Primum non nocere



Un diagnostic sans rémission.
Face aux épisodes répétés de dépassement des seuils de pollution atmosphérique, le silence des médecins est assourdissant. Qu’attendre d’une profession qui prie la population de se faire vacciner, mais qui craint la piquouse ?

Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), a révélé que leur taux de vaccination se montait à seulement 25%… Que font les médecins dans les usines et les bureaux ? Ils supportent l’exploitation de la force de travail. Et dans les cantines scolaires, dénoncent-ils/elles le menu « spécial pesticides » concocté par l’agrochimie ? Non, ils / elles laissent les enfants se faire tranquillement empoisonner. Après tout, dans le confort de leur cabinet, les médecins administrent aussi des toxiques à tour de bras. Quelle est leur attitude face à la crise des migrants ? Ils se taisent, toute honte bue.

Le cœur !

Les médecins estiment peut-être manquer de représentativité. Absents des sphères médiatiques, politiques et économiques, ces sans-voix, oubliés et relégués par la société, n’ont malheureusement pas la capacité de s’exprimer, pour faire entendre à quel point leur situation est pénible. Ils / elles sont pourtant 37 parlementaires sur 925 (15 au Sénat et 22 à l’Assemblée nationale), soit 4% des effectifs, alors qu’ils représentent environ 1% de la population active, sans parler de tous ceux / toutes celles qui cachetonnent dans les collectivités publiques, les officines étatiques, les conseils d’administration, les académies, les chaires, les laboratoires,etc.
Cette profession a largement profité de l’idolâtrie qu’elle suscite. Le médecin est celui / celle qui autorise l’enfant à tirer la langue, son rêve le plus cher. Il / elle se permet de vous inspecter des pieds à la tête, avec l’air d’en avoir vu d’autres. Il / elle vous palpe, de façon détachée, en essayant à tout prix de se souvenir de ses cours d’anatomie, où les blagues volaient bas. Il / elle entre dans votre chambre d’hôpital ou dans la salle d’accouchement, entouré d’une marmaille d’étudiant-e-s à peine pubères, sans même vous dire au revoir ou merci. Il / elle vous administre sa potion magique selon une posologie qui ne se discute pas, le catalogue Vidal coincé entre ses genoux et le bureau. Dans « ordonnance », il y a « ordonner ». Il / elle sera défendu-e par l’Ordre, coûte que coûte, en cas d’erreur médicale ou de contestation, puisque à l’évidence il / elle vous a sauvé la vie, ingrat que vous êtes. Mais, il / elle vous interdira d’en savoir plus sur les auspices de votre cas, pour vous protéger de vos propres angoisses et… pour masquer son ignorance. Il est plus facile de porter fièrement autour du cou un stéthoscope qu’une poire à clystère.

Derrière les plaques de cuivre rutilantes, les stratégies de salles d’attente varient d’un médecin à l’autre : certain-e-s placardent sur les murs les conditions auxquelles doivent se soumettre les bénéficiaires de la CMU, avec un ton suffisamment menaçant pour que les concerné-e-s passent penaudement leur chemin, d’autres choisissent un cagibi pour y entasser leurs client-e-s – qu’ils appellent patient-e-s à cause de la salle d’attente –, de sorte à ce que les virus, les bactéries et les miasmes prospèrent. À vos souhaits ! Les revues glacées sur la table basse (prospectus publicitaires à la gloire de l’économie de marché) sont collantes comme du pus et mériteraient d’être décapées à l’aide d’une solution hydroalcoolique. S’il vous plaît, ne pas toucher.
Les médecins s’installent de préférence en ville. Se retrouver dans un trou boueux jure avec l’image de la clique. Les routes de campagne sont peu sûres, les gardes nocturnes reviennent trop vite. En février 2016, le Pays-Haut a été privé de gardes la nuit et les week-ends, faute de candidat-e-s : il a fallu trouver une solution qui ne mette pas en jeu les généralistes du secteur et ne dissuade pas ceux ou celles qui voudraient s’installer dans ce désert médical.

Le cœur, vous dis-je !

Le serment d’Hippocrate, composé autour de 440-360 avant notre ère, n’est qu’un tissu désuet de bêtises qui ne dit rien des questions déontologiques que pose l’exercice d’une profession tenant entre ses mains, ses instruments et ses remèdes la vie de chacun-e d’entre nous. Dans ces temps immémoriaux, les laboratoires pharmaceutiques, l’Académie de médecine et l’Ordre des médecins n’existaient pas. La traduction de ce texte grec, par Littré, au XIXe siècle, montre comment ce « serment » relève avant tout du folklore carabin. L’éthique est en manteau en lambeaux qui voile à peine les turpitudes du corps médical. Au temps de Molière, on les appelait Diafoirus ou Purgon, plus tard, Carrel, Mengele ou Petiot. Maintenant, Garretta ou Servier, si je ne m’abuse.

