« ACAB » — Récit des interpellations du 29 janvier à Nancy

Nancy |

La manifestation du 29 janvier 2020 à Nancy part de la place de la République avec le retard syndical traditionnel, vers 14h30/45.

Les cortèges syndicaux défilent avec leur place habituelle. Arrivée rue Saint-Dizier au niveau de la jolie pharmacie bleue, une partie de la tête du cortège composée principalement d’étudiant.es, de gilet.es jaunes et divers syndicalistes, font un sit-in sur les voies du tram. Quelques-uns des chars syndicaux (CGT, FO, LO) passent outre cette action et finissent la manif de leur côté, en temps et en heure préfectorale. A ce moment, des individu.es distribuent des craies aux manifestant.es. S’entame alors une séance de dessin sous la musique de la fanfare. L’ambiance est festive et bon enfant. Soudain, une partie du groupe se détache. Des professeur.es et des étudiant.es s’agglutinent autour d’une poignée de CRS et baceux.ses. Iels se rendent compte qu’une étudiante s’est fait emmener par les flics. La raison ? Selon les flics, elle aurait dessiné « ACAB » à la craie sur le sol, et elle aurait fait un doigt d’honneur devant leur face.

Une centaine de personnes se détachent vers le cordon de CRS (tous.tes sans leur RIO, matricule d’identification policière, pourtant obligatoire dans ce cas-ci selon l’arrêté du 24 décembre 2013). « Libérez notre camarade ! » et dessins « ACAB » à la craie au sol font écho. Voyant la voiture des flics partir avec leur camarade à l’intérieur, une vingtaine de personnes quittent la manifestation pour se rassembler devant le commissariat Lobau. Les autres redescendent vers la rue Saint-Jean. Au même moment, une étudiante se faisant filmer de près par un baceux commence à s’échauffer contre cette atteinte. Puis part avec son amie retrouver le sit-in et faire redescendre la pression. Un petit groupe de personnes essaye de se détacher de la manif pour rejoindre Lobau en retournant rue Saint-Dizier mais se fait vite rattraper par quelques CRS qui les ont raccompagné.es fermement vers le sit-in.

Là, iels commencent à remonter, à vitesse syndicale, la rue Saint-Jean direction place de la République.

L’ambiance est pesante. Les flics encadrent la manifestation par derrière et sur les côtés latéraux, surveillant la fille en question avec ces fameux regards noirs de « Toi tu vas avoir peur, t’as vu mon casque ?! Vas y bouge ! Bouge j’te dit ! ». L’intuition qu’une charge et/ou une interpellation arrive, envahit plusieurs pensées. Des étudiant.es décident de faire un cercle de sécurité autour d’elle et son amie pour prévenir cette intuition, avec la volonté de terminer la manif au plus vite pour rejoindre le rassemblement à Lobau. Iels s’avancent au-devant du reste de la manifestation attendant à chaque carrefour les camions de Solidaires et de la FSU. Au bout de la rue Saint-Jean, la tension monte. Le camion de Solidaires se fait nasser par les CRS, créant une scission au sein des manifestant.es. Une petite dizaine de minutes après, des CRS font simultanément une ligne devant le camion de la FSU et encerclent avec l’appui des baceux.euses le groupe d’étudiant.es qui se trouvaient 2-3 mètres devant. Les deux amies sont retenues par d’autres étudiant.es, fermement décidé.es à ce qu’elles ne se fassent pas embarquer. Mais les CRS, dans leur lâcheté incorporée, se sont mis à deux sur chaque étudiant.es et réussirent à embarquer trois d’entre eux.lles en en plaquant plusieurs violement au sol (comme à leur habitude). Un.e des deux étudiant.es à l’appui subit le même traitement mais fut jeté.e derrière la ligne de CRS avec le reste des manifestant.es. Une est légèrement blessée sur diverses parties de son corps. Motif ? Outrage ! Voyons donc…

A cette heure, 5 camarades sont en GAV, avec une sortie prévue pour certain.es d’entre eux.lles ce matin même.

La stratégie policière est ici claire : neutraliser toute forme de contestation naissante (à savoir que les étudiantes embarquées sont fraîchement engagées dans la lutte contre la réforme des retraites sur le campus LSHS de la fac de lettres), rompre toute forme d’engagement politique par une répression de la peur. Avant c’était la peur de d’avoir une main ou un œil arraché, maintenant ça sera la peur de l’enfermement et des représailles judiciaire.

Qu’allons-nous répondre à ça ? ACAB ?!