GrosGnon n’a pas signé d’armistice

Nancy |

Le coup de gueule de novembre de GrosGnon.

En novembre, la révolution spartakiste prend racine.
(Comme d’hab., les sociaux-démocrates vont jouer les sociaux-traîtres.)

GrosGnon n’aime pas les inaugurations de chrysanthèmes.

Début août, me promenant le long du canal, je vis, comme chaque année, que quelques gerbes de fleurs ornaient la stèle en hommage à Jean-Pierre Humblot, victime de quelques petits fachos qui l’avaient jeté à l’eau en raison de son homosexualité. L’une d’entre elles attira mon attention, toute revêtue d’un large bandeau mauve, qui indiquait qu’elle avait été déposée par « M. le Maire de Nancy ». Je me suis alors dit que cette gerbe exprimait le sentiment personnel de notre édile et qu’il ne souhaitait pas, apparemment, associer ses administrés à l’hommage rendu à « Jeannot » et aux autres victimes de l’homophobie. « M. le Maire de Nancy » ne considère sans doute pas que la lutte contre l’homophobie doive être inscrite dans les priorités de son mandat et préfère rendre un hommage privé à l’une de ses victimes.

Dernièrement, passant à la Pépinière, je remarquai quelques gerbes de fleurs au pied de l’arbre planté en hommage à Yitzhak Rabin. Je m’approchai et, de nouveau, je vis la gerbe de notre cher maire, ornée de son bandeau mauve, qui rendait un hommage privé au dirigeant israélien. Là encore, j’en déduis que ni la lutte contre l’extrême droite et le nationalisme bas du front ni le combat pour la paix ne faisaient partie des priorités de notre édile pour ce qui est de sa gestion de la Ville.

Puis, je me posai deux questions. La première fut de savoir si pour l’inauguration du Mémorial Désilles et l’hommage rendu aux combattants, bien malgré eux, de la « Grande Guerre », la gerbe municipale porterait là encore l’inscription privative « M. le Maire de Nancy » ou si, enfin, bien malgré moi pour cette fois, la Ville de Nancy dans son ensemble serait associée à cette cérémonie. Parce qu’Hénart est censé n’être que le représentant de ses concitoyens – à mois qu’il pense que la Ville de Nancy, c’est lui ! La réponse à cette question me restera cachée, par manque d’envie d’aller vérifier sur cette nécropole urbaine qu’est devenue la place de Luxembourg la teneur du message délivré par l’indémodable bandeau mauve. La seconde est beaucoup plus prosaïque, puisque c’est « M. le Maire de Nancy » qui fleurit ainsi les tombes et les lieux mémoriels, comme on dit, est-ce de sa poche qu’il paye le fleuriste ? Si c’est le cas, cela doit représenter un certain budget, étant donné la fréquence des inaugurations de chrysanthèmes ; sinon, cela revient à dire que nous, Nancéiens, payons ses fleurs.

Représentant de la société civile (photo A. Sander)

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GrosGnon n’aime pas la laïcité, la neutralité et autres conneries du genre.

À la fin de l’année scolaire passée, Blanquer a pondu son guide de la laïcité. Rien de bien nouveau, si ce n’est que des comportements apparemment neutres religieusement doivent maintenant être interprétés comme des tentatives de détournement de l’interdiction des signes religieux à l’école. Ainsi, une élève qui viendrait en cours avec un bandana dans les cheveux et qui porterait des jupes longues serait susceptible d’être une dangereuse islamiste présentant un risque pour la laïcité à l’école. Pour signaler ce genre de comportements, un numéro de téléphone est mis à disposition des membres de la communauté scolaire, numéro qui permet de dénoncer directement les faits à l’administration sans passer par la voie hiérarchique. En gros, un appel à dénoncer les élèves en douce. La remise au goût du jour de la vieille tradition de délation…

Rien par contre, ou presque, sur les enseignants. Or si laïcité il doit y avoir, c’est d’abord et avant tout, et je dirais même seulement, celle qui concerne les enseignants. La séparation de l’Église et de l’État signifie cela et uniquement cela, point barre !

