Témoignage sur le camp de Blida à Metz

Metz |

Le camp de Blida est situé en face de la déchetterie, à coté du campements des gens du voyage, et non loin du cimetière, le comble du cynisme...

Le camp est "géré" par ADOMA (du Latin Domus, qui signifie maison). ADOMA est une société d’économie mixte Française dont le capital est détenu par des acteurs publics (outil de l’état, SNI...) chargée de construire et gérer un grand nombre d’habitats à vocation sociale (foyer travailleur migrant, centre d’hébergement, centre d’accueil des demandeurs d’asile, aire d’accueil des gens du voyage...).

Je rappelle qu’à Metz, environ 8000 logements sont vacants...

Le camp est composé principalement de réfugiés Albanais, Kosovars, Serbes, mais aussi d’Ivoiriens et de Guinéens.

Le 03 Septembre, j’ai pu rentrer à l’intérieur du camp sans aucun problème et sans signer la feuille de présence. Ce jour là, à Metz, il y a un peu de soleil, le ciel est dégagé...

J’ai d’abord rencontré A et S, une famille de 11 personnes, comprenant leurs 5 enfants, ainsi que leur fils, sa femme et ses 3 enfants. Ils m’expliquent qu’ils ne bougent pas de leur tente, car ils ont peur de se faire voler leurs affaires... la vie sur le camp est très dure, surtout avec des enfants en bas âges. Ils ne mangent pas à leur faim, n’ont aucune nouvelles de leurs papiers, leur avenir est incertain.... Leurs visages sont tristes, les traits tirés, les sourcils froncés, à bout de force...ils parlent un peu Français, leur jeune fille, a eu la gentillesse de traduire pour plus de facilité de communication.

Plus loin, il y a J, une femme Serbe, elle ne parle pas Français, mais par des gestes, j’arrive à la comprendre, elle me fait rentrer dans son espace de campement, elle me montre les trous dans les bâches, elle me montre aussi son matelas dans sa tente, le dessous est trempé, et il commence à moisir. Je lui montre le soleil et lui dit de sortir son matelas pour le faire sécher derrière sur la grille de délimitation du camp, qui sert, tout le long du camp, d’étendoir à linge. J vit dans un tout petit espace insalubre avec ses enfants...

Je continue de me faufiler dans les étroites allées du camp, à la recherche de réfugiés qui parlent un peu Français...

Sur mon chemin, je constate l’insalubrité, des déchets un peu partout, le manque d’hygiène... Je prends des photos, 3 jeunes s’arrêtent à ma hauteur, curieux... Ils m’expliquent que le camp n’est jamais nettoyé, qu’ils le font autant que possible mais qu’ils n’ont pas toujours de sacs poubelles...

Un peu plus loin, je rencontre M, arrivé en France en Février 2016, et sur le camp de Blida depuis 2 mois. M est passé par l’Espagne, il me montre une blessure faite près de son oreille par un passeur. Il parle très bien Français, mais aussi Espagnol et se débrouille en Anglais et en Allemand. M touche l’ADA et est en attente de recours de son dossier OFPRA. Lui aussi a les traits fatigués, mais on échange, on parle du Maroc et on plaisante...

Je tombe ensuite sur la petite M, une magnifique petite fille Serbe de 6 ans, aux longs cheveux noirs et aux yeux d’un vert à vous en couper le souffle. Sa maman, me fait toucher le creux du bras de sa petite fille, je sens un battement très rapide... anormale à cet endroit du corps. Au travers un traducteur, sa maman m’explique que M a une malformation cardiaque, elles doivent se rendre chez le médecin le 11 Septembre. La famille est arrivée en France, il y a 3 mois.

En continuant de naviguer dans les allées, je croise des sourires, des bonjours... J’y sens l’odeur de cuisine, tel que j’ai déjà senti sur les Zouks Marocains, ou les marchés aux Ghana, l’odeur du riz et des épices... On y voit aussi, des enfants qui courent, certains font du vélo ou se poussent dans des caddies. Quelques petites tables de joueurs de carte, des enfants qui courent, des discussions, des siestes... Chacun essaie de s’occuper à sa façon...

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