A Nancy : Mobilisation contre une librairie d’extrême droite

Nancy |

Communiqué de la commission antifasciste de l’Union Communiste Libertaire (initialement paru ici) :

Le samedi 3 octobre 2020, Les Deux Cités, une librairie se prétendant “conservatrice et indépendante”, a ouvert ses portes à Nancy. Son orientation politique est ouvertement nationaliste, antiféministe, raciste et antisémite. La mobilisation pour imposer sa fermeture est en cours de construction et un collectif large organise une manifestation à Nancy le samedi 17 octobre.

Un projet dangereux d’inspiration fascisante

Cette librairie a pour ambition de devenir un “lieu de vie” pour toute l’extrême droite du Grand-Est, en organisant dédicaces et conférences d’auteurs peu reluisants, dégustations de “produits locaux”, mais aussi des réunions de groupuscules comme l’Action Française (vieille organisation royaliste et antisémite), la Cocarde Étudiante (organisation violente étudiante d’extrême droite), ou encore les conférences réactionnaires du Club du Mercredi (émanation locale du Cercle Aristote de Pierre-Yves Rougeyron).

L’un des deux fondateurs, Sylvain Durain, écrit et édite des ouvrages nostalgiques et promoteurs d’un patriarcat fantasmé en accord avec les valeurs catholiques et royalistes les plus réactionnaires (le nom de la librairie se référant à St Augustin). Il participe régulièrement au magazine d’extrême droite L’Incorrect. Ses ouvrages et ses articles sont relayés depuis 2011 sur le site Égalité et Réconciliation d’Alain Soral.

Un beau gratin de fachos pour l’ouverture

La première conférence qui devait inaugurer le lieu a été reportée pour cause de restrictions sanitaires, mais la librairie comptait afficher d’emblée la couleur en faisant appel à des "parrains" comme Jean-Marie Cuny (ancien candidat du Front National, catholique traditionaliste, régionaliste et monarchiste), Pierre Hillard (conspirationniste proche de Soral) et Alain Pascal (auteur complotiste forcené).

Sans inauguration officielle, la librairie a tout de même ouvert ses portes le samedi 3 octobre, et des figures connues de l’extrême droite nancéienne y ont été remarquées. On notera ainsi la présence de Pierre-Nicolas Nups, actuellement membre du bureau politique du Parti de la France et candidat pour Jean-Marie Le Pen aux législatives de 2017. Ancien membre des Nationalistes Autonomes Lorrains, du GUD ou encore de Lorraine Nationaliste, Nups a été condamné en janvier 2015, confirmé en cassation en 2017, à 8 mois de prison avec sursis pour "menaces de mort en raison d’une orientation sexuelle". En effet, en 2014, lors de la Marche des Fiertés de Nancy, il avait participé au déploiement d’une banderole sur le toit d’un parking aérien sur laquelle était inscrit "Allez brûler en enfer". D’autre part, il a été condamné en 2018 pour provocation à la haine ou à la violence en raison de l’identité ou de l’orientation sexuelle, suite à des propos tenus dans une vidéo publiée sur le réseau social Facebook en mai 2013 dans laquelle il appelait à « casser du pédé ».

Une autre figure présente le 3 octobre donne aussi une idée du beau monde qui est venu découvrir cette librairie : Julien Chivoret, ancien proche du GUD et meneur du Mouvement d’Action Sociale à Nancy, déjà condamné en 2001 pour incitation à la haine raciale, puis en 2013 à 2 ans de prison dont 1 ferme pour avoir, avec deux autres acolytes bas du front, agressé et tabassé une personne juste parce qu’elle portait un blouson associé, selon Chivoret, à l’extrême gauche.

Veille antifasciste collective

Depuis plusieurs mois, un collectif informel, suivait de près la campagne de récolte de fonds lancée sur la plateforme Ulule pour financer l’ouverture des Deux Cités. La vigilance collective a permis de mettre en lumière les liens intimes que les deux fondateurs de la librairie entretiennent avec la fachosphère. Un tract argumenté a ainsi pu être rédigé et diffusé lors de la manifestation syndicale du 17 septembre. Le collectif informel a proposé une réunion d’information et d’organisation large ouverte aux organisations syndicales, politiques, ainsi qu’aux associations de lutte et au milieu culturel. Plus de quinze organisations ont répondu présentes à cette réunion.

Diversité des actions

Pour mettre la pression sur les pouvoirs publics et imposer la fermeture du lieu, diverses actions sont prévues. Tourné vers la population, un travail d’information et de déconstruction de l’idéologie portée par la librairie va être mené collectivement. A ce titre, une conférence de presse du collectif de mobilisation s’est tenue le samedi 03 octobre dans un batiment voisin des Deux Cités.

Interpellée par le PCF sur le sujet, la nouvelle municipalité de Mathieu Klein (PS) s’est positionnée publiquement ce même 3 octobre : un adjoint de la mairie a précisé dans la presse locale que la Ville de Nancy « prend acte de cette ouverture commerciale », que « les valeurs portées par cette librairie sont visiblement aux antipodes de celles de la majorité municipale et de la plupart des Nancéiens, qui vivent dans une ville ouverte et humaniste » et que la Ville aurait autorité à intervenir en cas de trouble à l’ordre public.

Un collage antifasciste à coup de « Nancy ville antifasciste » ou encore « Féministes, Internationalistes » a été opéré sur la vitrine du bien gentil commerce dans la nuit du 04 au 05 octobre. Il est clair que la librairie n’est pas bienvenue dans la ville, et les deux fondateurs le savent, un communiqué de la librairie montre d’ailleur leur agacement face à cette hostilité montante, les deux libraires annoncent qu’ils sont « victimes de la violence gratuite de groupuscules totalitaires d’extrême-gauche » et qu’ils portent plainte nominativement contre les secrétaires de l’Union Locale et l’Union Départementale de la CGT ainsi que contre le porte-parole de Solidaires 54.

D’ores et déjà, le collectif organise une manifestation à Nancy le samedi 17 octobre, jour où la librairie fait venir Stanislas Berton, entrepreneur né à Nancy, qui s’est exprimé récemment sur le site de ré-information d’extrême-droite Breizh-Info et y développe l’idée que le « peuple français » adossé à « de puissantes forces authentiquement patriotes [...] chassera définitivement du pouvoir les forces de l’Anti-France »... un beau programme tout droit sorti du régime de Vichy.

Pour les libertaires qui s’impliquent dans cette campagne, il est clair que seule la mobilisation populaire la plus large peut changer la donne et contribuer de manière déterminante à imposer un rapport de force favorable à notre camp social, et la diversité des actions qui se développent le construit. Ne laissons pas l’extrême-droite prendre de la force et détourner l’attention de la population, dans ce sens nous sommes nombreux.ses à nous organiser, à nous opposer à la reprises de mesures favorables aux capitalistes (cadeaux aux entreprises, licenciements, etc.) et à défendre et développer de réelles valeurs sociales et de solidarité dans un contexte de pandémie.

Refusons que les idées les plus discriminatoires de l’extrême droite soient diffusées au grand jour dans la ville de Nancy ! Imposons la fermeture des Deux Cités !

Commission antifasciste - Union communiste libertaire, le 7 octobre 2020