Police partout ! Franchises nulle part…

Nancy |

Depuis le Moyen Âge, les franchises universitaires garantissent que le maintien de l’ordre dans l’enceinte des facultés relève des autorités universitaires et pas de la police (hors cas de flagrant délit, ça va de soi). Mais dans la start-up nation de Macron, les universités ne sont que des entreprises comme les autres et les préfet·e·s peuvent envoyer selon leur humeur la police nationale, les gendarmes, les RG ou la BAC faire régner la conception macroniste de l’ordre dans n’importe quelle fac.

Si elles étaient à l’origine motivées par des questions religieuses (prééminence du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel), les franchises universitaires ont perduré pour des raisons que même un énarque a les moyens intellectuels de comprendre. Ce n’est pas tant qu’une université soit un lieu sacré ou plus important qu’un autre, mais on voit mal l’utilité d’un flash-ball ou d’une grenade lacrymogène dans des débats liés à la connaissance ou à l’enseignement. Les campus, notamment ceux dédiés aux sciences humaines, sont en outre des endroits où les controverses peuvent être vives. On s’y dispute, on y organise des AG, des blocages. C’est comme ça depuis longtemps, c’est pour bon nombre de jeunes gens un apprentissage de la vie citoyenne et de la liberté : ça s’appelle la démocratie.

Bien entendu, pour des élites dont la conception de la démocratie se borne au respect des titres de propriété et des droits que donne l’argent, ces endroits sont, par nature, subversifs.

Ainsi, à Nancy, depuis quelques mois, la police a pris ses aises sur le campus lettres du boulevard Albert-1er. De l’espionnage des assemblées générales jusqu’à l’évacuation violente des étudiant·e·s, début mai 2018, les pandores se croient tout permis. Qu’on travaille ou pas à l’université, qu’on y étudie ou pas, on ne peut être que révolté·e d’y voir des CRS armé·e·s jusqu’aux dents marcher au pas et décider de qui a le droit d’entrer ou pas dans un endroit qui, par principe, est ouvert à toutes et à tous.

On sait maintenant que, dans la start-up nation, ce sont les victimes qui se retrouvent en justice. Lorsque Benalla usurpe les fonctions et l’uniforme de la police, le 1er mai 2018, ce sont ses victimes qui sont jugées et condamnées en février 2019. Benalla, quant à lui, poursuit sa carrière de chouchou des médias. Lorsque les policiers tabassent les étudiant·e·s qui manifestent sur le campus en lettres à Nancy, le 3 mai 2018, ce sont ces mêmes étudiant·e·s qui passent en jugement début 2019 et sont fort justement relaxé·e·s. Les CRS, quant à eux, continuent à noyer les gilets jaunes sous les gaz lacrymogènes et les coups de matraque.

Bien à tort, le Moyen-Âge est souvent considéré comme une période de ténèbres obscurantistes, l’image ci-dessous témoigne que ça n’est pas si simple.

On ne demandera pas à nos modernes pandores de prendre exemple sur leurs prédécesseurs et d’aller demander pardon à genoux à leurs victimes.

On appellera plutôt les victimes des violences de la police dans les manifestations, dans les quartiers populaires et aussi à l’université, les victimes de la start-up nation et toutes celles et ceux pour qui l’argent n’est pas tout, à converger encore et toujours pour mettre fin à un système économique, politique et répressif que ses contradictions insurmontables poussent dans une fuite en avant qui prend des proportions plus qu’inquiétantes.

Victor K

Article paru dans RésisteR ! #60 le 19 février 2019.



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