C’est quand les emprisonnements en masse ?



Huit mois de prison ferme ! C’est la peine qui vient d’être prononcée par la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris à l’encontre de Jean-Marc Rouillan. À l’encontre du camarade Jean-Marc Rouillan.

Fin février, lors d’une interview au magazine satirique Le Ravi et lors d’une émission radio, il déclarait que : [Les djihadistes] « s’étaient battus courageusement : ils se battent dans les rues de Paris alors qu’ils savent qu’il y 2 000 ou 3 000 flics autour d’eux […]. On ne peut pas dire que c’est des gamins qui sont lâches. » (lien)

Évidemment, le reste de ses déclarations ne sera pas retenu, même s’il y explique qu’il n’est évidemment pas solidaire de ces mêmes djihadistes qu’il considère par ailleurs comme des ennemis. Évidemment, l’occasion est trop belle pour que les petits soldats du ministre Cazeneuve n’en profitent pas. Ces défenseurs de l’ordre et du pouvoir qui glisse chaque jour un peu plus dans la dérive autoritaire. Ce pouvoir qui petit à petit organise sa survie en produisant des mesures de plus en plus autoritaires (reconduite indéfinie de l’état d’urgence, port d’armes autorisé pour les policiers même en dehors de leur service, lois contre la liberté d’expression…). D’autoritaire, ça passe par totalitaire et ça finit par le fascisme. Voilà qui nous ramène à Jean-Marc Rouillan, car il faut se souvenir que dès le début de son engagement c’est dans la lutte antifasciste qu’il s’est investi. Dès le début des années 1970 et particulièrement lors de l’exécution de l’anarchiste Puig Antich par Franco, Jean-Marc Rouillan prendra part à la lutte antifasciste en choisissant la lutte armée1. De son passage ensuite par Action Directe et de par le choix de la lutte armée clandestine qu’il a réaffirme ainsi, naîtra bien évidemment une haine du pouvoir capitaliste et bourgeois à son égard. Assassiner un représentant de l’armée et un autre du très grand patronat, c’est bien sûr le crime maximum pour ceux qui prospèrent en imposant le capitalisme.

Ce pouvoir, non content de s’être vengé en lui infligeant près de 25 ans de prison, non content d’y avoir pratiquement laissé mourir sa camarade Joëlle Aubron, non content d’avoir incarcéré Nathalie Ménigon dans des conditions telles qu’elle en deviendra hémiplégique, ce pouvoir veut s’acharner tant qu’il restera un des membres d’Action Directe en état de parler2.

Peu importe à ce pouvoir si lors de ce nouveau procès, Jean-Marc Rouillan a à nouveau clairement précisé ses déclarations. Aucun média ne s’en fait plus l’écho d’ailleurs. Quand une phrase sortie de tout contexte et complétée par les déclarations ci-dessous est l’occasion de se venger encore et encore, le pouvoir n’hésite pas. Comme il n’hésite pas lorsqu’il s’agit d’autres militants révolutionnaires3.

Lors de son procès, Jean-Marc Rouillan déclare à propos de ces mêmes djihadistes : « Je pense que quand on affronte la mort, le mot “courageux” peut avoir un côté… pas moralisateur, mais j’en parle du point de vue de la détermination… Je ne suis pas dans leur cas, j’essaye d’entrevoir ce qui se passe dans leur tête, ce n’est aucune forme (sic) d’approbation… Je m’adresse à des ennemis… J’essaye de prévenir les ravages qu’ils ont faits… Je suis totalement contre eux, je n’ai aucune connivence avec ces terroristes… »

Quand il ajoute en réponse à la question « Les considérez-vous comme des révolutionnaires ? » : « Absolument pas. Le retour au grand califat, c’est beaucoup plus d’oppression pour leurs frères que de libération. » Alors les choses deviennent trop clairement politiques et il faut les gommer rapidement pour revenir au spectacle. Ce même spectacle que les assassins djihadistes organisent eux aussi pour connaître leur « quart d’heure de célébrité ». Spectacle clairement destiné à endormir ceux qui auraient quelques velléités de comprendre, de réfléchir, d’analyser. De mettre en parallèle le terrorisme djihadiste et les ventes de la France au Qatar par exemple, les ventes de ciment d’Eiffage à Daech (juin 2016 lien) par exemple…

La condamnation de Jean-Marc Rouillan est bien un exemple de ce que le capitalisme et sa culture guerrière savent produire en termes de répression. C’est ce système qui manipule, assassine et condamne à mort des millions de personnes par ses pratiques mortifères. Pour un tel système, le parcours politique de Jean-Marc Rouillan est clairement une mise en cause, pour ce système, c’est une voix qu’il faut faire taire.

Liberté pour les prisonniers politiques !
Non, non et non ! Solidarité avec Jean Marc Rouillan.
Préparons la riposte si son appel venait à être rejeté. Mobilisons-nous !
Liberté pour Jean-Marc Rouillan ! Valls, Cazeneuve, ce sont vous les terroristes !

Jihel

Notes

[1] En participant, entre autres, à la création des GARI (groupes d’action révolutionnaires internationalistes)

[2] « Statut des détenus membres d’Action directe », Le Monde, le 22 juillet 1989, p. 7. « Le Syndicat de la magistrature, qui précise “ne pas admettre ni faire siennes les théories prônées par AD”, estime que “l’isolement rigoureux et prolongé des détenus est assimilable à une torture et à un traitement inhumain et dégradant au regard de la convention européenne de sauvegarde des libertés”. »

[3] Ibrahim Abdallah croupit toujours en prison.

Article paru dans RésisteR ! #44, le 17 septembre 2016.

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