas une seconde à se laisser faire

Un discours que j’ai écrit sur l’inégalité Femme-Homme omniprésente et que je refuse d’accepter en me disant que "ça a toujours été comme ça" ; et sur les violences faites aux femmes : battues, violées, insultées... tuées. Il n’y a pas un seul jour où une femme est tranquille

Et comment réagir face à des policiers qui se marrent ? Ah ils sont bien loin de la réalité ceux-là. À croire qu’ils ne sont pas sortis de la vulve d’une femme. Quelle tristesse…

Une femme parle avec le cœur et voilà comment on la regarde ? Comme une fille mal baisée ou qui veut attirer l’attention ? Vous êtes si loin de la réalité.

Et quand j’ai demandé à ce fameux policier pourquoi il fait ce métier il m’a répondu "pour l’argent, en plus, je gagne plus d’argent pour surveiller une manif pacifiste", c’est clair que c’est plus simple que d’aller sauver une femme qui se fait menacer par son mari. Et quand tu lui demandes pourquoi les plaintes ne sont pas acceptées au commissariat, pourquoi les hommes violents ne sont quasiment jamais mis en prison et pourquoi il n’y a même pas de mesures d’éloignement ? Il te répond "on traite les problèmes par ordre d’importance". Non non vous rêvez pas : pour eux c’est pas "important".

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Bonjour, à toutes et à tous. Je m’appelle Julie. J’ai 18 ans. Et comme 100 % des femmes, j’ai été et je serais encore victime de propos sexistes et machistes. « Pourquoi tu t’habilles comme ça ? Qu’est ce que tu cherches au juste ? », « T’as pas besoin de faire de longues études, au pire ton mari sera plus payé que toi donc il subviendra à tes besoins. », « Je viens travailler tous les matins... juste pour mater tes seins. ».

Les chiffres parleront pour moi : chaque année en France, 200 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, 93 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol, environ 145 femmes sont tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. En 2018, parmi les 121 femmes assassinées, un tiers avait porté plainte. Aujourd’hui, nous sommes le 14 décembre, et depuis le 1er janvier 2019, 143 ont été assassinées. C’est une augmentation de 18 % en un an. Une femme ne gagne que 75 % du salaire d’un homme à travail égal. Et ce chiffre descend à 60 % pour la retraite. Et vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi le métier d’infirmier/infirmière était pratiqué à 90 % par des femmes, pourquoi le métier de femme de ménage portait ce nom ? Pourquoi alors ce sont des métiers considérés comme ingrats et sous-payés ?

Les victimes ont besoin d’être rassurées. Elles ne devraient jamais se sentir jugées, méprisées, honteuses voire même coupables de ce qu’elles ont vécu. Elles devraient simplement se sentir écoutées et soutenues.

Car le premier coupable, c’est toi, mon violeur. Ni ma tenue, ni mon attitude, ni mon physique, ni mon âge ne sont les raisons de ton acte. La seule raison, c’est toi mon violeur.

Les deuxièmes coupables, c’est vous, les médias. C’est vous qui parlez de mon viol comme « une erreur dont les hommes ne se remettent jamais ». C’est vous qui parlez de mon assassinat comme un « crime passionnel ». C’est vous qui minimisez la gravité de ce que j’ai subi. Et c’est vous qui protégez des violeurs comme Polanski, en le dissimulant sous « la beauté du 7e art ».

Le troisième coupable c’est toi, l’État. C’est toi qui me paie moins que mon voisin, alors qu’il prend des pauses toutes les demi heures pour me faire remarquer à quel point il voudrait me baiser. C’est toi qui me dévalorise, parce que j’ai la faculté de porter un enfant. Faire des enfants aujourd’hui, cela rime donc avec perdre ma retraite de demain ? Ta réforme qui prend en compte le strict reflet de ma carrière, en considérant que lorsque je m’occupe de mon bébé, je ne mérite pas d’être payée ?

C’est à cause de toi que l’on nous suggère de rester avec un homme violent sous prétexte que l’on ne peut pas s’occuper seule de nos enfants.

C’est toi qui refuse de prendre ma plainte quand j’ose enfin parler. Qui m’empêche de nommer mon métier en retirant poétesse, écrivaine, directrice de thèse du dictionnaire ; qui me répète depuis mes 6 ans que le masculin l’emporte sur le féminin. C’est notre devise – liberté, égalité, fraternité - qui exclut la moitié de la France. Liberté, égalité, solidarité. Voilà une devise dont le 3e mot ne contredit pas le 2e et où tout le monde peut vraiment se sentir concerné. Et c’est toi aussi qui ne m’aide pas à payer mes protections hygiéniques alors que tu hais me voir avec une tache rouge sur mon pantalon.

Et la dernière coupable, c’est ma société. Celle qui prône le patriarcat en le camouflant à peine. Celle qui me donne les jouets roses, alors que je préfère les voitures. Celle qui ne me permet pas de rentrer en sécurité chez moi, pas même en uber.

Si les féminicides, et plus généralement les violences et les insultes faites aux femmes progressent, il n’y a pas des milliers de solutions malheureusement. Il faut changer.

Il faut que les gens changent leur rapport au violeur. Ne leur trouvons plus d’excuses.

Il faut que le gouvernement change. Ce système de point doit absolument être accompagné d’une véritable politique d’égalité homme/femme. Nous devons arrêter d’écarter les hommes de la responsabilité d’avoir un enfant. Le congé paternel se doit d’être aussi long que celui d’une femme. Les entreprises qui ne respectent pas l’égalité des salaires ne changeront rien si des sanctions lourdes ne sont pas appliquées. Nous devons hausser la voix, nous faire entendre. Nous ne sommes pas une minorité. Nous représentons la moitié de l’humanité.

Je n’ai pas envie d’attendre que ma famille, que mes amies et que toutes les femmes du monde subissent les conséquences d’un système qu ne fonctionne pas.

Je veux pouvoir choisir avec qui je vis, sans me demander si j’aurais assez d’argent pour le faire ; je veux pouvoir choisir ma vie sentimentale ; je veux avoir le droit à la séparation. Je veux avoir le droit à l’autonomie.

Nous nous soutiendrons toujours. Si vous pensez que nous sommes seules, ou si vous pensez que vous êtes seule, vous vous trompez. La sororité n’en est qu’à son commencement.



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