GrosGnon n’aime pas l’Éducation nationale



« Tous les ânes ne s’appellent pas Jean-Michel. »
Proverbe blanquette.

Blanquer pour l’écriture exclusive.

Un ensemble d’enseignantes et enseignants réclamait que la règle qui veut que le masculin l’emporte sur le féminin soit remise en cause au profit de l’accord de proximité et que l’écriture inclusive, qu’elle soit marquée par des points médians ou par des parenthèses, soit plus largement utilisée. Blanquer vient de siffler la fin de la récré : il ne veut pas de ça dans l’école de la République, seule, unique et indivisible. D’abord, il trouve que c’est laid, argument massue dans notre époque où la beauté est devenue l’alpha et l’oméga, ou l’a.b.c., de l’estime sociale ; mais on peut se demander si cela ne devrait pas s’appliquer aussi au ministre de l’Éducation, par exemple. Ensuite, cela abîmerait notre belle langue, comme si la novlangue de nos politiques ne l’avait pas défigurée depuis bien longtemps. Cet argument est, en passant, celui de l’institution qu’il considère comme la gardienne absolue de la correction linguistique, l’Académie française, dont l’un des membres a, il y a quelque temps, fait preuve d’un féminisme exacerbée : rappelez-vous le fameux « pauvre conne ! ». Mais Blanquer, quant à lui, n’est pas du tout opposé au féminisme, bien au contraire il « considère que la question de l’égalité homme – femme est une question cruciale, fondamentale à notre époque et que c’est dommage de la dévoyer vers ces sujets-là, qui sont pas les vrais sujets du féminisme. […] Je prends le féminisme au sérieux. Je me considère comme féministe. » La preuve ? « La France a comme emblème une femme, Marianne, l’un de ses plus beaux mots est féminin, la République. » Les chiennes de garde et autres Femen excitées peuvent aller se rhabiller. « Il y a une seule langue française, une seule grammaire, une seule République », et un seul chef, un homme, un vrai, Blanquer…

Blanquer défend le racisme d’État.

Sud Éducation 93 organisait à la fin de l’automne un stage syndical sur l’état de l’antiracisme à l’école. Lors de ce stage étaient prévus deux ateliers « non-mixtes » où pourraient échanger les personnes victimes de racisme. Des rumeurs colportées par l’extrême droite ont présenté ce stage et en particulier ces ateliers « non-mixtes » comme étant « racistes ». Blanquer a, le 21 novembre, vilipendé Sud Éducation 93 devant l’Assemblée nationale, considérant ce stage comme inadmissible et demandant à la Fédération Sud Éducation de s’en désolidariser. Derrière tout cela, la négation du racisme latent de notre bonne Éducation nationale.

Un exemple, parmi d’autres. Le site Éduscol1 propose des éléments pédagogiques pour diverses disciplines, dont la fameuse « éducation morale et civique ». Dans le programme de seconde de ce catéchisme républicain figure le problème des discriminations. Sur huit ou neuf séquences proposées, une seule traite du racisme. En effet dans notre pays, les vrais problèmes de discrimination ne viennent pas de la couleur de peau, mais du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap. J’en déduis donc qu’être Maghrébin ou noir, métèque quoi, n’est pas un vrai handicap dans notre société. Par contre, être une femme ou être homo, ça, c’est du problématique, du lourd. Je ne dis rien des Maghrébines et des noires, qui sans doute possible ne doivent leur éventuelle discrimination qu’à leur sexe. Je ne nie pas les difficultés que l’on peut rencontrer du fait d’être femme, gay, lesbienne ou trans, mais je reste persuadé qu’être beur ou black n’est pas plus facile, loin de là. Il est bien plus confortable et consensuel d’interroger la discrimination sous l’angle du sexe ou de l’orientation sexuelle que de la couleur de peau ou de l’origine.

L’Éducation nationale aime les dyslexiques.

Depuis quelque temps, les dyslexiques se répandent dans les lycées. Pour compenser leur handicap (et donc ne pas faire de discrimination), ils se voient offrir un tiers-temps supplémentaire lors des examens. Certains parents bien renseignés, vont donc voir médecins et orthophonistes, font déclarer leurs enfants dyslexiques (alors même que la différence avec leur voisin de classe non dyslexique n’est pas décelable) et font profiter leurs rejetons du tiers-temps qui permettra à ces derniers d’obtenir plus facilement des résultats plus qu’acceptables. En fait, la seule différence entre une partie de ces dyslexiques et leur voisin de classe est qu’ils n’appartiennent pas à la même classe – sociale, j’entends. La dyslexie est en train de devenir un signe distinctif des classes sociales dominantes, de même que le manque d’articulation du petit doigt est signe de noblesse…

GrosGnon

Article paru dans RésisteR ! #53, le 20 janvier 2018.



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