Trepalium à l’UDAF



L’UDAF 54 (Union départementale des associations familiales) est une association qui représente et offre des services aux familles, notamment aux familles confrontées à des difficultés sociales ou juridiques.

L’UDAF 54 (Union départementale des associations familiales) est une association qui représente et offre des services aux familles, notamment aux familles confrontées à des difficultés sociales ou juridiques. L’UDAF compte 84 salarié.e.s ; les représentant.e.s élu.e.s au comité d’entreprise (CE) et au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) sont issu.e.s d’une intersyndicale SUD-FO. RésiteR ! a déjà publié plusieurs articles au sujet de l’UDAF et de son directeur. Nous avons rencontré une nouvelle fois Corinne Fouache, déléguée SUD, 20 ans d’ancienneté.

RésisteR ! : Bonjour Corinne, alors, qu’est-ce qui se passe encore à l’UDAF ?

Corinne Fouache : L’UDAF continue à être un univers impitoyable. Le 20 février dernier, ils ont licencié une personne avec 32 ans d’ancienneté, pour faute grave, sans indemnité. À 56 ans, elle ne va pas pouvoir faire la jonction avec la retraite. Et pour illustrer le mépris de l’équipe de direction envers ses salariés, ils lui ont glissé sa médaille du travail des 30 ans d’ancienneté et son chèque dans l’enveloppe du solde pour tout compte. Tout le monde pleurait, tout le monde a trouvé ça écœurant. C’est une secrétaire. La lettre de licenciement fait cinq pages, avec une liste de « fautes » : on lui reproche des erreurs de saisie, une police d’écriture fantaisiste… bref une accumulation de petites erreurs que tout le monde fait au quotidien. Ils ont embauché une nouvelle chef de service qui est plus un caporal en chef qu’un cadre du travail social et qui a manipulé les gens, en demandant à tous les salariés de l’équipe de décrire les dysfonctionnements dans le but d’améliorer le fonctionnement des équipes, pas dans le but de sanctionner ni de licencier personne.

R ! : Mais donc après le super-flic à la direction de l’UDAF 54, une caporale-cheffe comme cadre… ça finit par sentir l’uniforme chez vous ?

CF : Oui, il y a des moments où on se sent comme des gardés à vue au commissariat. Les syndicalistes ne sont pas particulièrement visés ; en revanche, ils ciblent les personnes vulnérables. Il y a une suspicion généralisée. À un moment, on boit le café et tout le monde s’arrête de parler parce qu’on voit arriver un mouchard…
Dès que quelque chose ne va pas, dès que quelqu’un se plaint, il est convoqué dans le bureau du directeur général. C’est le directeur actuel qui s’est auto promu « directeur général », avec une délégation permanente du conseil d’administration (CA). C’est comme ça qu’il a viré un quart du personnel en 2010-2011, puis en 2013, il a augmenté les effectifs de l’encadrement de 20 %. Il a renouvelé ainsi un quart du personnel, en payant les nouveaux embauchés à la nouvelle convention (12 mois au lieu de 14) et, évidemment, sans l’ancienneté.
Actuellement tout le monde est en surcharge, il y a énormément d’arrêts maladie, d’aménagements de poste par la médecine du travail, des gens en burn-out… y compris des représentants du personnel ! Les nouveaux embauchés ne sont pas tous des travailleurs sociaux, il y a aussi des juristes. Tous essaient d’absorber la surcharge de travail et de se faire bien voir, sans lien avec les syndicats.

R ! : L’ambiance semble en effet bien pourrie… Et sinon, côté « dialogue social », comment ça se passe à l’UDAF ?

CF : Un droit d’alerte délégué du personnel (DP) a été déclenché suite à une agression par un usager, courant janvier. Une lettre avait été adressée par le responsable des services opérationnels (RSO) à l’usager, qui avait agressé une déléguée, avec des éléments qui ne devaient pas être dévoilés à cet usager. Avec des réactions en chaîne. La fonction de cette lettre du RSO est bien de mettre le salarié en faute, alors que c’est la victime de l’agression. Faire porter la responsabilité sur les salariés, c’est la politique systématique de la direction. L’enquête est toujours en cours.
Autre fait récent, le 1er mars l’employeur a mis le CE au tribunal des référés pour une histoire de procédure. Cela fait suite à une consultation par le CE du CHSCT, suite à la mise en place d’une nouvelle disposition pour les entretiens professionnels sur la formation des salariés. Il s’agit d’une disposition nationale qui doit être mise en place depuis 2014 dans le cadre de la loi de sécurisation de l’emploi. Chaque salarié doit avoir un entretien tous les deux ans avec son supérieur hiérarchique immédiat pour faire le point sur ses besoins de formation. Ici, l’UDAF prévoit de renseigner une grille d’autoévaluation qui ne sera pas à la faveur du salarié. Vu la mentalité de l’UDAF, on peut parier que cette mesure présentée comme à l’avantage du salarié va se retourner contre lui ! Deux audiences ont été reportées, l’affaire est en cours.

R ! : Allez Coco, tiens le coup encore un an et toi aussi tu auras ta médaille pour tes 20 ans d’ancienneté !

[Interview parue dans RésisteR ! #41, mars 2016]


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