Mais, il y a pire. Les établissements publics n’ayant pas les capacités d’accueillir toutes les épreuves du baccalauréat, on fait appel à des établissements privés pour faire passer certaines épreuves ou certains oraux du bac dans des salles de classe où trône, en pleine lumière, un crucifix ! Mais, j’oublie, le crucifix, c’est notre bonne tradition chrétienne, alors que ces filles en niqab…

Laïcité, mon cul !

Le même phénomène, c’est-à-dire faire passer les obligations de la structure aux personnes qui fréquentent la structure, se produit dans d’autres milieux. C’est ainsi que la MJC des Trois Maisons a été rappelée à l’ordre par le préfet à la suite d’une rencontre organisée, non par la MJC, mais par différentes associations qui fréquentaient les lieux, avec des volontaires français des YPG. La missive du préfet, envoyée à la Fédération française des MJC, en concertation avec le maire de Nancy, relevait le caractère inacceptable de cette rencontre au vu de l’obligation de neutralité, en particulier politique, des MJC. Il serait trop long de détailler toutes les incohérences de cette missive, qui confond les YPG et le PKK, suivant en cela la rhétorique du pouvoir turc, qui fait d’une unité militaire une organisation politique, etc. Mais, le fond du problème est que l’obligation de neutralité des MJC, tout comme l’obligation de laïcité de l’école, ne concerne que la structure et ses membres, pas les « usagers » comme on dit de ces structures. Et cette neutralité implique que la diversité des opinions puisse s’y exprimer.

De plus, comme pour la laïcité à l’école, c’est toujours les mêmes qui sont ciblés. Durant l’été, la MJC des Trois Maisons a accueilli l’Altertour, qui, quoi qu’on en pense par ailleurs, a un discours « politique » au sens large. La MJC Lillebonne a accueilli récemment une conférence de la Libre Pensée – « Maudites soient les guerres ! » – qui, là encore, est une prise de position « politique ». Mais, il est vrai que la radicalité n’est pas vraiment dans l’ADN de l’Altertour ou de la Libre Pensée, alors que le projet politique autogestionnaire, antisexiste, etc. développé au Kurdistan syrien n’est pas particulièrement consensuel, et c’est ça qui gêne.

Neutralité, mon cul !

GrosGnon n’aime pas la société civile.

On a eu la société civile version Macron, à savoir de jeunes dirigeants de start-up ou de vieux brisquards des finances, de la haute fonction publique, de la télévision ou de l’édition, etc. En gros, les premiers de cordée sont « civils », les autres, les gueux, les damnés de la Terre, eux, ne sont pas « civils ». On va avoir la société civile version Glucksmann Fils, journalistes, pseudo-intellectuels, mais aussi chefs d’entreprise, etc. En gros, la version germanopratine des premiers de cordée, les dents non moins affûtées, mais mieux enrobées dans le discours de la gôche de droite. Avec Mélenchon, c’est plus simple : la société civile, c’est lui ! Lui, le grand chef des petits nains soumis. Passons ! RésisteR ! perd déjà des lecteurs depuis son article contre l’homéopathie, on va pas en rajouter une couche avec Mélenchon !

Représentant de la société incivile (photo A. Sander)

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Si la société civile, c’est toujours, d’une manière ou d’une autre, les forts, il serait vraiment temps que, nous autres, la société « incivile », nous soyons non pas représentés – on sait ce que vaut la représentation –, mais que nous existions, que nous nous montrions et que nous balayons cette dite « société civile », qui est tout de même fort peu civile pour les chômeurs, pour les sans-papiers, pour les ouvriers, pour les employés, pour les précaires, etc., pour tous ceux qui font justement la société.

Article paru dans RésisteR ! #58, le 17 novembre 2018



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