Intimider, faire semblant... Vendre

Cette profession illustre l’avidité, la cupidité pathologique, l’ignorance, la suffisance, l’arrogance, le mépris de classe, la connivence, les conflits d’intérêts, l’entre-soi de la reproduction sociale, la gloriole des titres triomphants, là où l’on recommanderait une pratique de la modestie, du désintérêt, de l’empathie, de la compréhension et du doute.

Les médecins intimident leurs clients, font semblant de savoir, vendent des poudres dont ils ne connaissent pas les effets secondaires et au résultat desquels ils sont intéressés (congrès de complaisance, voyages tous frais payés, cadeaux en rapport avec leur standing). Dans Les Brutes en blanc, Martin Winckler, médecin, raconte par le menu les mauvais traitements de toutes sortes infligés par sa profession aux malheureux/euses qui placent leur existence entre leurs mains. Le constat est consternant. L’auteur lui-même raconte comment il fut victime de cette maltraitance médicale ordinaire. Le médecin méprisant, omniscient, paternaliste, insensible à la douleur de son client, à qui il / elle ment sur son état, sur la nature de sa maladie, sur le pronostic et sur le remède. « C’est grave, Docteur ? » En France, les médecins préfèrent soutenir l’institution et le système plutôt que d’être aux côtés de leurs patients. Comment pourrait-il en être autrement pour une profession vouée essentiellement à entasser du fric ? Pour leur plaire, la consultation chez le médecin généraliste passera de 23€ à 25€ au 1ermai 2017 (+8,7 % d’augmentation). Quant au secteur 2, aux lits privatisés et aux cliniques, ils se portent bien, merci pour eux ! Les médecins ont un style de vie opulent proportionnel à la morbidité ambiante. Ils / elles font allégrement partie des riches qui ruinent la planète.

Justement, le cœur !

Face à l’Humanité souffrante, ravalée au rang de cobayes de l’industrie pharmaceutique ou de chairs à charcuter, l’hôpital est l’endroit le plus sûr pour attraper des maladies, que l’on appelle poétiquement nosocomiales, ce qui permet d’en masquer l’origine.

Dans le milieu médical, la pratique du dessous-de-table semble tellement entrée dans les mœurs qu’elle n’étonne plus. Ces espèces remises discrètement de la main à la main en complément du prix légal des soins se jouent des clivages économiques : il faut payer ou prendre le risque d’être traité par un autre médecin, réputé moins bon, ou voir son opération sabotée. Peu de gens – encore moins les mal portants – peuvent résister au chantage qui autorise cette extorsion de fonds, tandis que d’autres paient volontiers cher pour passer les premiers…

Il faut voir avec quel entrain l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) conseille de bien lire les notices, mais agit toujours avec la plus grande prudence lorsqu’il s’agit de pousser au retrait d’une poudre de perlimpinpin. Dans un rapport publié en ligne le 23mars 2016, la Cour des comptes a montré l’insuffisance de la transparence sur les liens entre l’industrie pharmaceutique et les experts dans le domaine de la santé, souvent des médecins à la solde, concluant à des « failles majeures ». Il y est question de « l’absence de contrôle des informations déclarées » par les médecins, « de sanctions pénales sans réelle portée » ou encore d’« une interprétation très restrictive des avantages consentis par les industriels aux professionnels de santé ».

Quand on met en cause leur niveau de rémunération, les médecins rétorquent qu’ils / elles ont dû faire dix ans d’études pour atteindre le Graal. Comme si tou-te-s celles / ceux qui n’ont pas fait médecine pendant ce temps-là s’étaient tourné les pouces. L’argument est biaisé. Baissez les rémunérations des médecins et vous verrez diminuer d’emblée le nombre de candidat-e-s qui se présentent au concours d’entrée.

Le cœur ! Le cœur ! Le cœur !

Appeler « Docteur » – qui pis est « Professeur » – un médecin relève du syndrome de la servitude volontaire, comme si, pour résoudre un problème complexe l’on s’en remettait à l’idiot du village, cela dit avec tout le respect que je dois à ce dernier. Sans ce titre immérité et ridicule, le médecin est un charlatan comme les autres. Commençons par appeler ces cuistres « Madame » ou « Monsieur » et ça ira déjà beaucoup mieux.

Nous nous sommes dessaisis du sujet de notre propre santé. Nous ne connaissons pas nous-mêmes – ou plus – les moyens de remédier à nos maladies réelles ou imaginaires, latentes ou évidentes. Bien mal nous en a pris, car être en bonne santé commence par soi. La médecine officielle s’est organisée pour construire un monopole du soin qui ne cesse de croître sans que le niveau sanitaire général de la population ne s’améliore réellement (augmentation de la prévalence de la plupart des maladies chroniques). Vrai ou faux : en Chine le médecin ne se fait payer par son client que lorsque celui-ci survit à la maladie qui le frappe.

Ignorantus, ignoranta, ignorantum. [1]

Piéro

Article paru dans RésisteR ! #47, le 27 janvier 2017



Notes

[1Molière, Le Malade imaginaire, acteIII, scène 10.

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